(Lire l’intégralité de son discours)
À l’ouverture de la première session ordinaire du Sénat, son président, Patrice Talon, a défini les missions de cette nouvelle institution dans l’architecture politique béninoise. Présentée comme un instrument d’apaisement, la seconde chambre du Parlement aura notamment pour rôle de préserver la stabilité politique, de protéger les libertés fondamentales, d’arbitrer certains différends institutionnels et de veiller aux valeurs politiques. Pour le premier président du Sénat, la sérénité des décideurs et la stabilité de l’environnement politique constituent des leviers essentiels de l’efficacité durable des politiques publiques. Ci-dessous, l’intégralité du discours d’ouverture.
Intégralité du discours d’ouverture de la première session ordinaire du Sénat
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les présidents d’institutions,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires, sénateurs et députés,
Monsieur le doyen du corps diplomatique,
Monsieur le préfet du Littoral,
Monsieur le maire de la commune de Cotonou,
Mesdames et Messieurs,
Merci pour votre présence. Permettez-moi de vous saluer avec déférence et vous dire qu’en ce jour si mémorable d’ouverture de la première session ordinaire de la toute dernière institution de notre nouvel ordre politique, je mesure l’honneur qui m’échoit de prononcer l’allocution inaugurale en qualité de premier président du Sénat.
Je voudrais vous réitérer mes remerciements à chacun de vous pour votre présence à cette cérémonie d’ouverture. Je voudrais aussi, avec la permission de vous tous députés et invités, saisir la présente occasion pour adresser à chacun des vingt-cinq sénateurs les félicitations et reconnaissances du citoyen que je suis, orateur en ce moment, eu égard aux plus hautes charges qu’ils ont chacun assurées au service de notre nation et qui les qualifie incontestablement pour leur nouvelle mission. Leur acceptation enthousiaste et unanime à siéger dans cette illustre institution de la République honore chacun d’eux et distingue le Bénin.
Si le Sénat n’avait pas été créé, il devra l’être, un jour ou l’autre, parce qu’il matérialise notre volonté commune, lointaine, de bâtir ensemble, avec nos diversités, mais dans la concorde et la convivialité, notre nation. Notre Sénat est l’une des illustrations de l’aube nouvelle qui n’est plus, soyons-en fiers, un voeu pieux.
Mesdames et Messieurs,
Notre pays change, progresse et avance résolument dans tous les domaines, jour après jour, malgré nos heurts inhérents à la vie en communauté et apportant, peu à peu, aux uns et aux autres, une certaine satisfaction des attentes.
Si le Bénin progresse mieux et plus vite depuis un certain temps, ce n’est pas parce que les personnes en charge aujourd’hui ont plus de talent que celles d’hier. C’est juste parce que des réformes voulues de tous, courageuses mais difficiles, ont été opérées. C’est juste parce que ces réformes ont instauré un nouvel ordre politico-administratif qui permet aux mandataires du peuple, la sérénité dans l’action publique.
En fait, le véritable facteur de développement des communautés humaines en nos temps actuels n’est pas fonction du génie des leaders, parce que le génie et la compétence sont désormais disponibles ici ou là, dans ce village qu’est devenu le monde. Il suffit simplement d’être disposé à payer le prix pour en disposer. Ce qui permet donc le développement communautaire de nos jours, c’est la sérénité dont bénéficient les décideurs et la stabilité de l’environnement dans lequel ils sont appelés à exercer leurs missions.
Autrement dit, la stabilité politique et la sérénité des responsables politiques suffisent à elles seules pour assurer l’efficacité durable des politiques publiques, pour peu que les élus soient bien inspirés. Dans le cas contraire, même les élus disposant de génie ou de talent sont incapables de mettre en œuvre et de conduire durablement l’action publique adéquate nécessaire au développement. Cela, nous l’avons compris au Bénin, et les progrès que nous opérons ensemble en sont le témoignage et la preuve.
Le Bénin a trouvé son chemin, et chacun de nous, citoyens ou responsables à quel niveau que ce soit, a le devoir d’œuvrer au maintien du Cap.
Mesdames et Messieurs les sénateurs,
Nous qui avons l’honneur d’être les premiers membres de cette dernière institution de la réforme politique de notre pays, avons, à nos âges défendants, la haute responsabilité d’être les pionniers garants de sa stabilité politique en vue de son développement continu et irréversible. Nous avons, forts de nos parcours respectifs, de nos expériences et de nos maturités acquises, pour ne pas dire sagesse, à réguler la vie politique au Bénin, à protéger et promouvoir la démocratie dans le respect de la souveraineté du peuple. Autrement dit, veiller à préserver aux élus du peuple, durant leur mandat, la sérénité dont ils ont besoin pour donner le meilleur d’eux-mêmes, avec efficacité, conformément aux promesses qu’ils ont faites au peuple mandant.
