Lors de la West african refined fuel conference tenue à Abuja le mardi 22 juillet 2025, l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote a lancé un avertissement sur l’afflux croissant de carburants russes à bas prix en Afrique. Il dénonce une situation préoccupante, marquée par l’absence de contrôle qualité et de normes strictes, exposant le continent à des produits toxiques et nuisibles à la santé publique.
Avec les sanctions internationales imposées à la Russie, l’Afrique est devenue un marché de repli pour ses carburants invendables ailleurs. Ces produits, souvent de qualité inférieure, ne respectent pas les standards d’émission en vigueur en Europe ou en Amérique du Nord. Dangote les qualifie de « toxiques », affirmant qu’ils représentent un danger sanitaire, mais aussi une concurrence déloyale pour les raffineries africaines en pleine expansion, comme la sienne.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), 3,7 millions de décès par an sont liés à la pollution de l’air, notamment aux particules fines présentes dans les gaz d’échappement des véhicules alimentés par ces carburants polluants.
Lomé, un point névralgique
Dangote cite le port de Lomé, au Togo, comme un centre de stockage stratégique de ces carburants. Plus de 2 millions de barils y seraient entreposés avant d’être redistribués dans la sous-région. Le manque de régulation locale permet à de nombreux traders d’écouler ces produits sans risque de sanctions, dans un cadre légal très permissif.
Une concurrence déloyale pour les raffineries africaines
Malgré sa production de près de 7 millions de barils de brut par jour, l’Afrique n’en raffine localement que moins de 40 %. La présence de carburants importés à faible coût, sans normes harmonisées, freine ainsi l’essor du raffinage local, que Dangote appelle à soutenir davantage.
En juin 2025, les exportations russes de diesel et de gasoil vers l’Afrique ont atteint environ 700 000 tonnes, malgré une baisse de 30% par rapport au mois précédent. Des pays comme le Maroc, le Togo, la Tunisie ou l’Égypte figurent parmi les principaux acheteurs. Certains navires indiquaient une destination « pour ordres », suggérant une distribution opportuniste hors des circuits réglementés.
Un retour du « Dirty diesel »
Ce phénomène rappelle le scandale du « Dirty diesel », révélé en 2016 par l’Ong suisse Public Eye. À l’époque, plusieurs négociants, dont Vitol, Trafigura et Addax & Oryx, étaient accusés d’inonder l’Afrique de carburants ultra-polluants contenant jusqu’à 378 fois plus de soufre que les normes européennes.
Malgré les promesses d’amélioration, beaucoup de ces pratiques perdurent. Les entreprises concernées se retranchent derrière le respect des normes locales, sans réelle volonté d’alignement sur les standards internationaux.
Un appel à l’action
Pour Aliko Dangote, il est urgent que les gouvernements africains prennent leurs responsabilités. Il appelle à la mise en place de normes de qualité harmonisées, de droits de douane adaptés, et de contrôles renforcés pour mettre fin à cette situation. Selon lui, il en va de la santé des populations, de la protection de l’environnement, mais aussi de la souveraineté industrielle du continent.
L.A.




















