Des produits présentés comme « naturels » promettent des performances sexuelles spectaculaires. Derrière ces publicités diffusées sur Facebook, Tiktok ou WhatsApp, des risques parfois sérieux pour la santé, notamment cardiovasculaire. Le Dr Urbain Ahouayito, Médecin Directeur exécutif de l’Ong Educ’Santé, appelle à la vigilance et à la consultation médicale.
Une érection « garantie », des performances sexuelles « prolongées », une éjaculation retardée ou encore une efficacité annoncée en quelques minutes. Sur les réseaux sociaux, les promesses sont nombreuses et les arguments de vente particulièrement séduisants. Facebook, tiktok, WhatsApp et d’autres plateformes numériques sont devenus de véritables vitrines pour des produits présentés comme des solutions miracles aux troubles sexuels masculins. Gélules, comprimés, poudres, sirops, décoctions ou mélanges à base de plantes, tout semble bon pour convaincre un public souvent confronté à un problème dont il parle difficilement. Les vendeurs jouent sur la discrétion, la rapidité de livraison et surtout sur la promesse d’une solution sans consultation médicale. Certains produits sont même qualifiés de « 100 % naturels », « sans effets secondaires » ou encore « sans danger ». Mais derrière cette communication commerciale se pose une question essentielle. Que contiennent réellement ces produits ? Dans quelles conditions sont-ils fabriqués ? Quelle est leur dose exacte ? Sont-ils autorisés à la vente ? Et surtout, quelles conséquences peuvent-ils avoir sur la santé de ceux qui les consomment ? Pour le Dr Urbain Ahouayito, Médecin Directeur exécutif de l’Ong Educ’Santé, le phénomène doit être pris très au sérieux. « Naturel » ne signifie pas automatiquement sans danger, rappelle-t-il. Le principal problème réside notamment dans l’incertitude sur la composition de certains produits vendus dans des circuits non réglementés.
Des « produits miracles » qui prospèrent sur les réseaux sociaux
La gêne et la honte constituent un terreau favorable au développement de ce commerce. Un homme confronté à des difficultés d’érection ou à une éjaculation précoce peut hésiter à consulter un médecin. Il peut alors se tourner vers Internet, où il trouve rapidement des vendeurs prêts à lui proposer une solution. La stratégie commerciale est souvent bien rodée. Une vidéo montre un utilisateur affirmant avoir retrouvé une « puissance sexuelle » exceptionnelle. Une autre présente un produit comme une recette ancestrale capable de régler définitivement les problèmes d’érection. Des commentaires d’internautes sont utilisés comme témoignages. Certains vendeurs assurent même une confidentialité totale et une livraison à domicile. Le consommateur n’a parfois qu’à envoyer un message WhatsApp pour recevoir le produit. Pas d’examen médical, pas d’interrogatoire sur les antécédents, pas de vérification des médicaments éventuellement pris par le client. La transaction est rapide, mais les conséquences peuvent être imprévisibles. Le danger est d’autant plus important que le consommateur ne dispose généralement d’aucun moyen fiable de vérifier la composition du produit. Une étiquette indiquant « naturel » ne constitue pas, à elle seule, une garantie de qualité, de sécurité ou d’efficacité. Le Dr Ahouayito insiste justement sur ce point. Selon lui, l’Organisation mondiale de la Santé (Oms) rappelle que les produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés peuvent contenir une mauvaise dose, un mauvais principe actif, des substances toxiques ou encore des impuretés. Ces produits peuvent notamment circuler sur Internet et dans des circuits non réglementés. Le phénomène dépasse donc la simple question du commerce informel. Il touche directement à la sécurité sanitaire.
Quand l’aphrodisiaque « naturel » cache un médicament
L’une des principales préoccupations soulevées par le médecin concerne la possibilité que certains produits présentés comme des compléments alimentaires ou des aphrodisiaques naturels contiennent en réalité des substances médicamenteuses non déclarées. Le Dr Urbain Ahouayito cite à cet égard une note circulaire de l’Agence béninoise du médicament et des autres produits de Santé (Abmed), datée du 5 novembre 2025. Selon les éléments rapportés par le médecin, l’agence avait signalé la présence de tadalafil dans certains compléments alimentaires à visée aphrodisiaque présentés comme étant à base d’ingrédients naturels. Le tadalafil est une substance utilisée dans la prise en charge des troubles de l’érection. Sa présence non déclarée dans un produit présenté comme un simple complément alimentaire pose donc un sérieux problème de sécurité. Pour le consommateur, la situation est particulièrement préoccupante. Il peut penser absorber une préparation à base de plantes alors qu’il prend en réalité une substance pharmacologiquement active dont il ignore la présence et la quantité. C’est là que se situe une partie du danger selon le spécialiste, car l’utilisateur ne sait pas précisément ce qu’il prend. Un médicament correctement prescrit et utilisé dans les bonnes conditions n’est pas comparable à une substance dissimulée dans un produit dont la composition et le dosage sont incertains. Dans le premier cas, le professionnel de santé peut tenir compte de l’âge du patient, de ses antécédents, de son état cardiovasculaire et des autres médicaments qu’il prend. Dans le second, le consommateur agit à l’aveugle. Le problème ne concerne donc pas uniquement l’efficacité du produit. Il concerne également sa sécurité.
