Le Bénin a fait du mois d’octobre un rendez-vous désormais consacré à la promotion de la production locale. Pour cette septième édition, le Mois du Consommons Local, lancé le 1er octobre 2026, porte un message qui mérite d’être davantage qu’un slogan : « Consommer local pour un Bénin économiquement prospère ». Il faut saluer la volonté politique affichée ces dernières années.
Le Consommons Local n’est plus seulement une exhortation ponctuelle. Il s’inscrit progressivement dans une vision de transformation de l’économie, de création d’emplois et de valorisation du savoir-faire béninois. Agriculture, artisanat, industrie, textile, agroalimentaire. Le pays dispose d’un potentiel considérable. Encore faut-il créer les conditions pour que ce potentiel devienne une véritable force économique. Et sur ce terrain, le Bénin n’est pas en train d’inventer une idée totalement nouvelle. Des décennies plus tôt, le révolutionnaire burkinabè Thomas Sankara défendait déjà une philosophie fondée sur l’autonomie économique et la valorisation de la production nationale. Son célèbre mot d’ordre reste d’une étonnante actualité, « Produisons ce dont nous avons besoin, et consommons ce que nous produisons. » En 1987, à Addis-Abeba, il allait plus loin en plaidant pour « produire en Afrique, transformer en Afrique et consommer en Afrique ».
Du slogan à l’exigence de qualité
Mais consommer local ne saurait signifier demander au consommateur de faire une faveur au producteur. Le consommateur béninois doit acheter local parce que le produit local est bon, compétitif, accessible, durable et fiable. C’est là que se trouve le véritable défi. Il faut donc accompagner davantage ceux qui produisent. Financement, équipements modernes, accès aux matières premières, formation, certification, emballage, conservation, transformation, distribution et accès aux marchés. Le producteur local ne peut pas être abandonné au milieu du chemin.
Le projet de société du président Romuald Wadagni pour 2026-2033 semble d’ailleurs placer ces acteurs au cœur de la nouvelle dynamique économique. Il prévoit notamment le renforcement du financement agricole, un meilleur encadrement des producteurs, la mécanisation, l’accès aux intrants de qualité et la modernisation des chaînes de production. Pour les artisans, le programme prévoit notamment la généralisation du crédit Arch Artisan, des bases d’appui équipées dans les communes et des ateliers d’excellence destinés à faire monter les savoir-faire béninois en gamme. L’ambition est claire, faire émerger une économie locale suffisamment forte pour ne plus demander aux Béninois de consommer local par patriotisme, mais parce que le « Made in Benin » s’impose naturellement par sa qualité.
Les producteurs ont donc leur part de responsabilité. Il faut produire mieux, innover, respecter les normes, soigner la finition et comprendre que la fidélité du consommateur se mérite. L’État, lui aussi, doit montrer l’exemple. Pourquoi nos responsables publics ne porteraient-ils pas davantage, dans leurs cérémonies et leurs apparitions officielles, des tenues confectionnées par nos stylistes et artisans ? Pourquoi les administrations ne privilégieraient-elles pas davantage les biens et services produits au Bénin lorsque leur qualité et leur disponibilité le permettent ?
Consommer local, finalement, c’est beaucoup plus qu’acheter un produit béninois. C’est faire circuler la richesse chez nous, créer des emplois chez nous et croire suffisamment en nos talents pour leur offrir notre marché. Thomas Sankara avait compris une chose essentielle, l’indépendance politique perd de sa portée lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’une ambition économique. Le Bénin a aujourd’hui l’occasion de transformer cette conviction en réflexe national. Octobre peut être le mois du Consommons Local. Mais le véritable succès sera atteint lorsque décembre, janvier, juin ou septembre seront aussi, naturellement, des mois où nous consommons ce que nous produisons.
Sergino Lokossou


















