Dès la rentrée 2026-2027, le Bénin opte pour un accroissement sensible du taux de couverture des écoles publiques en cantines scolaires. Ainsi, toutes les écoles maternelles et primaires publiques du Bénin serviront chaque jour un repas chaud à leurs élèves. En travaillant à porter la couverture des cantines scolaires d’environ 90 % à 100 %, le gouvernement du président Romuald Wadagni engage le dernier kilomètre d’un chantier ouvert il y a dix ans. Dans les cours d’école, la mi-journée a déjà changé de visage.
La scène est devenue si banale qu’on oublie qu’elle fut longtemps une exception. En fin de matinée, dans plus de neuf écoles publiques sur dix, une fumée monte au-dessus des cuisines aménagées en bordure de cour. Les marmites sont posées sur les foyers depuis l’aube. Des femmes du voisinage, organisées en comités, surveillent la cuisson, comptent les parts, alignent les plats sur les tables de service. Quand la cloche sonne, les élèves se mettent en rang, classe après classe, sous l’œil des maîtres. En quelques minutes, la cour se remplit d’enfants assis, une assiette fumante entre les mains.
À la rentrée de septembre, ce rituel ne connaîtra plus d’exception. Le gouvernement a décidé de porter à 100 % la couverture des écoles publiques en cantines scolaires dès l’année 2026-2027. La mesure, inscrite dans le collectif budgétaire adopté en juin par l’Assemblée nationale, parachève l’un des programmes les plus suivis de la décennie écoulée.
La règle du repas chaud
Le principe tient en une phrase, que le directeur général de l’Agence nationale de l’alimentation et de la nutrition (Anan), Alain Hinkati, résume ainsi : donner « chaque jour un repas chaud, équilibré et nutritif » à chaque enfant à l’école. Derrière la formule, une mécanique réglée comme les emplois du temps : commandes de vivres, magasins de stockage, comités de gestion associant parents et enseignants, suivi nutritionnel. Et des chiffres qui donnent la mesure du chemin parcouru.
Dix ans de montée en charge
Relancé en 2016, le programme des cantines a pris sa forme actuelle en septembre 2017 avec le lancement du Programme national d’alimentation scolaire intégré (Pnasi), mis en œuvre avec l’appui du Programme alimentaire mondial (Pam). Il couvrait alors 31 % des écoles primaires publiques. Le taux est passé à 51 % fin 2021, à plus de 75 % en 2023-2024, puis autour de 90 % durant l’année scolaire qui vient de s’achever, selon les données officielles. Quelque 1,4 million d’élèves ont mangé chaque jour à l’école en 2024. L’effort budgétaire a suivi la même pente : 1,5 milliard de francs Cfa en 2016, 48,7 milliards en 2022, plus de 153 milliards programmés pour atteindre la couverture totale. En juin 2022, le Pam a désigné le Bénin « champion mondial » des cantines scolaires, une distinction que Cotonou cite volontiers, mais qui dit surtout la rareté du modèle : un programme né dans le giron de l’aide internationale, devenu politique publique financée sur ressources nationales.
Le dernier dixième
Reste le plus difficile. Les écoles encore dépourvues de cantine sont souvent les plus enclavées : hameaux éloignés des axes bitumés, pistes coupées en saison des pluies, effectifs réduits qui compliquent les tournées de livraison. Pour elles, la logistique est le nerf de la guerre. L’Anan a engagé la construction de magasins de stockage à travers le pays, un chantier que le budget rectificatif de juin vient prolonger. L’agence conduit dans le même temps le transfert progressif de la gestion du programme, longtemps portée par le Pam, vers les institutions nationales. C’est ce dispositif, éprouvé sur neuf écoles sur dix, qu’il faut désormais étendre aux dernières salles de classe du pays, précisément celles où tout est plus compliqué.
Rendez-vous dans les cours d’école
« Aucun enfant n’apprend le ventre vide », répète-t-on à la présidence, où l’on présente la couverture intégrale comme une déclinaison concrète de la Vision Bénin 2060 et de son ambition d’un capital humain « sain, compétent et compétitif ». La promesse, elle, se vérifiera à la rentrée, école par école. Pour le président Wadagni, investi le 24 mai, c’est le premier grand rendez-vous social du quinquennat : faire en sorte que, du littoral aux collines de l’Atacora au Plateau, aucune cour d’école ne reste sans fumée à l’heure de midi.
Abdourhamane Touré

















