L’adoption de la Vision Bénin 2060 constitue un acte majeur dans l’histoire récente de la gouvernance et de la planification du développement au Bénin. À ce titre, il est essentiel de rendre un hommage appuyé au chef de l’État pour avoir pris l’initiative d’inscrire le pays dans une trajectoire prospective claire, cohérente et structurée. Cette vision traduit une volonté politique affirmée de rompre avec les approches fragmentées et conjoncturelles du passé, pour faire du développement une œuvre de long terme, pensée, planifiée et suivie.
Il convient de rappeler que le Bénin dispose d’une certaine expérience en matière de prospective nationale. En effet, les études prospectives ont fait leurs entrées en Afrique à la suite de la conférence de Matrich consacrée à la problématique de développement de L’Afrique. Les conclusions de cette conférence stipulent que si le continent peine à décoller, c’est à cause de deux choses : l’improvisation excessive des dirigeants, conduisant à des décisions ponctuelles, parfois contradictoires, sans vision d’ensemble. La seconde résidait dans la mauvaise définition du concept développement, avec des stratégies à court et à moyen termes. Le sommet avait recommandé d’accompagner les pays africains qui manifesteraient le désir d’avoir des stratégies à long terme. Ainsi, en 2000 notre pays avait élaboré la Vision Alafia Bénin 2025. Ce document ambitionnait de projeter le Bénin vers un avenir de paix, de prospérité et de bien-être social. Tous les secteurs clés y étaient évoqués et les grandes orientations du développement national y figuraient. Cependant, malgré la pertinence de cette vision, son principal écueil fut l’absence d’opérationnalisation réelle. Aucun mécanisme juridique fort n’avait été mis en place pour encadrer sa mise en œuvre. Aucune loi et aucun décret présidentiel n’étaient venu lui donner force obligatoire. Résultat : la Vision Alafia 2025 est restée, pour l’essentiel, un document d’intentions, peu intégré dans l’action publique quotidienne, et souvent ignoré dans la formulation des politiques sectorielles. Aujourd’hui, comme nous avons un gouvernement visionnaire qui, conscient, des limites de la Vision 2025, la Vision 2060 a vu le jour avec pour horizon 35 ans.
La Vision Bénin 2060 est donc le fruit d’un processus rigoureux, méthodique et inclusif. Les experts mobilisés ont travaillé suivant plusieurs étapes bien définies, intégrant à la fois l’analyse du passé, la compréhension du présent et la projection vers l’avenir. Tous les secteurs stratégiques ont été pris en compte : économie, gouvernance, éducation, formation professionnelle, santé, agriculture, industrialisation, infrastructures, numérique, environnement, culture et cohésion sociale. Au-delà des secteurs, ce sont également toutes les couches sociales qui ont été considérées. Le processus a consisté à « interroger le Bénin » dans sa globalité : ses forces, ses faiblesses, ses opportunités et ses menaces. Cette démarche a permis de faire émerger des questions clés pour l’avenir, notamment en matière de croissance inclusive, de réduction des inégalités, de création d’emplois, de résilience face aux changements climatiques et de consolidation de la paix sociale.
Il est important de souligner que, contrairement aux autres approches, la démarche prospective utilisée pour élaborer ce document s’est basée sur cinq phases que sont : la collecte des aspirations et problèmes domaine par domaine pour pourvoir tenir compte des souhaits de tous les citoyens béninois vivant au Bénin comme à l’étranger; ensuite un diagnostic du Bénin est fait dans chaque domaine pour faire l’analyse rétrospective; l’analyse exploratoire afin d’aboutir à des enjeux et des défis .Ainsi, des scénarios ont été élaborés aboutissant à la vision choisie qui est la Vision Bénin 2060. Après cette vision, des stratégies ont été élaborées pour l’aboutissement de cette vision avant son opérationnalisation. Aucun domaine n’est traité de manière isolée. Les interactions entre les secteurs sont clairement prises en compte, ce qui renforce la cohérence globale de la vision. À ce titre, le travail abattu par les experts mérite d’être salué, car il marque une nette évolution par rapport aux pratiques du passé, où certains secteurs étaient souvent négligés ou insuffisamment articulés aux autres.
L’un des éléments les plus déterminants de cette nouvelle vision réside dans sa mise en œuvre effective. En prenant un décret présidentiel pour son opérationnalisation, le Chef de l’État le Président Patrice Athanase Guillaume Talon a posé un acte fort. Ce cadre juridique confère à la Vision Bénin 2060 un caractère contraignant et institutionnel, garantissant son intégration dans les politiques publiques, les plans nationaux de développement et les stratégies sectorielles successives. Ainsi, la Vision Bénin 2060 n’est pas un simple document de référence. Elle se veut un véritable outil de gouvernance, un cadre d’orientation stratégique pour l’action publique, et un instrument de suivi et d’évaluation du développement national. Elle vise à réduire l’improvisation, à assurer la continuité de l’action de l’État et à aligner les efforts de tous les acteurs autour d’objectifs communs. En définitive, la Vision Bénin 2060 apparaît comme une boussole stratégique pour le pays. Sa réussite dépendra non seulement de la volonté politique, déjà affirmée, mais aussi de l’appropriation par l’ensemble des acteurs nationaux : administrations publiques, collectivités territoriales, secteur privé, société civile et citoyens. C’est à cette condition qu’elle pourra devenir une vision partagée, porteuse de prospérité, de stabilité et de progrès durable pour les générations actuelles et futures.
Jean-Eudes Chicha
(Br Mono-Couffo)

















