Le consultant politique et chroniqueur, Agapit Napoléon Maforikan a fait une analyse de la situation de la presse Béninoise 20 ans après les états généraux de la presse. Il a invité les professionnels des médias à réfléchir pour refonder et relancer la protection du journaliste au Bénin. Lire ci-dessous sa réflexion.
Chers amis,
Chers camarades des médias,
Chers professionnels et responsables des médias,
Chers usagers des médias,
Je saisis l’occasion de ce mercredi 30 novembre 2022, 50ème anniversaire du « discours-programme pour une politique nouvelle d’indépendance nationale » de la junte militaire ayant pris le pouvoir le 26 octobre 1972 au Bénin, sous l’égide du Commandant Mathieu Kérékou, pour vous lancer cet Appel à visée professionnelle voire corporatiste. Il s’agit d’attirer votre attention sur un certain nombre de points que j’avais souhaité et pensé développer le 23 novembre dernier dans le cadre des vingt (20) ans des premiers états généraux de la presse béninoise que j’ai eu la chance et l’honneur de présider. Le discours annoncé le 28 octobre dernier sur « l’Urgence d’un nouveau Sursaut médiatique au Bénin » aura lieu.
Pourquoi le 30 novembre…
L’Appel de ce 30 novembre 2022 en est un avant-goût. Le choix de la date est loin d’être anodin. En effet, j’ai voulu emprunter à la première date des « Trois Glorieuses » du Bénin le symbolisme du Réveil d’un Peuple qu’on croyait déjà perdu, qu’on qualifiait d’Enfant malade de l’Afrique. Une analyse sans complaisance de l’état des médias au Bénin en ce 30 novembre 2022 ne conduirait pas loin de l’état de déliquescence dans lequel le Dahomey et son Peuple se trouvaient à la veille du Coup d’Etat du 26 octobre 1972. Dès lors, la valeur symbolique et historique attachée à ce discours-programme et le sursaut qu’il a voulu impulser dans les « masses populaires » peuvent inspirer aujourd’hui notre corporation des médias, plus que jamais prisonnière d’une inertie mortifère.
Loin de moi l’idée de faire l’apologie du coup d’état du 26 octobre 1972, il s’agit plutôt ici de célébrer un état d’esprit ayant permis aux militaires et aux « corps constitués » de s’accorder pour accoucher de ce discours-programme intitulé « Discours Programme pour une politique nouvelle d’indépendance nationale » ; lequel pourrait encore servir de bréviaire aux jeunes pour mieux comprendre l’environnement dans lequel nous vivions et mieux l’appréhender.
Deux formules de ce discours retiennent particulièrement mon attention.
D’abord, la toute première phrase : « La caractéristique fondamentale et la source première de l’arriération de notre pays est la domination étrangère. L’histoire de cette domination est celle de l’oppression politique, de l’exploitation économique, de l’aliénation culturelle, de l’épanouissement de contradictions inter-régionales et intertribales. Mais, c’est aussi l’histoire de la longue lutte du peuple militant de notre pays qui, le 26 octobre 1972, marque une rupture radicale avec le passé et amorce une politique nouvelle d’indépendance nationale dont la base et la finalité restent ses intérêts et sa personnalité. »
Mathieu Kérékou décline la nouvelle politique d’indépendance nationale, au niveau de la 2ème partie du discours, en ces termes, « Il s’agira de liquider définitivement l’ancienne politique à travers les hommes, les structures et l’idéologie qui la portent (…) Comptons d’abord sur nos propres forces, sur nos propres ressources, sur l’initiative créatrice des larges masses dans notre lutte pour nous libérer de la domination étrangère, pour développer notre économie et pour donner à notre peuple la dignité et la personnalité d’un peuple libre… ».
Pourquoi y revenir 50 ans après ?
Ce discours qui exaltait l’unité était porteur d’une vision prospective qui a nourri l’espoir de tout un peuple. Et si les fruits n’ont surement pas porté la promesse des fleurs, quelques progrès ont quand même été enregistrés.
Quel lien avec les médias ?
C’est du rôle des médias de nous prémunir de l’oubli, de façonner l’histoire et nous rappeler, aux jeunes comme aux vieux, que quand bien même nous n’aurions aucune appétence pour la période révolutionnaire, ce 30 novembre 1972 a été un tournant important de notre histoire récente.
Et comme exprimé plus haut, ce discours-programme du 30 novembre 1972 peut et doit nous inspirer pour opérer les mutations qui s’imposent à notre corporation.
En ce qui me concerne, je veux partager avec vous quelques idées sur l’état des médias, 20 années après les états généraux de la presse béninoise, en espérant susciter en nous une certaine prise de conscience, afin que nous nous projetions dans l’avenir avec beaucoup plus d’abnégation, de disponibilité et de sens de responsabilité.
Nous étions allés aux états généraux de la presse béninoise du 18 au 23 novembre 2002 pour supprimer un certain nombre de tares, pour solutionner un certain nombre de problèmes, donner un nouvel élan à nos médias. Nous avons réussi à en dégager seize (16) Chantiers dont la plupart qui dépendaient de nous ont été réalisés. Nous avons créé deux Faîtières depuis 2004, l’une des patrons de presse, l’une des professionnels des médias, pour mettre fin aux guerres de leadership et à la paupérisation des associations de Presse.
