Portée par une vision enracinée dans les réalités africaines et résolument tournée vers l’avenir, une nouvelle génération de bâtisseurs redéfinit les contours du développement économique en Afrique de l’Ouest.
À la croisée de l’innovation, de l’impact social et de l’autonomie productive, le groupe Porteo incarne cette ambition. Son fondateur, Hassan Dakhlallah, passé des débuts modestes à la tête d’un conglomérat présent dans cinq pays, trace patiemment une voie audacieuse vers une croissance souveraine et durable. Forte de sa position en Côte d’Ivoire, l’entreprise ne tarde pas à regarder au-delà des frontières. À partir de 2015, Porteo entame son expansion en Afrique de l’Ouest et centrale, épousant ainsi la vocation d’un champion africain. Le Sénégal et le Bénin font partie de ses premiers terrains d’expansion, suivis du Togo, Bénin, Gabon, Congo et de la Guinée. Dans ces pays, le groupe s’insère souvent via des marchés obtenus en groupement ou en partenariat public-privé (Ppp). Par exemple, au Bénin, Porteo a participé à la réhabilitation de routes dans le cadre du Programme d’actions du gouvernement. En Guinée, la contribution se fera entre autres via des travaux des voiries urbaines à Conakry. Chaque nouveau projet lui permet d’implanter une filiale ou une base locale, constituant peu à peu un véritable réseau régional. Porteo est désormais perçu comme un groupe ouest-africain plus qu’ivoirien : il intervient de Dakar à Cotonou, en passant par Lomé, Conakry, et son chiffre d’affaires explose.
Progression
D’après Africa Business+, Porteo Btp affichait 285,5 milliards de Fcfa de revenus en 2023, soit environ 436 millions d’euros, alors qu’il n’avait que 13 années d’existence. Cette progression fulgurante lui vaut d’intégrer le classement des 500 plus grandes entreprises africaines et d’être reconnu comme un champion en devenir. Le groupe se structure pour soutenir sa croissance : création d’une division routes, avec entre autres des solutions pour des projets d’ouvrages d’art, renforcement des fonctions support (bureau d’études, logistique), ainsi la maintenance de son énorme flotte d’engins. Surtout, Porteo-Group adopte un modèle intégré en développant de nouvelles branches d’activité. Il lance une division Industrie, investissant dans des unités de production de matériaux de construction (béton, préfabrication, carrières). Cela lui permet de sécuriser l’approvisionnement de ses chantiers et de monter en qualité. Parallèlement, une Division Services voit le jour, la formation du personnel, et même des activités immobilières (via sa filiale Adress Immobilier). En internalisant ainsi divers maillons, Porteo gagne en autonomie et en polyvalence sur ses projets. Cette intégration verticale rappelle celle qu’ont pratiquée avant lui les grands groupes internationaux de Btp – mais adaptée au contexte africain, où l’accès aux intrants et aux compétences est souvent un défi. Le groupe vise de nouveaux marchés. Il incarne déjà cette nouvelle génération d’acteurs économiques africains « intégrés, fiables et souverains », comme l’a salué l’Agence de presse africaine. Avec plus de 3 000 km d’infrastructures réalisées et un portefeuille de projets de 5,8 milliards Usd en cours, Porteo pèse désormais lourd dans le paysage continental.
Digital
Un autre volet prometteur est le digital. Porteo a saisi l’importance de l’économie numérique et de la localisation des infrastructures critiques (data centers, solutions IA et blockchain). En 2024, le groupe a signé un accord avec l’État gabonais pour la réalisation d’un grand centre de données national à Libreville, visant à doter l’Afrique centrale d’une capacité de stockage locale des données et de services cloud de pointe. Ce « datacenter » s’inscrit dans l’initiative du Gabon pour la souveraineté numérique et est soutenu par l’Afd et d’autres bailleurs. Ce positionnement sur le numérique montre qu’un champion du Btp peut se muer en acteur de la transformation digitale. À terme, en combinant génie civil et IT, Porteo pourra proposer des infrastructures intégrées (routes équipées de capteurs, gestions de trafic intelligent, etc.) – comblant le fossé entre construction traditionnelle et innovation high-tech sur le continent.
Abdourhamne Touré
















