Entre un procès judiciaire historique aux lourdes implications politiques, une révision constitutionnelle qui induit une refonte de l’architecture institutionnelle, l’invalidation de la candidature du parti Les démocrates à la Présidentielle de 2026 et une tentative de coup d’État avortée, l’année 2025 aura profondément bouleversé le paysage politique béninois. Rarement, le pays n’avait connu une telle concentration d’événements mettant à l’épreuve ses institutions, son État de droit et la solidité de son système démocratique sous le leadership du président Patrice Talon. Retour sur une année charnière qui restera durablement inscrite dans l’histoire politique et judiciaire du Bénin.
L’année 2025 restera gravée dans les annales judiciaires du Bénin comme celle d’un procès hors norme : l’affaire dite de « complot contre l’autorité de l’État ». Par son retentissement politique, la qualité des accusés et la lourdeur des peines prononcées, ce dossier jugé devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme s’impose comme le procès majeur de l’année. Au terme de six jours d’audience, le verdict est tombé le jeudi 30 janvier 2025. Les principaux accusés, l’homme d’affaires Olivier Boko, l’ancien ministre des Sports Oswald Homéky et Rock Niéri, ont été reconnus coupables de complot contre la sûreté de l’État et de corruption d’agent public. La Cour les a condamnés chacun à 20 ans de réclusion criminelle, assortis de lourdes sanctions financières. Les trois autres prévenus, Hugues Adjigbékoun, Corneille Gbaguidi et Ganiou Sanoussi, ont été acquittés, dont l’un au bénéfice du doute. Ce procès, suivi avec une attention exceptionnelle par l’opinion publique, a été marqué par des tensions procédurales. Les accusés principaux ont refusé de comparaître à la barre après la déconstitution collective de leurs avocats, qui dénonçaient une composition irrégulière de la Cour et mettaient en cause l’impartialité de la présidente du collège des juges, Christelle Adonon. La Cour a néanmoins poursuivi les débats en s’appuyant sur les procès-verbaux d’instruction. Dans un réquisitoire long et méthodique, le procureur spécial près la Criet, Mario Mètonou, a soutenu que les faits reprochés constituaient une menace grave contre la sûreté de l’État. Il a détaillé les rôles attribués à chaque accusé et requis de lourdes peines, estimant les charges suffisamment établies. Malgré les dénégations d’Olivier Boko, proche collaborateur du président Patrice Talon, la Cour a suivi l’essentiel des réquisitions.
Au-delà des condamnations pénales, la juridiction a ordonné la confiscation de sommes importantes et la condamnation solidaire des trois principaux accusés au paiement de dommages et intérêts colossaux au profit de l’État. Ce jugement, susceptible d’appel, a profondément marqué la scène politique et judiciaire nationale, faisant de cette affaire un tournant majeur de l’année 2025.
L’invalidation de la candidature du parti Les Démocrates à la Présidentielle de 2026
L’invalidation de la candidature du parti Les Démocrates à l’élection présidentielle de 2026 constitue un tournant majeur du processus électoral en cours et ravive les tensions au sein de la classe politique béninoise. La décision, rendue par les institutions compétentes, a immédiatement suscité de vives réactions, tant au sein de l’opposition que dans l’opinion publique. Selon la Cour constitutionnelle, cette invalidation repose sur le non-respect de certaines exigences légales encadrant la participation à l’élection présidentielle, notamment en matière de parrainages et de conformité administrative. Les autorités électorales et juridictionnelles, au premier rang desquelles la Commission électorale nationale autonome et la Cour constitutionnelle, ont rappelé que ces règles s’imposent à tous les partis politiques sans distinction, dans un souci d’égalité devant la loi et de crédibilité du scrutin. Du côté du parti Les Démocrates, cette décision est perçue comme un coup dur porté à la pluralité politique. Ses responsables dénoncent une exclusion qu’ils jugent préjudiciable à la vitalité démocratique et à la représentativité du scrutin de 2026. Ils estiment que l’absence de leur formation politique prive une frange importante de l’électorat d’un choix à la présidentielle. Au-delà du cas spécifique de Les Démocrates, cette invalidation relance le débat sur le cadre juridique des élections au Bénin, en particulier sur la question des conditions d’éligibilité et de parrainage. Pour certains observateurs, elle met en lumière la nécessité d’un dialogue politique plus inclusif afin de prévenir les crises de confiance à l’approche des échéances électorales majeures. À moins de quelques mois de la présidentielle de 2026, cette décision marque un épisode déterminant, aux répercussions politiques certaines, dans un contexte où l’enjeu principal demeure la tenue d’un scrutin apaisé, crédible et accepté par tous. Alors que le pays se prépare pour l’élection présidentielle d’avril 2026, l’opinion publique, les partis politiques, la société civile et les acteurs internationaux observeront de près la capacité du Bénin à surmonter ces crises et à préserver ses acquis démocratiques.