Le cœur et les vaisseaux en première ligne
Les risques cardiovasculaires constituent l’une des principales alertes formulées par le Dr Ahouayito. Le sildénafil et le tadalafil, par exemple, favorisent la dilatation des vaisseaux sanguins et peuvent entraîner une diminution de la pression artérielle. Dans certaines situations, cette baisse peut devenir problématique, notamment lorsque ces substances sont associées à certains traitements cardiovasculaires. Le risque est particulièrement important avec les nitrates, médicaments utilisés notamment dans certaines maladies cardiaques. L’association avec des médicaments de la même famille que le sildénafil ou le tadalafil peut provoquer une chute importante de la pression artérielle. Le consommateur qui achète un aphrodisiaque sur les réseaux sociaux ne connaît toutefois pas nécessairement les substances contenues dans le produit. Il peut donc ignorer qu’il prend un produit susceptible d’interagir avec son traitement habituel. « Le danger ne vient pas seulement du produit lui-même », explique en substance le Dr Ahouayito. Il vient également de ce qu’il peut contenir, des médicaments que prend déjà le consommateur et de son état de santé. Une chute excessive de la pression artérielle peut entraîner des vertiges, un malaise ou une perte de connaissance. Dans les situations sévères, une hypotension importante peut compromettre la perfusion de certains organes. Les personnes souffrant d’hypertension artérielle, de maladie coronarienne, d’insuffisance cardiaque ou de troubles du rythme doivent donc être particulièrement prudentes. L’automédication peut être dangereuse lorsque l’état cardiovasculaire du patient n’est pas connu ou lorsqu’il prend déjà plusieurs médicaments. Autre élément essentiel : les troubles de l’érection peuvent eux-mêmes constituer un signal d’alerte. Une difficulté persistante à obtenir ou maintenir une érection n’est pas nécessairement un simple problème sexuel. Elle peut parfois être associée à une maladie cardiovasculaire sous-jacente. Voilà pourquoi la recherche d’une solution rapide sur Internet peut faire perdre un temps précieux. Au lieu d’identifier la cause du trouble, le patient tente simplement de masquer le symptôme.
L’éjaculation précoce, un problème médical et non une faiblesse
La même prudence doit s’appliquer aux produits censés traiter l’éjaculation précoce. Sur les réseaux sociaux, certains vendeurs promettent de retarder l’éjaculation pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours. D’autres présentent leurs produits comme capables de rendre l’homme « infatigable » ou de multiplier ses performances. Ces messages contribuent à installer une conception irréaliste de la sexualité masculine. Ils peuvent également renforcer l’anxiété des personnes confrontées à ces difficultés. Pourtant, l’éjaculation précoce peut avoir des causes multiples et nécessite, lorsqu’elle est persistante et source de souffrance, une évaluation adaptée. Le traitement dépend de la situation de chaque patient. Il en va de même pour les troubles de l’érection. Le diabète, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, certains traitements, des facteurs psychologiques ou d’autres problèmes de santé peuvent intervenir. Chercher à traiter le problème uniquement avec une pilule ou une préparation achetée en ligne revient donc à s’attaquer au symptôme sans nécessairement rechercher sa cause.