Nous avons amélioré les textes de l’Observatoire de la déontologie et de l’éthique dans les médias (Odem) afin de faciliter son opérationnalité ; nous avons conduit le processus qui a abouti à l’établissement de la convention collective. Nous disposons d’une Maison des Médias, certes aujourd’hui très vieillissante ; mais une Maison qui rend hommage à des Confrères de talent et de grande probité morale (Thomas Mégnassan, Jérôme Adjakou Badou)…Nous avons aujourd’hui un code de l’information et de la Communication et un arsenal législatif moins épars, avec une définition précise du journaliste…La Convention Collective applicable au personnel des médias a été signée et d’ailleurs améliorée ; nous avons travaillé pour rendre la Carte de Presse utile à son détenteur, même si les actes ne suivent pas encore les déclarations d’intentions…
C’est d’ailleurs là le hic., tout n’a pu être réussi… Et c’est sans doute ce qui justifie les seconds états généraux de 2014, voulus par l’ancien président de la République Thomas Boni Yayi et organisés sous l’égide de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac).
Ces états généraux avaient l’ambition, entre autres, de consolider les acquis de 2002, et de jeter les bases d’un pratique professionnelle plus cohérente avec les nouveaux défis d’un monde sans cesse en mutation. Seulement les fruits n’ont, une fois encore, pas porté la promesse des fleurs, car le commanditaire n’a plus daigné prendre possession des Rapports et documents finaux…
Malgré l’avènement de la rupture, avec le Bénin révélé, nous sommes restés dans notre isolement, dans nos illusions de « Quatrième pouvoir ». Nous avons persisté dans nos atermoiements, notre léthargie ambiante, notre petitesse de vue, en pensant que des haros sur le pouvoir pouvaient faire renaître les Contrats qui avaient été opportunément suspendus en début de mandat. Manifestement, nos rengaines d’antan n’ont guère de prises sur le pouvoir de Patrice Talon.
Justement de 2016 à 2021, qu’avons-nous gagné du premier Quinquennat du Président Patrice Talon ?
Rien, la presse n’a rien gagné. Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir des nôtres autour du Président de la République ; il y en a. Ce n’est non plus la volonté d’agir qui ait fait défaut, parce que le candidat Patrice Talon envisageait déjà de redonner à la profession ses Lettres de Noblesse. Il a notamment affirmé sa volonté de réformer la Haac et cela a d’ailleurs été traduit dans le projet de société et dans le projet de révision de la constitution.
Mais alors, pourquoi n’avons-nous pas pu atteindre ce cap ? Qu’avons-nous fait au sein de la profession pour y arriver ? Quelle stratégie avons-nous mis en place ? Quelle coalition avons-nous tissé ? Quels moyens avons-nous déployés ?
Voilà des questions qui doivent encore nous interpeller aujourd’hui.
Surtout qu’en début 2021, après la présidentielle, le Président de la République nous a tendu une perche lorsqu’il retira le ministère de la communication de son Gouvernement. Beaucoup y ont vu un leurre, une manœuvre, un jeu, du bluff ! Le chef de l’Etat nous a même fait l’honneur d’intervenir sur une télévision de la place pour nous expliquer sa vision sur le sujet, mais rien n’y fit. Placides et ankylosés, nous avons laissé passer l’occasion….
Mes chers amis, l’histoire et la réalité de notre condition du moment nous obligent à faire une analyse de conscience pour constater que face aux grands défis des médias, au défi du numérique, au défi d’un monde en mutations constantes et confronté à de grands enjeux régionaux et sous-régionaux, à des logiques géopolitiques complexes, nous réussissons, nous médias béninois, (pour ne pas dire africains), à rester en marge de ce développement.
Et alors que le second Quinquennat du Président Patrice Talon évolue déjà vers sa deuxième année, il est important que nous nous réveillions, afin de prendre notre part dans la nouvelle offre politique pour le développement du pays ; et rallier le « Wagon de la Rupture », le « Wagon du développement intégré » de notre pays, le « Wagon du développement durable » à l’horizon des 100 ans d’indépendance, donc à l’horizon 2060. Et quand je parle de Rupture, je n’invite pas à une adhésion partisane, mais à épouser le train des réformes en cours et qui ne laissent aucun corps social exempt.
C’est dans ce cadre que je voudrais nous proposer, mes chers amis de nous réveiller, d’opérer un « sursaut médiatique de type nouveau » afin de nous réinsérer dans le ‘’Train du Développement’’.
Mon initiative ne découle pas d’un mandat particulier. Je le fais, parce que personne ne le fait. Je le fais parce que les faîtières semblent disparaître notamment au niveau de l’Union nationale des professionnels des médias du Bénin (Unpb). Le Patronat national de la presse et de l’audiovisuel du Bénin tente d’exister et a tenté, ces derniers mois, d’insuffler une nouvelle dynamique aux faîtières. Mais une seule hirondelle ne fait pas le printemps dit-on. Dans cette bataille le Cnpa-Bénin a été un peu trop esseulé…
Face à l’incapacité des faîtières de définir les stratégies adaptées pour solutionner les problèmes que nous avons aujourd’hui, ayant été président du comité préparatoire des états généraux, président de ces états généraux, président du comité de suivi, en tant que responsable de la mise en œuvre des Chantiers notamment les Unions professionnelles que j’ai installées en 2004 ; ayant été ici et là, impliqué dans moult situations de rayonnement de la presse béninoise, je me suis dit qu’en attendant de quitter la Scène, il était de mon devoir de jouer ce rôle-là, d’aider à rebâtir, refonder, relancer…
Appel du 30 novembre 2022

















