Le Hbc Nantes concrétise son implantation au Bénin avec le lancement officiel de la première promotion de son académie à Cotonou. Dans un entretien accordé à notre rédaction, le président du club français, Gaël Pelletier, détaille l’historique du club formateur, les raisons de l’implantation béninoise, le bilan du test estival à travers l’édition 2026 du Nihc, l’organisation du double projet scolaire et sportif, la mixité des promotions, les partenariats institutionnels et l’appel aux entreprises locales. Ci-dessous, l’intégralité des propos du Français.
Le Matinal : Monsieur le Président, rappelez nous l’identité et la philosophie du Hbc Nantes en matière de formation ?
Gaël Pelletier : Le Hbc Nantes existe depuis 1953 et j’en assure la présidence depuis plus de dix ans, après cinquante années d’engagement au sein du club. Parti de Nationale 1 il y a vingt ans, le club s’est installé parmi l’élite européenne en disputant trois Final Four de Ligue des Champions, dont une troisième place acquise en battant le Fc Barcelone avec un tiers de joueurs issus de notre centre de formation. Notre modèle repose sur le travail et la structuration, privilégiant la formation aux transferts et la patience aux coups d’éclat, guidés par trois valeurs constantes : le respect, la combativité et la solidarité.
Des raisons motivent sûrement l’implantation de cette académie au Bénin. Quelles sont-elles ?
La première raison tient au choix courageux du Bénin de miser sur le sport pour l’éducation, illustré par la construction d’infrastructures dans chaque commune, le financement d’éducateurs dans plus de quatre-vingts collèges et la création d’une Ligue professionnelle. La deuxième raison correspond au maillon manquant entre le sport scolaire et le haut niveau pour accompagner les jeunes dès treize ans, l’Afrique subsaharienne accueillant ainsi la toute première structure de ce type. La troisième raison réside dans la co-construction du projet menée depuis trois ans à travers des audits, un mémorandum entre fédérations et un protocole signé en 2024 avec le Ministère des Sports. Enfin, la quatrième raison incarne le lien humain incarné par Rock Feliho, né à Cotonou et ancien capitaine du Hbc Nantes pendant treize ans.
En août dernier, le Bénin, avec sa sélection U16 a pris part au Nihc en France. Quel bilan tirez-vous du parcours estival des jeunes Béninois en Europe ?
Le groupe a suivi un parcours complet comprenant un diagnostic à Parakou, une préparation à Cotonou et une immersion à Nantes assortie d’un tournoi international face à des équipes européennes. Les joueurs ont terminé huitièmes sur douze, enregistrant une victoire et plusieurs défaites concédées par un seul but d’écart. Ce résultat démontre que le talent est présent, mais que la continuité fait défaut. Cette marge infime se règle par la maîtrise des fins de match, la conservation du ballon et une concentration accrue, des paramètres que l’Académie s’attache à perfectionner.
Comment s’articule concrètement le fonctionnement de cette première promotion ?
Vingt et un (21) jeunes, garçons et filles confondus, constituent cette première promotion qui s’entraîne à raison de quatre fois par semaine sous la responsabilité de Murielle Ahokpé, avec l’appui de Gaël Hessou pour la résolution des aspects administratifs. Chaque académicien bénéficie d’un équipement complet, d’une assurance santé, d’un kit scolaire, de la prise en charge des frais de scolarité et d’un suivi kinésithérapique. En contrepartie, chaque famille et chaque jeune signent une charte stricte conditionnant l’appartenance à l’Académie au respect, à l’assiduité et à un comportement digne.
Vous insistez fermement sur la primauté de l’école. Quelle est votre position sur le double projet scolaire et sportif ?
L’Académie ne constitue pas une simple école de handball, mais un double projet indissociable où l’école prime toujours sur le sport. À Nantes, un jeune joueur très prometteur a déjà été écarté des entraînements et des matchs en raison de résultats scolaires insuffisants, avant d’obtenir son baccalauréat et d’évoluer par la suite en Équipe de France. Cette même exigence d’excellence scolaire est appliquée à Cotonou, avec un dialogue permanent instauré auprès des parents pour garantir que la pratique sportive ne pénalise jamais la scolarité.
Quelle place est accordée aux jeunes filles au sein de cette structure ?
Cette académie est totalement mixte et les filles y disposent exactement de la même place, des mêmes droits et des mêmes exigences que les garçons. Le handball féminin béninois dispose déjà d’une base solide et de près de quatre licenciées sur dix, une proportion remarquable qui justifie pleinement la mise en place d’une filière dédiée à leur hauteur.
De quelle manière ce projet s’intègre-t-il dans l’écosystème sportif institutionnel et local ?
Ce projet ne se construit ni seul, ni contre les acteurs locaux, mais en synergie totale avec la Fédération béninoise de handball et son président Sidikou Karimou, le ministère en charge des Sports pour son écoute attentive, ainsi que l’ensemble des clubs béninois. L’objectif consiste à former non pas pour les intérêts exclusifs du club nantais, mais pour le handball béninois dans son ensemble, au profit de ses clubs et de ses sélections nationales.
Quelles sont les perspectives d’avenir et les besoins pour pérenniser l’Académie ?
À court terme, il s’agit d’encadrer cette première promotion, puis d’accueillir davantage de jeunes, de renforcer l’encadrement et d’ériger un lieu d’entraînement adapté. La Fondation Hbc Nantes s’engage dans la durée, mais un tel projet d’envergure nécessite l’implication de partenaires externes. Un appel est ainsi lancé aux entreprises béninoises pour qu’elles rejoignent ce projet déjà opérationnel, doté de résultats tangibles et porteur d’infrastructures à venir.
Un mot pour conclure cet entretien
Il y a un an, nous avons pris un engagement. Aujourd’hui, nous le tenons. Le reste, ce sont ces jeunes qui l’écriront avec tout notre soutien.
Réalisation : Karol B. Sékou (Coll)



















