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Accueil Société

Mangroves au Bénin : Le réveil des communautés

La Rédaction par La Rédaction
2 septembre 2026
dans Société
Durée de lecture : 6 mins de lecture
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Mangroves au Bénin : Le réveil des communautés
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À Sô-Ava, l’eau est devenue le théâtre d’un combat pour la sauvegarde des mangroves. À l’occasion de la Journée internationale de la conservation des écosystèmes de mangroves (Jicem), pirogues et barques ont sillonné les plans d’eau dans une caravane nautique destinée à sensibiliser les populations riveraines. Dans plusieurs communes du sud du Bénin, la même conviction gagne du terrain. Celle de protéger les mangroves, mais aussi préserver les moyens de subsistance des générations futures.

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Le soleil est déjà haut dans le ciel. Sur les eaux calmes de Sô-Ava, le ballet des embarcations rompt la quiétude habituelle. À bord, des acteurs de la conservation, des représentants des communautés, des jeunes et des responsables engagés dans la protection de l’environnement. La destination importe autant que le message. Aller sur l’eau, au plus près des mangroves et des populations qui vivent avec elles. La caravane nautique organisée dans le cadre de la Jicem n’a rien d’une simple promenade. Elle est une manière de porter la sensibilisation directement dans les espaces où se joue quotidiennement l’avenir des écosystèmes de mangrove. Au fil de l’eau, les participants observent les berges, les végétations et les zones restaurées. Les échanges se poursuivent avec les communautés. Pendant longtemps, les mangroves ont été perçues avant tout comme une ressource disponible. Le bois servait notamment au fumage du poisson et à d’autres usages domestiques. Les conséquences de cette exploitation sur les écosystèmes étaient peu connues ou sous-estimées. Aujourd’hui, le regard change. « Nous utilisions le bois de mangrove pour fumer le poisson, sans en connaître les conséquences », raconte Catherine Sianté, membre et trésorière de l’Aire communautaire de conservation de la biodiversité (Accb) d’Ahémé. Avec les actions de sensibilisation et les initiatives de conservation, les populations ont progressivement compris que la destruction des palétuviers menaçait directement leur environnement et, à terme, leurs propres activités. Le changement de comportement est parfois spectaculaire. Luc Mouvi, président de l’Accb d’Ahémé, rapporte le cas récent d’un habitant qui s’était rendu dans une zone de mangrove pour couper des palétuviers, comme cela se faisait autrefois. Mais le site avait entre-temps été sacralisé et placé sous la responsabilité de la communauté. L’homme a été arrêté et contraint de replanter les arbres qu’il venait d’abattre. L’anecdote résume à elle seule le changement en cours. Dans ces territoires où les communautés ont longtemps vécu au rythme de la pêche, de l’agriculture et de l’exploitation des ressources naturelles, la mangrove commence à être considérée autrement. Elle n’est plus seulement une forêt au bord de l’eau. Elle est devenue un patrimoine à protéger.

De l’Iec au terrain, une nouvelle génération prend le relais

Cette évolution repose largement sur la sensibilisation, mais aussi sur une stratégie qui cherche à transformer les connaissances en comportements concrets. Les séances d’information, d’éducation et de communication (Iec) constituent une première étape. Le terrain en est la prolongation naturelle. C’est tout le sens de la visite écotouristique et environnementale organisée du 22 au 24 juillet 2026 avec les enfants ambassadeurs des forêts et les ambassadeurs juniors des mangroves. Pendant plusieurs jours, ces jeunes ont parcouru plusieurs communes du sud du Bénin. L’objectif était de leur permettre de sortir du cadre théorique pour découvrir, observer et comprendre les réalités environnementales sur le terrain. Devant une mangrove restaurée, une pépinière ou une zone protégée, les notions apprises pendant les séances d’Iec prennent une autre dimension. Les enfants peuvent voir les espèces, comprendre le rôle des arbres, écouter les témoignages des populations et mesurer les conséquences des pratiques humaines sur les écosystèmes. Ces enfants sont appelés à devenir des relais de la conservation dans leurs écoles, leurs familles et leurs communautés. Leur rôle ne consiste pas uniquement à connaître les mangroves, mais à porter autour d’eux le message de leur protection. Le projet a notamment favorisé la création de neuf clubs environnementaux et la mise en place de dispositifs destinés à former des « Ambassadeurs juniors des mangroves ». Des pépinières-écoles et des plantations-écoles complètent cette démarche. À Sô-Ava, comme dans les autres communes concernées, la conservation ne peut réussir sans les populations.

