Alors que la valorisation du capital africain est plus que jamais considérée comme un levier de croissance pour le Bénin, la lutte contre la corruption s’impose comme une condition essentielle. Ce fléau économique et social prive le pays de plusieurs milliards de francs Cfa chaque année, affaiblissant ses institutions et étouffant son potentiel.
Petits dessous-de-table, ristournes ou détournements d’argent public, la corruption peut prendre bien des formes et elle affecte les populations, particulièrement les pauvres et les plus vulnérables. Elle renchérit le coût de la vie et complique l’accès aux biens et services, qu’il s’agisse des soins de santé, d’éducation, de programmes sociaux ou encore de justice. La corruption exacerbe les inégalités et réduit les investissements du secteur privé, ce qui impacte négativement la création d’emploi et la croissance économique. Si rien n’est fait, la corruption peut saper la confiance des citoyens en leurs responsables et en leurs institutions. Il en résulte des frictions sociales et dans certains contextes une augmentation des risques de fragilité, conflit et violence. Selon la Banque africaine de développement en 2015, la corruption représente une perte annuelle de 140 milliards d’euros, ce qui représente un quart du Pib de l’Afrique, c’est donc énorme. Il y a à la fois ce que l’on peut appeler la grande corruption, des entreprises et des dirigeants qui accaparent ou détournent des ressources, et puis la petite corruption du quotidien selon Transparency International, un utilisateur des services publics sur 4 en Afrique a payé un pot-de-vin en 2019. L’aide extérieure est souvent détournée également, là, on estime que ce sont 28 milliards d’euros d’aide au développement qui disparaissent chaque année.
Un impact majeur sur la population
La corruption a un impact sur la vie des gens, car ces sommes détournées pourraient être utilisées pour le développement du pays, pour améliorer l’accès à la santé, à l’éducation ou aux infrastructures. Ce sont les populations vulnérables qui ont le plus besoin de ces services et sont les plus affectées, les femmes, les enfants ou les personnes en situation de handicap… résultat les inégalités se creusent. En septembre 2024, une étude menée par la Banque africaine auprès des jeunes dans 16 pays africains révélait que la corruption était considérée comme le plus grand obstacle à une vie meilleure et que 60% d’entre eux envisageaient d’émigrer en Amérique du Nord ou en Europe dans les trois ans à venir. Pour la Banque mondiale, « la corruption réduit l’efficacité des dépenses publiques, décourage les investisseurs et aggrave les inégalités sociales ». En Afrique, cela signifie des hôpitaux sans matériel, des écoles sans enseignants, des routes jamais construites malgré les budgets votés.
Afin de contrôler ou juguler les multiples manifestations du phénomène et ses corollaires, les Etats font d’efforts à travers la mise en place de cadre légal et normatif. Au Bénin, au fil des années, les gouvernements se sont engagés dans un processus visant à promouvoir des réformes administratives et institutionnelles, à garantir la transparence dans la gestion des biens publics, et à renforcer le rôle de la société civile. A côté de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption (qui a remplacé l’Observatoire de lutte contre la corruption en 2013), il y a l’Autorité nationale de régulation des marchés publics, chargée de superviser les marchés publics et de rendre public à travers ses sites web les rapports d’audit, les rapports annuels, et les décisions en matière de passation de marché publics. Par ailleurs, il a été mis à disposition du public un numéro « vert » pour la dénonciation à l’anonymat des cas de corruption. Ces efforts continus hissent le Bénin au quatrième rang des pays ouest-africains à faible niveau de corruption après le Ghana, le Sénégal, et le Cabo Verde, selon les résultats de Transparency International (2020). Selon cette source, le score du Bénin s’est légèrement amélioré, passant de 37/100 en 2015 à 41/100 en 2020, et le positionne (en termes d’absence de corruption) 83e sur 180 pays. Cependant, malgré l’évolution du cadre juridique et d’une vigilance accrue de la société civile et des médias, la corruption demeure au Bénin au cœur des débats nationaux. Selon les résultats de la plus récente enquête d’Afrobarometer au Bénin, pour une grande majorité des citoyens, le niveau de corruption dans le pays a diminué au cours de l’année écoulée et les efforts du gouvernement dans la lutte contre la corruption sont louables. Cependant, malgré des avances sur plusieurs indicateurs, beaucoup de Béninois perçoivent leurs dirigeants comme corrompus et craignent des représailles s’ils signalent des actes de corruption.
Protection des lanceurs d’alerte
Le 11 juillet 2024 à la faveur de la célébration de la journée africaine de lutte contre la corruption, dont le thème est : « La protection des lanceurs d’alerte ». Où en est le Bénin par rapport à ce pan de la lutte contre la corruption ? Interrogé, le Président du Front des organisations nationales de lutte contre la corruption (Fonac), Dr Jean-Baptiste Elias, laisse entendre qu’actuellement au Bénin, c’est un vide qui est constaté en ce qui concerne la protection des lanceurs d’alerte. En effet, ce sont les articles 31, 32, 33, 34, 35, 36 de la loi 2011-20 du 12 octobre 2011 portant lutte contre la corruption et autres infractions connexes en République du Bénin qui avait prévu la protection des lanceurs d’alerte et un décret de 2013 avait confirmé la protection des dénonciateurs, des témoins et autres lanceurs d’alerte. Mais en 2020, cette loi a été abrogée. « Le décret d’application, à mon humble avis, n’est plus valable puisque le décret d’application d’une loi ne peut plus continuer à exister quand la loi est abrogée. De ce point de vue, nous avons un vide », soutient le Président du Fonac, ex-Président de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption (Anlc). Or, au dire de Jean-Baptiste Elias, les lanceurs d’alerte constituent des éléments clés dans la Conventions des Nations Unies contre la corruption, dans la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, dans le Protocole de la Cedeao sur la prévention et la lutte contre la corruption. Ces trois textes ont été signés par le Bénin, ratifiés par le Bénin et les instruments de ratification sont déposés en bonne forme. « De ce point de vue, nous avons un vide ». Et pour combler ce vide, il faut mettre en place des dispositions législatives devant permettre de protéger les lanceurs d’alerte. « Beaucoup de voix s’élèvent donc pour dire pourquoi ne pas rétablir la loi 2011-20 du 12 octobre 2011 portant lutte contre la corruption et autres infractions connexes en République du Bénin qui a tout prévu en son temps, plutôt que d’avoir toujours des vides à combler ? » recommande alors le Président du Fonac, Dr Jean-Baptiste Elias.
Ensuite, poursuit-il, il faut donner les moyens nécessaires à la structure nationale de lutte contre la corruption pour qu’elle puisse bien travailler. Il faut que la Société civile soit intimement liée, puisque dans les trois textes que le Bénin a ratifiés, il est prévu la collaboration entre les structures étatiques, les structures de la Société civile et le secteur privé pour lutter efficacement contre la corruption. Pour le Président du Fonac, aucune structure ne peut réussir à elle seule à lutter efficacement contre la corruption. C’est la conjugaison des trois structures à savoir les structures étatiques, les structures de la Société civile, les structures du secteur privé qui vont permettre d’atteindre les objectifs de lutte contre la corruption.
Sergino Lokossou

















