Alors que l’espoir d’une réouverture imminente de la frontière avec le Niger ravive le Port de Cotonou après trois ans de calvaire, les opérateurs économiques retiennent leur souffle. Invité sur l’émission Actu Matin du vendredi 12 juin 2025 de Canal3 Bénin, Raouf Salami, président de l’Association des jeunes déclarants et mandataires en douane du Bénin, a livré un témoignage poignant sur la détresse du secteur. Entre l’espoir suscité par le dégel avec le Niger et les attentes pressantes envers la nouvelle direction des douanes, le secteur retient son souffle.
« Nous sommes très pressés. Après ces deux semaines, il ne faudrait pas qu’ils ajoutent encore des jours ! » C’est par ce cri du cœur que Raouf Salami résume l’état d’esprit des opérateurs économiques béninois. Le récent déplacement du Président Romuald Wadagni, à Niamey, marque un tournant historique après plus de trois ans de fermeture stricte de la frontière par le Niger. Sur le terrain, l’accueil réservé par le Général Tiani témoigne de l’urgence partagée : « Le président Tiani a même failli monter dans l’avion pour chercher son homologue. Ça prouve que tout le monde en a assez », confie l’invité. Si les déclarants saluent le « génie » de l’honorable Issa Saleh et du président Patrice Talon pour avoir mis en place le contournement routier via Segbana, cette solution alternative a lourdement pesé sur les portefeuilles. Le transit direct Bénin-Niger affiche un taux douanier cumulé de 1 %, contre près de 9,13 % en passant par le Nigeria, sans compter l’allongement drastique des distances. Selon l’invité, le Tchad est aussi un partenaire stratégique pour le Bénin. Pour Raouf Salami, la reconquête du trafic régional ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. Le Port de Cotonou s’est vidé au profit de Lomé ou de Lagos. Pour inverser définitivement la tendance, le président des jeunes déclarants et mandataires en douane suggère une nouvelle offensive diplomatique :« Nous demandons au Président Romuald Wadagni d’effectuer également une visite au Tchad. C’est un partenaire stratégique. Avec les blocages, ils ont fui vers d’autres ports. Il faut aller les rassurer. »
Nouveau Dg douane, ouf de soulagement et d’immenses chantiers !
La nomination du colonel Raouf Malèhossou Aboudou le 3 juin 2026 en Conseil des ministres, est un profil jeune et rigoureux. Selon l’invité de Actu Matin, sa nomination à la tête de la Direction générale des Douanes a été unanimement saluée par tous les acteurs de la chaîne. « Le Président Wadagni joint le geste à la parole en misant sur la jeunesse », se réjouit Raouf Salami. Cependant, l’état de grâce sera de courte durée face aux réalités techniques et structurelles du Port de Cotonou. Les déclarants listent trois urgences absolues pour le nouveau patron des douanes. Il s’agit de mettre fin aux pannes de connexion au dépôt douane afin d’éviter des blocages informatiques de parfois deux semaines paralysent les procédures et exaspèrent les clients. Après celà, il faut corriger le recul de la réforme du guichet unique. Initialement, le paiement de la déclaration intégrait directement les frais du Port et de la Sobemap (Bénin Manutention). Aujourd’hui, le système a régressé et l’usager doit de nouveau courir après les agents pour faire valider ses documents, recréant les tracasseries d’autrefois. L’autre chose est d’assainir le système des ventes aux enchères en ligne. La plateforme, pensée pour être transparente, souffrirait de blocages orchestrés par un « petit groupe ». De plus, le manque de transparence sur le contenu réel des conteneurs mis en vente lèse fréquemment les acheteurs. Par ailleurs, le message des jeunes déclarants est clair, le Bénin dispose du corridor le plus rapide et le plus naturel pour desservir l’hinterland (Niger, Burkina Faso, Mali). Maintenant que les barrières politiques se lèvent, la douane béninoise doit impérativement moderniser ses outils opérationnels pour pérenniser et sécuriser les recettes de l’État. « Le nouveau Dg Raouf Malèhossou Aboudou à les capacités, il doit maintenant écouter la base », conclut Raouf Salami.
Sergino Lokossou

















