(Tiani durcit ses conditions avant toute réouverture)
Le processus devant aboutir à la réouverture de la frontière entre le Bénin et le Niger semble avoir du plomb dans l’aile. Alors que les deux pays avaient engagé un rapprochement à la faveur de la visite du président béninois Romuald Wadagni à Niamey, le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, vient de poser de nouveaux préalables. Parmi eux, figure une exigence majeure : l’éloignement des militaires français de la frontière nigérienne.
L’espoir d’une réouverture prochaine de la frontière entre le Bénin et le Niger s’amenuise. Trois ans après sa fermeture, le passage frontalier restera encore fermé, à en croire les déclarations du président nigérien Abdourahamane Tiani. Dans un entretien diffusé le 25 juillet sur la télévision publique nigérienne, à l’occasion du troisième anniversaire de son accession au pouvoir, le chef de l’État a clairement indiqué qu’aucune réouverture ne pourrait intervenir dans l’immédiat. S’il a salué le geste d’ouverture du président béninois Romuald Wadagni, qu’il qualifie de « premier pas historique », le dirigeant nigérien estime que plusieurs conditions doivent encore être réunies afin de garantir une réouverture « définitive » et « irréversible » de la frontière. Le principal élément nouveau des déclarations du président nigérien réside dans les préoccupations sécuritaires désormais mises en avant par Niamey. Abdourahamane Tiani appelle le Bénin à éloigner les militaires français de la frontière commune, estimant que la sécurisation de cet espace doit relever exclusivement des armées du Niger, du Bénin et du Burkina Faso dans le cadre d’opérations conjointes. Au-delà de cette exigence, le président nigérien insiste sur la nécessité de bâtir une frontière qui ne puisse plus être fermée selon les décisions de dirigeants politiques. « Donc pour nous, l’ouverture de la frontière en tant que telle n’est pas l’acte fondamental. Qu’est-ce qu’il faut poser comme jalon pour que cette frontière, une fois ouverte, soit une frontière des peuples et non une frontière d’un individu ? » Plus loin, il réaffirme sa volonté de rendre toute fermeture future impossible. Il a notamment laissé entendre que « c’est pourquoi nous faisons tout pour que, une fois que cette frontière sera ouverte, aucun individu, si puissant croit-il être, ne puisse la fermer selon ses humeurs. » . Reconnaissant les efforts déjà accomplis par les deux parties, Abdourahamane Tiani rappelle toutefois que plusieurs blessures restent à cicatriser avant toute décision définitive. « Les deux parties ont fait preuve de disponibilité, d’engagement, mais il y a des préalables. Et ces préalables, c’est au président béninois Ouadani et à moi-même qu’il revient de leur donner une signification, une réponse, pour que la frontière soit définitivement et de façon irréversible ouverte. » . Le chef de l’État nigérien a également salué la visite de son homologue béninois, qu’il considère comme un signal positif dans le processus de rapprochement entre les deux pays. « Nous profitons pour féliciter son excellence le Président Wadagni, qui a fait ce premier pas historique. Ne remuons pas le couteau dans la plaie, consolidons ce que les deux comités ont réussi, et faisons en sorte que cette ouverture soit irrévocable. » En dépit de ces échanges diplomatiques et des travaux menés par les comités mis en place de part et d’autre, aucune date n’a été avancée pour la réouverture de la frontière. Les nouvelles exigences formulées par Niamey laissent ainsi entrevoir un processus plus long que prévu, dans lequel les préoccupations sécuritaires et les garanties politiques apparaissent désormais comme des conditions incontournables aux yeux des autorités nigériennes.
Gabin Goubiyi



















