Journaliste et expert en gestion de l’Environnement et du développement durable, Idrissou Boukari a accordé une interview exclusive à votre journal sur l’efficacité du programme d’assainissement pluvial de Cotonou (Papc). Il scrute avec un esprit scientifique la thématique de l’efficacité du Programme d’assainissement pluvial de Cotonou (Papc) : acquis, défis et perspectives et en tire des conclusions réconfortantes, mais argumentées.
Le Matinal : Idrissou Boukari, pouvez-vous rappeler à nos lecteurs les objectifs initiaux du Programme d’assainissement pluvial de Cotonou (Papc)?
Idrissou Boukari: Le Papc a été lancé par le gouvernement béninois avec l’appui de partenaires techniques et financiers, notamment la Banque mondiale, dans le but de réduire durablement les inondations récurrentes à Cotonou. Ses principaux objectifs sont: améliorer le drainage des eaux pluviales, renforcer la résilience urbaine face au changement climatique, assainir les quartiers inondables et améliorer les conditions de vie des populations. Le programme visait aussi à moderniser les infrastructures urbaines et à renforcer les capacités techniques de la mairie de Cotonou dans la gestion de l’assainissement pluvial.
Après plusieurs années de mise en œuvre, comment évaluez-vous l’efficacité du Papc sur le terrain?
Globalement, je dirai que les résultats sont positifs. Comme vous pouvez le constater, on observe déjà une réduction significative des inondations dans plusieurs zones qui étaient déclarées critiques à Cotonou, notamment à Akpakpa, Vèdoko, Fidjrossè, Sainte-Cécile, Vossa, Ladji et autres. Les caniveaux construits et les bassins de rétention ont amélioré l’évacuation des eaux pluviales. Les populations, à juste titre, témoignent d’un meilleur accès à leurs habitations pendant la saison des pluies. Ce qui est à saluer. Cependant, certains quartiers périphériques restent vulnérables, faute de couverture complète du réseau. On peut donc dire que le Papc a eu un impact réel mais encore partiel.
Quelles sont, selon vous, les principales réussites de ce programme?
Je citerai trois grandes réussites : l’amélioration des infrastructures urbaines avec plus de 45 km de collecteurs et de caniveaux réalisés, la mise en place de bassins de rétention et de pompes modernes, qui ont permis de limiter la stagnation des eaux et la sensibilisation communautaire sur la gestion des déchets solides, qui contribuent souvent à obstruer les caniveaux. Le Papc a aussi permis un meilleur cadrage institutionnel de l’assainissement urbain à Cotonou.
Et du côté des insuffisances ou des difficultés rencontrées?
Les principales difficultés résident dans la maintenance des ouvrages. Plusieurs caniveaux sont rapidement obstrués par les déchets ménagers et le sable, faute d’un système d’entretien régulier. Ensuite, l’urbanisation anarchique continue de compliquer l’écoulement des eaux. Enfin, certains travaux ont pris du retard à cause de contraintes financières et de difficultés d’expropriation. Ces défis montrent que les infrastructures seules ne suffisent pas: il faut une gouvernance urbaine forte et participative. Je rappelle que les principales causes des inondations à Cotonou sont entre autres, la position géographique de Cotonou qui est située entre l’océan Atlantique et le lac Nokoué, ce qui l’expose à la fois aux marées marines et aux crues venant des bassins intérieurs ; la nature du sol ; l’intensité des pluies et les – crues liées aux bassins versants et au lac Nokoué. Pour qui concerne les causes anthropiques, nous avons l’urbanisation non maîtrisée, les infrastructures de drainage insuffisantes ou mal entretenues, le blocage des exutoires naturels, la gestion inadéquate des déchets solides, la montée du niveau de la mer, le changement climatique et autres.
Qu’en est-il de la participation des populations dans la réussite du programme?
C’est un aspect déterminant. Les populations ont été associées à travers des séances de sensibilisation et de consultation dans plusieurs quartiers. Toutefois, leur implication reste inégale. Certains habitants continuent de jeter des ordures dans les caniveaux, ce qui réduit l’efficacité des ouvrages. Le succès durable du PAPC dépendra donc de l’appropriation citoyenne du programme, notamment par des comités locaux d’assainissement. Le coordonnateur du PAPC et son équipe doivent y travailler pour atteindre les objectifs fixés.
Peut-on dire aujourd’hui que Cotonou est à l’abri des inondations?
Pas encore totalement. Le Papc a réduit la fréquence et l’intensité des inondations, mais Cotonou reste une ville côtière construite sur un sol bas et sableux, très vulnérable au ruissellement et à la montée des eaux. Les infrastructures existantes doivent être entretenues et complétées par de nouveaux ouvrages. Il faut aussi anticiper les effets du changement climatique, qui accentuent les pluies extrêmes.
Quelles sont, selon vous, les priorités pour renforcer les acquis du Papc ?
Il faut agir sur trois leviers essentiels: 1. Institutionnel: doter la ville de Cotonou d’une structure autonome de gestion et d’entretien du réseau Pluvial;
2. Technique: développer un système de suivi numérique (SIG) des ouvrages pour identifier rapidement les zones à risque;
3. Comportemental: renforcer l’éducation environnementale des populations pour éviter le dépôt sauvage des déchets. Ces actions permettront de pérenniser les investissements du PAPC et d’étendre ses bénéfices à l’ensemble de la ville.
Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs et aux citoyens?
Mon message est à deux niveaux. Aux décideurs, je dirai qu’il est crucial d’assurer la continuité du Papc et de mobiliser des ressources locales pour son entretien. Aux citoyens, je rappelle que la propreté et la sécurité urbaine sont une responsabilité collective. Chacun doit contribuer, par des gestes simples, à maintenir les ouvrages fonctionnels. L’assainissement, c’est d’abord une question de civisme.
Un dernier mot pour conclure?
Contrairement au programme Cotonou en Campagne Contre les Inondations (3Ci) que nous avons connu par le passé, le Papc est une initiative louable, pour l’avenir de Cotonou. C’est en cela qu’il faut saluer cette vision du Président Patrice Talon. Ce programme a prouvé qu’avec une bonne planification et une coopération internationale efficace, il est possible de transformer durablement nos villes. L’enjeu aujourd’hui, c’est de faire du suivi et de la maintenance une priorité nationale, pour que les générations futures bénéficient d’un cadre de vie sain et résilient.
Propos recueillis par Sergino Lokossou


