Restaurer les mangroves sans sacrifier les revenus

Les communautés sont les premières à subir les conséquences de la dégradation des mangroves, mais elles peuvent également être les premières à contribuer à leur restauration. Le projet « Renforcement de la résilience des systèmes humains et naturels face au changement climatique à travers la conservation et l’utilisation durable des écosystèmes de mangroves dans le Sud Bénin » s’inscrit dans cette logique. Mis en œuvre avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), en collaboration avec le ministère du Cadre de vie et des transports, chargé du développement durable, et financé par le Fonds pour l’environnement mondial (Gef), à travers le Fonds pour les pays les moins avancés (Ldcf), il couvre neuf communes à savoir Grand-Popo, Abomey-Calavi, Ouidah, Kpomassè, Bopa, Comè, Sèmè-Podji, Sô-Ava et Aguégués. Les interventions concernent notamment les zones humides Ramsar 1017 et 1018, des espaces essentiels pour la biodiversité et les activités socio-économiques.

Sur le terrain, la restauration commence à produire des résultats mesurables. Selon Sévérin Nsia, président du Comité national de pilotage du projet, 110 hectares de mangroves ont été mis en défens. Quarante-sept hectares ont déjà été restaurés et 29 hectares reboisés. À cela s’ajoutent 14 kilomètres de voies d’eau ouvertes. Derrière ces chiffres, il y a des changements visibles dans le quotidien des communautés. Les voies d’eau rouvertes facilitent la mobilité et les échanges. Les espaces restaurés offrent de meilleures conditions pour la biodiversité. Les populations commencent également à observer le retour de certaines espèces. Dans le pôle côtier, Gérard Djikpessé, président d’une Accb locale, rapporte la présence de poissons, de crocodiles, de singes, de vipères et de plusieurs espèces d’oiseaux. Le retour de cette biodiversité constitue un indicateur encourageant pour les défenseurs de l’environnement, mais aussi une opportunité nouvelle pour l’écotourisme. Car la protection de la mangrove ne peut être dissociée de la question économique. Pour Fiacre Codjo Ahononga, coordonnateur national du projet, la stratégie repose notamment sur six chaînes de valeur que sont  aquaculture, saliculture, pêche, maraîchage, compostage et écotourisme. L’objectif est de permettre aux communautés de développer des activités génératrices de revenus qui réduisent progressivement leur dépendance aux ressources forestières. Des formations sont organisées et des plans d’affaires sont élaborés avec les bénéficiaires. L’idée est de faire de la conservation non pas une contrainte, mais une opportunité économique. À Comè, autour du lac Ahémé, le maire Edgar Tohouegnon observe déjà une évolution de l’activité économique. Selon lui, la pêche est devenue plus dynamique et les revenus commencent à s’améliorer. La commune entend également donner une place plus importante à l’écotourisme dans sa planification. La conservation s’appuie parallèlement sur les traditions et les mécanismes communautaires. Dix-huit sites, couvrant au total 144 hectares, ont été sacralisés. Dans certains espaces, la présence du Zangbéto, figure traditionnelle chargée notamment de veiller à l’ordre social, rappelle que la protection de la nature peut également s’appuyer sur les valeurs culturelles locales. Des conventions locales de gestion des ressources naturelles ont aussi été adoptées. Trente-trois coopératives et associations bénéficient d’un accompagnement. L’autre innovation c’est la production de sel à partir de l’énergie solaire. Cette solution contribue à réduire l’utilisation du bois dans certaines activités de saliculture et donc à diminuer la pression exercée sur les ressources forestières. Pour Zoéwindé Henri Noël Bouda, représentant de la Fao au Bénin, les enjeux dépassent largement la seule protection des arbres. Restaurer les mangroves revient aussi à renforcer la production piscicole et halieutique, améliorer la nutrition et soutenir les revenus des populations. Le défi est désormais de maintenir cette dynamique. Car restaurer une mangrove est une chose. La protéger dans la durée en est une autre. La caravane nautique de Sô-Ava, les visites de terrain des jeunes ambassadeurs, les plantations-écoles et les initiatives économiques montrent cependant qu’un changement est en train de s’installer. La conservation quitte progressivement le domaine des discours pour entrer dans les pratiques quotidiennes. Sur les eaux de Sô-Ava, les embarcations finissent par s’éloigner. Sur les berges, les mangroves restent là, témoins silencieux d’un écosystème longtemps fragilisé. Désormais, leur avenir dépend aussi de ceux qui vivent à leurs côtés. Et peut-être surtout de cette nouvelle génération d’enfants qui apprend aujourd’hui que protéger un palétuvier, c’est aussi protéger un poisson, une rive, une famille, une activité économique et, finalement, une part de l’avenir du Bénin.

Sergino Lokossou

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