Les fêtes de fin d’année constituent de moments de ferveur culturelle et artistique durant lesquels les enfants s’extériorisent à travers plusieurs danses dont celle des masques Kaléta. Souvent animée par les enfants et des adolescents, cette danse qui apparaît en décembre annonce la Nativité, une fête consacrée aux enfants. Symbolisant une expression culturelle à la fois de joie et de mécontentement face à l’esclavage, aujourd’hui, elle est menacée par la modernité.
Dans un tourbillon de couleurs et de rythmes envoûtants, la parade des masques Kaléta débarque pour bousculer les traditions. Ces masques mythiques, héritiers d’un savoir-faire ancestral, se parent de modernité pour illuminer les nuits de décembre. Entre danse et musique l’on découvre une célébration où le mystère rencontre la joie, et où chaque masque raconte une histoire. À Noël, les enfants se déguisent donc en Kaléta pour se faire de l’argent et avoir de petits cadeaux de quoi célébrer la Nativité dans de très bonnes conditions. Accompagnés d’une troupe, les Kaléta passent de maison en maison, en dansant et en chantant des chansons populaires. Dans les maisons où ils passent, ils sont gratifiés de pièces d’argent ou de friandises, que les membres du groupe se partagent. À la fin de chaque prestation, ils entonnent des chansons de remerciement, de reconnaissance et les Kaléta esquissent à nouveau des pas de danse pour exprimer la gratitude du groupe envers leurs généreux donateurs. Le Kaléta ne parle pas, ne communique que par des gestes, cachant l’identité de celui qui le porte, ce qui ajoute à son mystère et à sa dimension culturelle. A longueur de journée, ils parcourent monts et vallées en se prêtant au même exercice, même sous le chaud soleil. La nuit, la randonnée se poursuivit jusqu’à une heure indue. Le lendemain, le ballet reprend de plus belle. La danse des masques Kaléta anime les quartiers et sème la joie dans les cœurs meurtris. « L’objectif de la sortie des masques Kaléta est de manifester la réjouissance au sein des ménages et des communautés. En contrepartie, ceux-ci expriment leur satisfaction et leur générosité envers la troupe», nous apprend Anselme Bossikponsi, l’un des responsables du couvent Kaléta de Sogba, dans l’arrondissement de Ouassaho, Commune de Bohicon.
Déclin et préservation
La parade de la danse des masques Kaléta se veut alors un moment de bonnes affaires pour les enfants qui les accompagnent. « Avant, nous ne regrettons pas. Mais aujourd’hui, le climat économique actuel n’est plus favorable à l’initiative, puisque très peu de mains sont encore généreuses », confesse Alain Adankpéssodé, un membre de chœur de la danse des masques Kaléta de Oussaho. Au-delà de la conjoncture économique très tendue, les populations ont perdu l’engouement qu’elles manifestaient autour des masques Kaléta. D’après les analyses de Anselme Bossikponsi, ce désintéressement est dû au stress qu’occasionnent les problèmes, aux religions importées qui ont inculqué à leurs fidèles une autre perception du patrimoine culturel dont fait partir les masques Kaléta. Le Kaléta n’est plus perçu aujourd’hui sur le même prisme qu’hier. La tradition est par conséquent en déclin face à la modernité, aux médias et à l’individualisme, ce qui inquiète les acteurs culturels. « Si ce ne sont pas ces petites initiatives, l’on perdrait depuis des lustres ces masques », s’inquiète Anselme Bossikponsi qui fait des efforts de sauvegarde. Avec les siens, ils continuent d’y croire en travaillant à la conservation de cet héritage quels que soient les préjugés et les stigmatisations dont ils font l’objet. « Nous avons hérité de ces masques de nos ancêtres. Nous, nous avons le devoir moral de les perpétuer pour permettre à la génération future de les vivre. C’est ce que nous faisons au prix du sacrifice. Si vous comparez l’investissement et le retour, vous allez comprendre aisément que c’est un véritable sacerdoce », confie Anselme Bossikponsi qui appelle l’Etat à valoriser ce masque. Mais en attendant un projet structurant, pour le sortir des sentiers battus, des associations et festivals sont organisés pour maintenir cette tradition vivante et la transmettre aux nouvelles générations.
Une école nouvelle
« Le Kaléta semble être le plus petit des masques. Mais dans le panthéon vodoun, il est le plus vénéré », renseigne Anselme Bossikponsi, l’un des responsables du couvent Kaléta de Sogba, dans l’arrondissement de Ouassaho, Commune de Bohicon. De ses explications, on retient que le couvent des masques Kaléta ouvert aux enfants initiés est une école authentique et transformatrice. Ce n’est pas une école comme les autres où tout est divulgué. Ici, il sert de centre d’apprentissage où les initiés approfondissent leur connexion avec le monde spirituel. Autrement dit, l’initiation permet à l’enfant d’acquérir des habiletés utiles pour sa vie communautaire. Il apprend par exemple, à avoir un engagement exigeant, les notions thérapeutiques, l’esprit de solidarité et de partage et bien d’autres atouts tels que la discrétion et le maintien du secret du couvent. « La transmission se fait de manière informelle dans un couvent Kaléta où les plus jeunes apprennent les chants et les danses. Un enfant qui a la chance de transiter par le couvent des masques Kaléta n’est plus comme celui qui n’a jamais été initié », souligne notre interlocuteur. C’est donc un moule qui façonne l’être et l’adapte à sa société. A en croire ses confidences, la formation conduite par les aînés du domaine, dure trois à six mois en fonction du degré d’assimilation du futur initié.
D’un mouvement revendicatif à la réjouissance populaire
L’histoire raconte que les masques Kaléta au Bénin est celle d’une tradition afro-brésilienne, rapportée par les esclaves affranchis revenus du Brésil entre 1830-1835, annonçant les fêtes de fin d’année avec des danses, chants et instruments traditionnels, symbolisant une expression culturelle à la fois de joie et de mécontentement face à l’esclavage, aujourd’hui menacée par la modernité, mais soutenue par des initiatives culturelles pour sa survie. Au Brésil, par les masques Kaléta, les esclaves s’expriment, de se détendent et manifestent leur mécontentement envers leurs maîtres lors des fêtes de récolte. Au bercail, ils ont importé cette coutume, qui est devenue une partie de leur identité, introduisant la danse et le masque dans les célébrations béninoises. Cette société de masques est composée de groupes d’adultes, d’adolescents et d’enfants masqués, accompagnés de danseurs, de chanteurs et de joueurs de divers instruments de musique. Le Kaléta danse lors des fêtes et réjouissances populaires. Ces masques apparaissent principalement à Noël et au Nouvel An, dans les villes du sud du Bénin comme Ouidah et Porto-Novo, Abomey et même à Cotonou, la métropole qui a vécu récemment la 16ème édition du plus grand événement culturel itinérant du Bénin. Il s’agit du festival des rituels et danses masquées. A ce rendez-vous, les masques Kaléta du groupe Kpakpa de Gbèkon Houégbo, venus d’Abomey, ont offert une prestation époustouflante ponctuée de démonstrations spectaculaires. Le public, venu nombreux à l’espace Towara, est tombé sous le charme et en redemandait, tant la performance du groupe Kpakpa et de ses Vodoun Kalétas présents.
Zéphirin Toasségnitché (Br Zou-Collines)

















