L’élite béninoise des échecs s’est mesurée, courant le mois d’août 2026 à Cotonou, au Maître international Stefan Macak. C’était à la faveur d’un tournoi simultané organisé par le Grand Roi club d’échecs. Une initiative inscrite dans le cadre des activités marquant les dix ans d’existence du club.
Dix-neuf échiquiers alignés et un stratège arpentant la salle pour affronter vingt joueurs simultanément : le spectacle a tenu toutes ses promesses. Cet événement, conçu avant tout comme une plateforme de partage d’expériences et d’évaluation des compétences locales face à un joueur de haut niveau, marque une étape importante dans la structuration du jeu d’échecs au Bénin. Face à l’expert international, les talents locaux ont pu tester leur sang-froid et mesurer le chemin qui les sépare encore des standards internationaux. Après plus de six heures de jeu, trois participants ont réussi à obtenir une partie nulle face au Maître international. « J’ai joué sur 19 échiquiers, face à des joueurs qui étaient forts. Ils ont réussi à obtenir trois parties nulles contre moi », a confié Stefan Macak, visiblement marqué par l’intensité de la rencontre. Le maître international a également souligné la qualité du niveau local, estimant que certains joueurs évoluaient autour de 1 900, 2 000, voire 2 050 points Elo.
Une décennie d’existence en célébration
Ouvrant la rencontre, le président du Grand Roi club d’échecs, Elfried Dossavi-Messy, a posé les bases de cette initiative qui s’inscrit dans la célébration de la première décennie d’existence de son association. Il a profité de l’occasion pour officialiser le lancement du « Cotonou Open Mensuel d’échecs », un rendez-vous bimestriel destiné à pérenniser la pratique compétitive dans la capitale économique. « Cotonou a besoin de rendez-vous. Un rendez-vous où l’on vient pour penser, pour apprendre, pour jouer, mais aussi pour se rencontrer et socialiser », a-t-il soutenu, précisant que les inscriptions sont ouvertes en vue de la première édition prévue pour la fin de ce mois de septembre 2026.
Partage d’expérience face à Stefan Macak
Pour les participants, l’expérience a surtout été une occasion d’apprentissage face à un adversaire d’un calibre supérieur. Yaniss Aderomou, vice-président du Club d’échecs de Parakou, figure parmi ceux qui ont réussi à arracher une partie nulle face au challenger international. « Le Maître international Stefan Macak est un excellent joueur parce qu’il ne m’a vraiment pas rendu la tâche facile. J’ai dû chercher de très bons coups pour essayer de lui tenir tête », a-t-il expliqué, avant de souligner la portée de cette expérience. « Avoir joué contre un joueur de ce calibre m’a permis de constater que j’avais le potentiel nécessaire pour évoluer et peut-être atteindre l’élite mondiale un jour », a-t-il ajouté. Une ambition que partage également Issa Djibo, venu du nord du pays pour prendre part à cette confrontation. Pour lui, la victoire n’était pas nécessairement l’objectif premier. « Je ne suis pas venu pour gagner nécessairement. J’étais venu beaucoup plus pour apprendre de lui », a-t-il déclaré. Il estime être reparti avec de nouveaux enseignements après les nombreuses heures passées face au Maître international. « J’ai beaucoup appris et franchement, je ne suis pas sorti comme j’étais rentré au début », a-t-il témoigné.
La jeunesse à l’école d’un expérimenté
Sur le plan pédagogique, la présence du Maître international a permis d’apporter un éclairage direct sur les exigences de la haute compétition. De passage à Cotonou dans le cadre de son projet éducatif Chess in Africa, l’invité d’honneur a insisté sur l’investissement personnel indispensable pour franchir les paliers techniques. « Si vous voulez devenir Grand Maître, vous devez étudier en moyenne 12 000 heures. C’est probablement l’équivalent de deux universités vraiment très difficiles », a affirmé Stefan Macak devant les participants, tout en rappelant que la régularité du travail prime sur le simple potentiel individuel. Pour Brunel Padonou, cette rencontre restera également comme une expérience particulière dans son parcours. Le joueur d’échecs dit avoir apprécié la possibilité d’observer directement la manière dont un maître international construit ses parties. « Affronter un maître international d’échecs, ce n’est pas donné à tout le monde. Avoir l’expérience de jouer et voir comment ces grands maîtres réfléchissent dans le jeu, c’est un très grand honneur pour moi », a-t-il confié. Battu dans la phase finale de sa partie, il retient néanmoins les enseignements tirés de cette confrontation : « Je suis fier du résultat que j’ai pu obtenir ». L’expérience a été d’autant plus marquante pour Brunel Padonou que la rencontre s’est étirée sur plusieurs heures. Même constat pour Brutani Haïrou, passionné d’échecs depuis seulement trois mois. Pour ce novice, réussir à tenir face au Maître international pendant trois heures constituait déjà une satisfaction. « Je me sens fier, puisque déjà avoir tenu trois heures, ce n’était pas évident et j’ai essayé quand même d’affiner la stratégie », a-t-il déclaré, reconnaissant avoir découvert au cours de la partie plusieurs nouvelles approches du jeu. Au terme de cette simultanée, Stefan Macak a lui-même reconnu avoir vécu une expérience exceptionnelle. « Je pense que c’était le plus long tournoi simultané que je n’aie jamais disputé, avec environ six heures et demie de jeu », a-t-il confié.
Stefan Macak salue le potentiel béninois
Le Maître international a par ailleurs salué le potentiel béninois et appelé à renforcer l’enseignement des échecs dans les établissements scolaires. Selon lui, cette discipline peut contribuer à développer chez les enfants « la patience, la discipline, la capacité d’analyse » ainsi que leur aptitude à aborder et résoudre les problèmes. Pour appuyer la progression des joueurs régionaux, le technicien international a mis à la disposition des encadreurs une base de données numérique regroupant près de cent giga-octets de contenus tactiques, d’ouvrages spécialisés et de logiciels d’analyse. Des cours hebdomadaires à distance seront également dispensés dès cette rentrée afin de renforcer le niveau des pratiquants les plus aguerris. Cette confrontation simultanée dote ainsi la communauté échiquéenne locale d’outils concrets et d’un calendrier de compétitions régulières pour soutenir le développement des talents nationaux. À travers cette initiative, le Grand Roi Club d’échecs entend ainsi faire de sa décennie d’existence un nouveau point de départ pour la promotion et la structuration des échecs au Bénin.
Sorbou Soulé (Stag)




















