A la veille du démarrage des festivités du culte Oro, comme à l’accoutumée, le ministre des Enseignements maternel et primaire, Salimane Karimou, organise une conférence-débat sur le sujet, afin qu’il n’y ait pas des dérapages susceptibles de mettre en péril la paix sociale pendant la période. Cette année, le spécialiste de la question, Ullrich Otègbèyè, a dévoilé le langage des tambours d’Oro, samedi 16 août 2025 au centre Irédé à Sakété en présence des dignitaires de la divinité et de plusieurs chercheurs.
« Cette année, nous évoquons le langage du tambour d’Oro en tant que parole poétique, littéraire, esthétique qui est au service de la paix…», a déclaré d’entrée, le conférencier et enseignant chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, Ulrich Otègbèyè. Selon ses propos, le tambour d’Oro véhicule des messages. « Qu’est-ce que le tambour d’Oro ? On a montré que le tambour d’Oro est différent du tam-tam ordinaire, parce qu’il sert à rythmer les danses, mais celui d’Oro en dehors de son rôle de rythmer les danses, est un tam-tam qui parle. Nous en avons plusieurs types, selon les formes. Il y en a en tonneau, sur cadre, en calice, en sablier…On a montré qu’en ce qui concerne le tambour d’Oro, il a un nom selon les circonstances. Il a une forme particulière. C’est un tambour avec lequel on fait des sacrifices. Le choix du bois et de la membrane est spécifique. C’est un tambour qui a d’autel sur lequel on fait des sacrifices. Il est si fort qu’il est une richesse pour les dignitaires qui l’ont. Quand un enfant est malade, quand une femme frappe trop un enfant, il suffit de prendre de l’huile de libation sur le tambour pour le lui passer sur le corps, il se retrouve. Donc, le tambour d’Oro est un canal, un médium par lequel se communiquent les préoccupations d’un peuple, ses traditions, sa civilisation. Nos anciens appelaient à la guerre avec le tambour. On peut insulter, éconduire quelqu’un…», a révélé le conférencier. Il a donné un cas spécifique pour convaincre. « On a vu le cas d’un prince qu’on a éconduit au royaume d’Illorin. Il devrait succéder à son père au trône. Il a été trahi par les tambourinaires. Son père est arrivé et tout le monde le saluait quand les tambourinaires ont changé le langage du tambour. Le prince a suivi ce qu’ils ont dit et ne s’est pas prosterné à son père. Ce dernier s’est fâché et lui a dit qu’il ne regnèra pas après lui…», a-t-il relaté, avant de montrer la puissance du tambour d’Oro à ses dignitaires. « Nous avons exhorté les dignitaires à respecter comment on doit fabriquer ce tambour, les sacrifices à lui faire et coacher ceux qui doivent le battre. Pour montrer la dangerosité qu’il y a en cas de violation de ces choses, on a évoqué « Essèfa » qu’on appelle « Ohonli-Elèdjigbo ». Dans ce royaume, quand un roi monte au trône, il meurt aussitôt. Cela a pratiquement exterminé la lignée royale et il ne restait qu’un petit prince. Si lui-même mourrait, c’est que le royaume va quitter leur lignée. Sa mère ne voulait pas qu’il monte au trône. Dans sa promenade, il a rencontré un jour un vieux qui a remarqué son amertume. Ce dernier a dit ce qu’il faut faire pour ne pas mourir. Il a conseillé au prince de dire aux tambourinaires de ne pas battre telles et telles paroles tambourinées, le jour de son intronisation. Ce qui a été respecté. On lui a battu les paroles tambourinées qui invitent au développement, à la paix et à la tolérance au sein du royaume. Ce prince a ainsi régné longtemps. Cela montre l’importance de bien battre le tambour d’Oro, parce qu’il sert à faire les libations, les exorcismes et à combattre les maux esprits…..On ne peut pas faire la fête d’Oro sans les tambourinaires…», a conclu Ulrich Otègbèyè.
Jules Yaovi Maoussi (Br Ouémé-Plateau)




