Les signes qui doivent alerter
Pour le Dr Urbain Ahouayito, certains arguments commerciaux doivent immédiatement éveiller la méfiance. C’est notamment le cas des produits qui promettent une efficacité « garantie », une érection immédiate ou extrêmement prolongée, une action pendant plusieurs jours, une absence totale d’effets secondaires ou encore une composition « 100 % naturelle » sans preuve vérifiable. La prudence doit également être de mise lorsqu’un vendeur affirme que son produit peut remplacer une consultation médicale. Une autre alerte concerne les produits dont l’étiquetage est incomplet, dont le fabricant n’est pas clairement identifié, dont la composition est inconnue ou qui sont vendus uniquement à travers des messages privés sur les réseaux sociaux. Le consommateur doit également se méfier des témoignages présentés comme des preuves scientifiques. Le fait qu’une personne affirme avoir obtenu un résultat après avoir consommé un produit ne permet pas de conclure que celui-ci est efficace ou sans danger. Les réseaux sociaux peuvent faciliter la diffusion de l’information, mais ils peuvent également amplifier les fausses promesses. Une vidéo virale ne transforme pas un produit en médicament reconnu.
La responsabilité des plateformes et des autorités
La multiplication de ces publicités pose également la question de la régulation du commerce de produits de santé sur les plateformes numériques. Les autorités compétentes ont un rôle important à jouer pour identifier les produits non autorisés, contrôler leur composition, surveiller les circuits de distribution et informer les populations. Mais la responsabilité ne repose pas uniquement sur les autorités. Les plateformes numériques sont devenues de véritables espaces commerciaux. Elles doivent elles aussi contribuer à limiter la diffusion de publicités trompeuses ou dangereuses lorsqu’elles concernent la santé. De leur côté, les consommateurs doivent apprendre à reconnaître les signaux d’alerte et à privilégier les circuits de distribution réglementés. Le développement du commerce numérique rend cette vigilance encore plus nécessaire. Hier, le vendeur devait disposer d’une boutique physique pour atteindre ses clients. Aujourd’hui, une simple page Facebook, un compte tiktok ou un numéro WhatsApp peuvent suffire pour toucher des milliers de personnes.
« Un problème sexuel est un problème de santé, pas une honte »
Au-delà de l’aspect médical, le Dr Urbain Ahouayito insiste sur la nécessité de changer le regard porté sur les troubles sexuels masculins. « Un problème sexuel est un problème de santé, pas une honte », résume-t-il. Cette phrase constitue probablement l’un des messages essentiels de cette campagne de sensibilisation. Tant que les hommes considéreront les troubles érectiles ou l’éjaculation précoce comme des sujets honteux, ils seront davantage exposés aux vendeurs qui exploitent leur vulnérabilité. La consultation médicale permet au contraire de parler du problème dans un cadre confidentiel, d’identifier les éventuels facteurs de risque et de déterminer si un traitement est nécessaire. Le médecin peut également vérifier l’existence de facteurs cardiovasculaires et rechercher une éventuelle maladie sous-jacente. Le message est donc simple, plutôt que de rechercher une solution miracle sur Facebook, tiktok ou WhatsApp, il faut commencer par comprendre le problème.
La sexualité mérite mieux qu’un produit de composition inconnue
Le commerce des aphrodisiaques sur les réseaux sociaux révèle finalement une réalité plus profonde, celle d’un marché qui prospère sur les complexes, les inquiétudes et parfois le silence des consommateurs. Les vendeurs promettent des performances extraordinaires. Les utilisateurs recherchent une solution rapide. Entre les deux, la question de la santé passe parfois au second plan. Pourtant, le cœur ne doit jamais être sacrifié au profit de la performance sexuelle. Un produit présenté comme « naturel » peut contenir une substance active non déclarée. Un produit présenté comme « sans danger » peut interagir avec un traitement. Une difficulté sexuelle peut cacher une maladie cardiovasculaire. Et une promesse de guérison en quelques heures peut finalement conduire à un problème de santé beaucoup plus sérieux. La vigilance s’impose donc, particulièrement chez les personnes souffrant d’hypertension artérielle, de maladie cardiaque, de diabète ou de problèmes rénaux, ainsi que chez celles qui prennent régulièrement des médicaments. Avant de consommer un produit destiné à améliorer les performances sexuelles, le réflexe doit être celui de la consultation. Un professionnel de santé peut rechercher la cause du trouble, évaluer les facteurs de risque et proposer une prise en charge adaptée. Dans un environnement numérique où les promesses circulent plus vite que les preuves, une règle doit prévaloir : ne jamais confondre publicité et conseil médical. Les troubles de l’érection et l’éjaculation précoce ne sont ni une honte ni une fatalité. Ce sont des problèmes de santé qui méritent une véritable prise en charge. Et face aux produits miracles vendus sur les réseaux sociaux, la prudence peut tout simplement sauver une vie.
Sergino Lokossou
