Révision constitutionnelle : une refonte majeure des institutions
L’un des faits politiques les plus marquants de 2025 a été l’adoption par le Parlement béninois d’une révision constitutionnelle profonde. Le 16 novembre, l’Assemblée nationale a approuvé une réforme élargissant la durée des mandats présidentiel et législatif de cinq à sept ans, tout en conservant la limite de deux mandats présidentiels. La réforme prévoit aussi la création d’une Chambre haute du Parlement, le Sénat, composé de 25 à 30 membres incluant d’anciens présidents et des personnalités nommées par l’exécutif. Ce projet, défendu par le gouvernement comme un moyen de renforcer la gouvernance et de favoriser la continuité des politiques publiques, a néanmoins suscité de vives critiques de la part de l’opposition. Les Démocrates, principal parti d’opposition, ont dénoncé une manœuvre politique susceptible de concentrer davantage de pouvoir entre les mains de l’élite au pouvoir et de réduire l’espace démocratique. La réforme constitutionnelle a ensuite été validée par la Cour constitutionnelle, malgré le climat politique déjà tendu, ajoutant une dimension judiciaire à ce débat institutionnel.
Tentative de coup d’État : l’un des sommets de la crise politique
Le 7 décembre 2025, le Bénin a connu l’une de ses plus grandes crises politiques de son histoire récente. Dans les premières heures de la matinée, un groupe de militaires dirigé par le lieutenant-colonel Pascal Tigri a brièvement pris le contrôle de la chaîne de télévision nationale, annonçant à l’antenne la dissolution du gouvernement et la suspension de la Constitution. Ce qui s’annonçait comme un putsch militaire a rapidement été qualifié de tentative de coup d’État après l’intervention des forces loyales au gouvernement, épaulées par des troupes de pays voisins et des éléments de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). L’aviation nigériane a même participé à des frappes ciblées pour reprendre le contrôle des installations stratégiques. Le président Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, a affirmé que l’incident avait été neutralisé et que l’ordre constitutionnel avait été restauré, mais la secousse politique a révélé les vulnérabilités potentielles d’un système démocratique sous pression.
Une réponse judiciaire vigoureuse après le coup manqué
Dans le sillage de cette crise, la justice béninoise est entrée en action. Au moins une trentaine de personnes, principalement des membres de l’armée suspectés d’être impliqués dans le putsch, ont été inculpées et présentées devant la justice, notamment devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Parmi les leaders recherchés figure encore le lieutenant-colonel Pascal Tigri, toujours en fuite à la fin de l’année. Il y aussi l’activiste Kémi Séba et l’acteur politique Sabi Sira Korognoné contre lesquels un mandat d’arrêt a été émis pour apologie de coup d’Etat. La procédure judiciaire suit son cours, avec des auditions, des gardes à vue et des poursuites qui témoignent de la détermination de l’État à poursuivre les auteurs présumés de cette tentative de déstabilisation.
Affaires de corruption et scandales
politiques
L’année 2025 a aussi été marquée par plusieurs affaires judiciaires mettant en avant la lutte contre la corruption dans la sphère politique. L’une des plus médiatisées a impliqué le parti politique Le Libéral, dont le président Richard Boni Ouorou a été arrêté en mai pour des faits présumés de corruption visant à obtenir le récépissé d’enregistrement officiel de sa formation politique. Cette affaire a conduit à l’interpellation et à la suspension de plusieurs cadres du ministère de l’Intérieur, dénonçant des pratiques illicites au cœur du processus d’enregistrement des partis politiques.
Gabin Goubiyi


















