Le livre « Le Financement agricole en Afrique : comprendre pour mieux agir», de Consolat Désiré Tchedji Hountin Kiki, a été lancé le mercredi 28 octobre 2026 à Cotonou, en présence de partenaires techniques et financiers, de représentants d’institutions financières et d’experts du domaine. Édité aux éditions Césames, cet ouvrage technique bouscule certaines idées reçues et invite banques, producteurs et décideurs publics à revoir leur manière de penser le financement de l’agriculture.
Pourquoi le financement agricole reste-t-il difficile d’accès en Afrique, malgré la multiplication des initiatives et des mécanismes de soutien ? Le problème vient-il d’un manque d’argent ou d’une mauvaise connaissance des réalités agricoles ? C’est à ce débat que Consolat Hountin Kiki convie les acteurs du monde agricole et financier à travers son ouvrage «Le Financement agricole en Afrique : comprendre pour mieux agir». A son dire, le livre est né d’un malaise intellectuel et professionnel persistant, celui d’une abondance d’initiatives pour des résultats qui restent en deçà des attentes. En effet, depuis des années, la finance agricole est invoquée comme solution ou levier de transformation. Sur le terrain, l’accès au financement reste limité, les produits sont souvent inadaptés et la méfiance persiste entre producteurs et institutions financières. A travers cette œuvre, l’auteur a voulu remettre en question certaines évidences (volume de crédit, baisse des taux, multiplication des garanties) pour revenir à l’enjeu de fond, la manière dont le risque agricole est perçu, structuré et partagé. Spécialiste de la finance agricole, il a choisi de questionner les pratiques établies plutôt que de reprendre les discours habituels sur l’insuffisance des ressources. « L’une des raisons qui m’ont motivé à écrire cet ouvrage est le fait qu’il est important d’avoir en un seul endroit assez d’informations utiles, de retour d’expériences pour permettre aux acteurs de la filière, aux acteurs de la finance agricole de pouvoir mieux agir. », défend-il.
Décrypter les blocages
A travers dix chapitres, l’auteur pose d’abord les fondements (définition, besoins financiers, sources et instruments de financement), puis diagnostique les blocages, l’asymétrie d’information et l’inadéquation de l’offre. Il propose ensuite sept approches de solution et six études de cas africaines qui montrent que des modèles fonctionnent. En somme, Consolat Hountin Kiki passe au crible les mécanismes de financement agricole, leurs limites et les obstacles qui éloignent les producteurs des guichets financiers. L’analyse s’intéresse aussi aux asymétries d’information, aux garanties exigées, aux conditions de remboursement parfois déconnectées des cycles de production aux approches de solutions dont les chaînes de valeur, tontines et Avec et au financement participatif… Loin de désigner un responsable unique, Consolat Hountin Kiki revendique une lecture des difficultés des deux côtés de la relation financière. « Ce livre n’attaque ni les institutions financières, ni les agriculteurs. J’attends que cet ouvrage remette en cause les certitudes du lecteur, que cela l’amène à réfléchir et surtout qu’il soit motivé à apporter ses réflexions», a-t-il souligné. Pour Victor Prévot, directeur régional de l’Ipc pour l’Afrique de l’Ouest, l’intérêt de la démarche est d’alimenter la réflexion sans prétendre imposer des réponses définitives. L’ouvrage, a-t-il indiqué, propose « des solutions, pas forcément définitives, mais qui ouvrent la réflexion », notamment pour les banques, les institutions de microfinance et les pouvoirs publics. Lancé comme une première version appelée à évoluer, le livre fera prochainement l’objet de séances de vulgarisation et d’échanges avec les producteurs en langues locales, avec l’appui des Agences territoriales de développement agricole (Atda). L’ambition est de recueillir les réactions du terrain pour enrichir le document, car, pour l’auteur, l’enjeu est de faire dialoguer ceux qui produisent, ceux qui financent et ceux qui élaborent les politiques agricoles. Premier diplômé du Master professionnel en finance agricole de l’Université nationale d’agriculture du Bénin, Consolat Hountin Kiki poursuit un doctorat en économie et en socio-anthropologie du développement rural. Ses recherches portent notamment sur les liens entre financement agricole, genre et filière avicole au Bénin.
Mohamed Yasser Amoussa (Coll)



















