(Lire les confidences du Dg Bart Van Eenoo)
Face à la fermeture des frontières nigériennes en juillet 2023, le Port autonome de Cotonou a frôlé la paralysie. Grâce à une gestion concertée, à l’ingéniosité des acteurs portuaires et à une stratégie de diversification régionale, l’infrastructure béninoise a su éviter l’asphyxie et renforcer sa résilience logistique.
Lorsque le Niger a décidé de fermer ses frontières en juillet 2023, rares étaient ceux qui pensaient que le Port autonome de Cotonou (Pac) pourrait résister au choc. Habitué à voir transiter chaque année des milliers de conteneurs à destination du Niger, du Tchad ou du Burkina Faso, le port béninois s’est soudain retrouvé submergé par des marchandises sans débouché. « Tous les volumes déjà partis des ports d’origine sont arrivés chez nous, mais ne pouvaient plus sortir », explique Bart Van Eenoo, directeur général du Port autonome de Cotonou. Résultat : une congestion sans précédent, avec plus de 12 000 conteneurs immobilisés sur les quais. Dans l’urgence, l’autorité portuaire a dû improviser pour éviter l’arrêt total de ses activités. « Il n’y avait plus d’espace pour stocker, il fallait soit fermer, soit trouver des solutions », se souvient le directeur. Avec l’appui de la douane, des concessionnaires et des agents maritimes, le port a mis en place un plan de désengorgement progressif. Les équipes ont multiplié les concertations pour aider les opérateurs économiques à rediriger les conteneurs, soit vers des consommations locales, soit vers d’autres routes d’exportation régionales. Des mesures d’accompagnement ont été instaurées : suppression de pénalités, délai supplémentaire pour le retrait des marchandises, et surtout, aucun frais additionnel imposé aux clients. Cette approche pragmatique a permis au port de préserver son fonctionnement tout en soutenant le tissu économique régional. « Nous avons donné du temps aux acteurs économiques pour trouver des solutions alternatives », explique Bart Van Eenoo. Le résultat ne s’est pas fait attendre : dès 2025, les volumes d’importation et de transit ont retrouvé leur niveau d’avant-crise, avec une forte reprise notamment sur des produits comme le riz. Mais la véritable force du Port autonome de Cotonou réside dans sa capacité d’adaptation et de diversification. Anticipant les fluctuations politiques et économiques, la direction a misé sur une ouverture multilatérale : « Pour nous, il est vital d’avoir une multitude de marchés. Si un seul client ou un seul pays ferme, nous devons pouvoir compter sur d’autres », insiste le Dg Pac.
Une thérapie de choc
Au regard de la situation, de nouveaux axes commerciaux ont été activés, notamment via la frontière de Ségbana avec le Nigeria, qui a permis de désengorger la partie nord et de sécuriser les flux vers d’autres destinations régionales. En parallèle, le Pac a poursuivi son programme de modernisation. Un grand parking poids lourds a été aménagé, avec zones d’inspection et ateliers techniques pour renforcer la sécurité routière. « Il fallait mettre fin aux accidents provoqués par des camions vétustes ou mal équipés. Désormais, seuls les véhicules conformes, dotés de châssis sécurisés avec twist locks, peuvent accéder au port », détaille Bart Van Eenoo.
Un système d’appels contrôlés instauré
Chaque camion doit présenter un certificat technique valide avant d’obtenir son rendez-vous d’accès. Une manière de garantir la fiabilité de la chaîne logistique jusqu’au dernier maillon. Pour le directeur général, cette transformation va bien au-delà de la crise nigérienne : « Les routes sont refaites, le port est modernisé, les processus sont efficaces. Ce qu’il nous reste à moderniser, c’est la flotte de camions.»
Une déclaration qui résume bien la vision du Pac : faire du port de Cotonou non seulement un hub logistique performant, mais aussi un acteur de stabilité régionale, capable d’absorber les chocs et de bâtir des solutions durables dans un environnement sous-régional souvent imprévisible.
Gabin Goubiyi

















