Alors que les nombreuses mesures sociales prises par le gouvernement du Bénin devraient soulager les Béninois dans le cadre de la lutte contre la cherté de la vie, la sortie frauduleuse et massive des vivriers vers les pays voisins aggrave la crise et ravive une fausse polémique.
Subventionner le coût d’accès aux hydrocarbures (notamment du gasoil) à la pompe pour 5 milliards de FCfa tous les mois, renoncer totalement ou en partie à la Tva (18%) sur l’importation de produits tels que le riz, l’huile, le blé et d’autres produits de première nécessité. Faire en sorte que les hydrocarbures soient accessibles au même prix à la pompe à Cotonou et à Malanville. Le ciment ne faisant pas l’objet d’un prix contrôlé et figé, le seul élément qui devrait justifier une légère différence dans les prix d’accès d’une localité à une autre du territoire national soit le transport puisque vérification faite, le prix d’achat du ciment à l’usine n’a pas varié… Malgré ce paquet de mesures sociales salutaires pour maintenir les prix des produits importés dans des proportions raisonnables, certains produits notamment les vivriers font tous l’objet de spéculation à cause de la demande des vivriers actuellement très forte dans la sous-région ouest-africaine par rapport à l’offre existante. Rien que pour la saison 2021, le Bénin a produit 1,6 millions de tonnes de maïs, par exemple. Cette production est largement supérieure à celle généralement observée dans le pays les saisons précédentes. Du coup, rien ne saurait justifier la pénurie ou la flambée du prix de cette céréale, il est vrai, très consommée dans la partie méridionale du pays. Mais la sortie frauduleuse de ce produit local vers les pays voisins n’arrange rien.
Au 31 décembre 2021, le prix du maïs sur le marché nigérian a augmenté de 15%. Le paysan nigérian vient donc ramasser le maïs béninois pour aller gagner une plus-value sur le marché dans son pays, diminuant ainsi la quantité de maïs disponible au Bénin. Au Niger où la sécheresse sévit, la production céréalière a baissé de 40% pour la saison 2021-2022. Les commerçants nigériens aussi se ruent sur la production locale béninoise. Au Burkina Faso, c’est l’insécurité provoquée par des groupes terroristes qui a dépeuplé des zones agricoles créant ainsi une demande très forte en produits vivriers. Les commerçants burkinabè se tournent vers le même marché local béninois créant une forte demande que l’offre locale ne peut couvrir. Il va de soi que le Bénin se retrouve dans une situation de tension sur ses céréales et donc connaisse une spéculation de fait. Tenant compte de ces facteurs, le gouvernement béninois envisage de prendre des mesures incitatives pour pousser les producteurs locaux à redoubler d’ardeur au travail en produisant plus massivement pour couvrir les besoins du pays. Mais cet objectif restera vain si les pouvoirs publics ne redoublent pas de vigilance pour empêcher la sortie frauduleuse et massive des vivriers locaux vers l’extérieur. Les producteurs béninois devraient s’en convaincre et ne pas, au nom de la recherche du gain, mettre en péril la sécurité alimentaire au Bénin.
Abdourhamane Touré
