Mesdames et Messieurs,
Veiller à la stabilité politique au respect des prorogatives conférées aux élus par le peuple souverain n’est pas incompatible avec la promotion de la démocratie. C’est au contraire, veiller à l’expression véritable de la démocratie dans la finalité et le bien-être pour l’ensemble de la communauté.
Nous n’avons donc aucune raison d’éprouver une gêne, aucun complexe pour donner au monde une autre lecture de l’expression de la souveraineté du peuple béninois, car les vérités les plus partagées au plan universel ne s’expriment pas toujours pareillement en tous lieux et en toutes circonstances. À chaque communauté, à chaque époque et à chaque situation, correspond une définition spécifique des valeurs. Les Etats-Unis d’Amérique ne sont-ils pas une démocratie enviée partout dans le monde, malgré leur spécificité constitutionnelle qui établit, en ce qui concerne l’élection du Président de la République, que selon qu’on soit habitant d’une localité donnée, son vote peut compter moins que celui de l’habitant d’une autre localité.
Ce qui peut conduire à ce qu’un candidat, bien qu’ayant obtenu plus de voix que son challenger au plan national, peut perdre l’élection aux Etats-Unis d’Amérique. Cette particularité, issue de leur passé spécifique, ne complexe point les Américains et ne remet pas en cause le principe de la démocratie dans leur pays. En Allemagne, par exemple, la Constitution ne permet pas de référendum d’initiative populaire au plan national, excepté l’adoption d’une nouvelle Constitution ou la modification du territoire.
Tandis qu’en Suisse, où le référendum est un pilier de la démocratie, la consultation des citoyens par voie référendaire est permise, voire souhaitée sur presque tout. On peut donc observer, avec ces deux derniers exemples, que ce qui constitue un principe fondamental de la démocratie en Suisse est quasiment interdit en Allemagne. Ces trois exemples, qui ne sont pas exhaustifs, illustrent bien la diversité des dispositions politiques d’organisation de la démocratie à travers le monde.
Ce qui atteste qu’à chaque réalité communautaire, correspond une organisation politique spécifique de la démocratie, pourvu que les dirigeants politiques soient issus de la volonté populaire, exprimée dans un cadre adéquatement défini.
Chers parlementaires, chers invités, mesdames et messieurs,
Chez nous, au Bénin, le Sénat est une institution d’apaisement de la scène politique, rien de plus. Cela nous convient. Cela nous permettra de vaincre notre démon en matière de rivalité stérile, de heurts et de violences politiques préjudiciables à l’efficacité continue et durable des politiques publiques. Ainsi, les missions et les prérogatives de notre Sénat sont globalement réparties en quatre points. Le Sénat veille à ce que les lois, y compris la Constitution, ne portent pas atteinte aux libertés fondamentales, à la démocratie, à la cohésion sociale et à la stabilité politique du pays. A cette fin, les lois modificatives de la Constitution, les lois à caractère politique, les lois organisant la vie des partis politiques et les lois électorales votées par l’Assemblée nationale sont obligatoirement soumises à la non-objection du Sénat avant leur promulgation.
Deuxième mission, en cas de divergence persistante entre le Président de la République et l’Assemblée nationale sur le contenu d’une loi, le Sénat est saisi pour arbitrage.
Troisième mission, le Sénat fait à l’Assemblée nationale, en cas de besoin, par une demande de deuxième lecture, des observations sur les contenus des lois acceptées, les lois de finance, les lois de règlement et les lois programme.
Enfin, le Sénat veille aux mœurs et aux valeurs politiques. Il relève les dérapages et les déviances de nature politique et fait aux auteurs des rappels à l’ordre et sanctionne, en cas de besoin. Telles sont, mesdames et messieurs, les missions auxquelles sont assignées les vingt-cinq sénateurs au sein de la Seconde Chambre de notre Parlement, dont la toute première session ordinaire s’ouvre aujourd’hui en votre présence.
Je prie le ciel et les mânes de nos ancêtres, d’accorder à notre beau pays, à ses institutions et à ses responsables, paix, prospérité et efficacité pour le bien-être de chacun et de tous. Qu’ils accordent à chacun des sénateurs longue vie et bonne santé pour l’accomplissement de leur mission. Je voudrais enfin, à l’endroit de chacun de vous, chers sénateurs, exprimer notre commune et réciproque gratitude, puis dire à vous tous, députés et invités de haut rang, ici présents, merci pour votre bienveillance.
Vive le Bénin !
La session est ouverte.
Merci.




















