(Le Copil dans l’agitation, « Les démocrates » en spectateurs)
Depuis quelques semaines, l’actualité politique au Bénin est secouée non pas par les conclusions de l’audit du fichier électoral, mais des tirs croisés entre deux membres du comité chargé d’en superviser la réalisation : Jean-Baptiste Elias et Michel Alokpo. Entamés il y a quelques mois, les travaux du Comité de pilotage (Copil) de l’audit du fichier électoral semblent laisser place à une guerre d’ego et d’intérêt, livrée sur les plateaux de radios et les réseaux sociaux. Le parti Les démocrates, demandeur principal de l’audit, baigne dans un silence assourdissant.
Divergence au sujet des méthodes de travail, accusations de manipulation, querelles personnelles sont entre autres, les raisons à l’origine de la crise qui secoue le Comité de pilotage (Copil) de l’audit du fichier électoral. Une situation qui envenime l’ambiance de travail et jette du discrédit sur le comité présidé par Jean Baptiste Elias. Au lieu de se concentrer sur la tâche confiée qui est de vérifier la fiabilité du fichier électoral avant les élections générales de 2026, ces membres du Comité de pilotage se livrent à un spectacle affligeant qui frôle le ridicule et jette du discrédit sur le processus tout entier. Ce manque de discipline et de professionnalisme fait perdre du temps. Certes, les choses ont semblent-ils démarré. Les experts internationaux sont sur le terrain. Leur présence à Cotonou depuis le 6 juillet et leur rencontre avec le président de la Cour constitutionnelle ont été rendues publiques. Dans une déclaration professionnelle et rassurante, l’un des membres de cette équipe a détaillé les objectifs, la méthodologie et le calendrier de la mission. Voilà qui montre que l’expertise est bien présente, et que le travail technique a bel et bien commencé. Mais ce démarrage reste éclipsé par le vacarme médiatique que s’offrent depuis plusieurs jours certains membres du Comité. Jean-Baptiste Elias, président du Copil, et Michel Alokpo, autre membre influent du groupe, se livrent à une guerre de mots par médias interposés, comme si l’objectif réel de l’audit était de régler des comptes personnels plutôt que de servir l’intérêt général. Pendant que les experts étrangers travaillent, certains de leurs partenaires locaux s’illustrent dans l’agitation et les querelles stériles.
Yayi et Les démocrates ont disparu…
Ce spectacle est d’autant plus regrettable que l’audit du fichier électoral est né d’une demande politique sérieuse, formulée par l’opposition, en particulier le parti Les démocrates, avec à sa tête l’ancien président Boni Yayi. C’est ce dernier qui, en novembre 2023, lors d’une audience avec le président Patrice Talon, avait plaidé pour cette initiative. Le chef de l’Etat, malgré les fortes réserves de ses alliés de la mouvance présidentielle (Up-R, Bloc républicain, Moele-Bénin), a non seulement donné son accord de principe, mais a aussi disponibilisé l’intégralité des ressources financières sollicitées, soit plus de 159 millions de FCfa, pour sa réalisation, clouant le bec aux détracteurs. Les démocrates, moteurs de l’initiative, brillent par leur inertie face au désordre qui mine l’organe qu’ils ont eux-mêmes constitué. Aucune prise de position, aucun rappel à l’ordre. Pas même un mot de Boni Yayi pour appeler à l’unité, à la hauteur ou à la retenue. Doit-on conclure qu’une fois les fonds débloqués, l’audit peut s’autodétruire sous les yeux indifférents de ses demandeurs ? Il faut également rappeler que le Comité de pilotage est essentiellement composé de personnalités issues de l’opposition et de la société civile, dans un souci de confiance et de neutralité : Jean-Baptiste Elias, Michel Alokpo, Moudassirou Bachabi, Gustave Assah et Kassimou Chabi. La mouvance, elle, avait décliné toute participation, estimant que la demande d’audit était politisée, inopportune, voire contradictoire avec le cadre légal. Aujourd’hui, force est de constater que cette position, critiquée à l’époque, semble rétrospectivement plus cohérente. L’opposition, en réclamant un audit, semblait viser la transparence. En l’exécutant de manière désordonnée, les acteurs sapent la crédibilité du processus qu’elle a elle-même voulu. Nous ne nions pas la nécessité des libertés ni celle de renforcer la confiance dans les processus électoraux. Mais ce cirque politicien autour d’un outil aussi sérieux que la liste électorale est une injure à l’intelligence du peuple béninois, qui mérite mieux que des chamailleries d’égos. À cette allure, quel crédit accorder aux résultats de cet audit ? Peut-on parler d’un travail impartial quand ceux qui sont censés le piloter préfèrent se vilipender dans les studios de radios et salles de réunion en s’accusant mutuellement? Le peuple béninois, dont on réclamera bientôt la confiance dans les urnes, observe. Il ne veut pas de simulacres, encore moins d’improvisation. Si cet audit doit véritablement renforcer la transparence électorale, que ses artisans commencent par respecter le Bénin et ses citoyens.
Abdourhamane Touré


















