Recherchant les causes liées à la cherté de la vie, certains analystes pointent du doigt l’option du gouvernement d’avoir procédé à la liquidation de l’ex-Office national d’appui à la sécurité alimentaire (Onasa). Une affirmation gratuite, totalement à l’antipode de la réalité dont le ministre d’Etat, chargé de l’économie et des finances, a démontré la vacuité et l’incohérence au cours de sa sortie médiatique du dimanche 03 avril 2022.
La suppression de l’Office national d’appui à la sécurité alimentaire (Onasa) reste un sujet qui revient souvent au-devant de l’actualité sociopolitique. Face à la cherté de la vie découlant, entre autres, de la hausse du prix des produits alimentaires de grande consommation, certains analystes, opposants et autres observateurs, n’hésitent pas à pointer d’un doigt accusateur, le gouvernement pour avoir décidé de la liquidation de l’Office. Le sujet a même fait l’objet d’une question orale avec débat adressée par des députés de la 8ème Législature au gouvernement. Pour certains, un retour de cette agence pourrait induire une diminution des coûts des produits et influencer positivement le pouvoir d’achat des populations. Au cours de l’émission télévisée « Le débat public » dont il était l’un des invités sur la télévision nationale, le ministre d’Etat chargé de l’économie et des finances, Romuald Wadagni, a battu en brèche, la thèse selon laquelle, la situation de la cherté des produits est liée à la suppression de l’Onasa. Répondant à la question de l’un des journalistes, l’Argentier national a laissé entendre ce qui suit : « Est-ce que la suppression de l’Onasa justifie la hausse du prix du pain à Paris? Nous sommes dans une situation mondiale. Ne faites pas d’amalgame. Ne parlons pas non plus de sujets qui fâchent. Les rapports d’audits de ce dispositif ont montré que la population n’en n’a pas bénéficié ». Pour le ministre d’Etat, le débat autour de la pertinence de l’option de suppression de l’Onasa, relève d’une pure incohérence vu que la situation de la cherté est un corollaire de la crise sanitaire liée au Covid-19 et dont les effets s’observent dans tous les pays du monde. En clair, chercher à établir une liaison entre la suppression de l’Onasa et la cherté de la vie, est une manière voilée de déplacer le débat.
Un débat pourtant classé
Dans le cadre du débat sur l’orientation budgétaire 2022 qui s’est déroulé le mardi 29 juin 2021 au Palais des gouverneurs et en réponse à la question posée par les députés tant en commission qu’en plénière, Romuald Wadagni a fait savoir que la rationalisation du paysage institutionnel constitue la réelle motivation de la décision du gouvernement à procéder à la liquidation ordonnée de certaines structures sous-tutelle du Ministère de l’agriculture dont l’Onasa. Au plan technique, a-t-il poursuivi, cette réforme a fait l’option de mettre plutôt l’accent sur le renforcement des instruments de veille et d’alerte précoce (Système d’alerte rapide, système d’information sur les marchés) afin de détecter à temps, les signaux annonciateurs de crise en vue de la prise conséquente de mesures de prévention et/ou de gestion, plutôt que de constituer à coûts onéreux d’entretien, des stocks physiques parfois non utilisés compte tenu de la faible récurrence des situations sévères d’insécurité alimentaire au Bénin. « Le gouvernement en procédant à la liquidation de l’Onasa, a mis en place depuis le 22 février 2017, une Cellule technique de suivi et d’appui à la gestion de la sécurité alimentaire qui assure depuis lors, les fonctions résiduelles (régaliennes) liées à la surveillance de l’état de la sécurité alimentaire en maintenant les dispositifs d’alerte précoce et d’information sur les marchés », avait précisé le ministre Wadagni. En plus de cette veille informationnelle, a-t-il poursuivi, il est demandé à la Cellule technique, pour prendre en charge le volet résilience (capacité à assimiler les chocs et rebondir) d’initier des programmes structurants et des microprojets en faveur des groupes d’acteurs organisés ou des groupes de personnes défavorisées (petits agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, artisans, indigents…) et dont la finalité s’inscrit dans le renforcement de la résilience aux chocs concourant à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. « Dans ce cadre, des discussions sont en cours avec la Banque africaine de développement (Bad) et le Cillss pour le démarrage dès 2022, d’un projet de renforcement de la résilience à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle orientée vers les chaînes de valeur (mise en place d’infrastructures résilientes, mise à l’échelle d’approches de pratiques et technologies climato-intelligentes et innovantes pour le renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle », a rassuré le ministre d’Etat en charge de l’économie et des finances. Revenant sur cette question au cours d’une rencontre avec les médias en ligne, le 02 juillet 2021, le secrétaire général adjoint, porte-parole du gouvernement a martelé le caractère irréversible de l’option du gouvernement. « Nous ne regrettons pas d’avoir supprimé l’Onasa. Rappelez-vous du scandale Onasa où des milliards sont partis en fumée. Bien qu’on ait supprimé l’Onasa, le Bénin a repensé sa stratégie agricole. La preuve, dans l’espace Uemoa, le Bénin est le deuxième producteur de vivriers », avait indiqué Wilfried Léandre Houngbédji. Voilà qui devrait taire les polémiques autour de cette question régulièrement brandie par certains détracteurs du pouvoir en place, dans le vil dessein de confondre le gouvernement, qui fait pourtant preuve de pragmatisme dans ses options.
Gabin Goubiyi

















