Depuis 2016, le gouvernement béninois a placé l’autonomisation des femmes au cœur de son Programme d’action (Pag). Entre réformes juridiques historiques, soutien financier massif et protection sociale, l’exécutif déploie une stratégie multisectorielle pour briser les plafonds de verre.
Le premier pilier de cette transformation est structurel. La refondation de l’Institut national de la femme (Inf) en 2021 a marqué un tournant. Doté de pouvoirs accrus, l’Inf n’est plus seulement un organe de conseil, mais un véritable bouclier juridique qui accompagne les femmes devant les tribunaux et lutte contre les violences basées sur le genre (Vbg). En 2025, l’institut a déjà traité plus de 8 000 plaintes, aboutissant à près de 1 000 décisions de justice, signe d’une fin d’impunité. Malgré un cadre juridique renforcé par l’Institut national de la femme (Inf), les pesanteurs sociales constituent le premier frein. Dans de nombreuses localités, le modèle patriarcal limite encore le pouvoir de décision des femmes au sein du foyer. Les violences basées sur le genre (Vbg), bien que de plus en plus dénoncées, restent sous-déclarées par peur de la stigmatisation sociale ou des représailles familiales. L’autonomisation passe par le portefeuille. Pour libérer le potentiel entrepreneurial des femmes, le gouvernement a généralisé le Microcrédit Alafia. Entièrement digitalisé pour garantir la transparence et l’accessibilité, ce dispositif permet à des centaines de milliers de femmes, notamment en milieu rural, d’accéder à des financements allant de 30 000 à 100 000 Fcfa pour développer des activités génératrices de revenus.
Éducation et leadership : Préparer l’avenir
Le projet Swedd-Bénin (Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel) illustre l’effort consenti sur le capital humain. Par la distribution de kits scolaires, le maintien des filles à l’école et la formation aux métiers techniques, le gouvernement s’attaque aux racines de l’inégalité. Sur le plan politique, la réforme du code électoral a permis une avancée majeure avec l’instauration d’un quota de 24 sièges réservés aux femmes à l’Assemblée nationale, assurant une présence féminine minimale dans le débat législatif.
Accès à la terre et scolarisation
L’agriculture est le moteur de l’économie béninoise, et les femmes y représentent une force de travail majeure. Pourtant, l’accès à la propriété foncière reste un parcours du combattant. Bien que le Code foncier garantisse l’égalité, les pratiques coutumières excluent souvent les femmes de l’héritage des terres. Sans titre de propriété, ces agricultrices peinent à obtenir des crédits bancaires classiques, se cantonnant souvent au microcrédit de subsistance. Si le taux de scolarisation au primaire frôle la parité, le décrochage scolaire des filles au secondaire reste préoccupant. Les grossesses précoces en milieu scolaire et les mariages forcés (encore signalés dans certaines régions du Nord) brisent prématurément les trajectoires d’autonomisation. Sans diplômes ou formations qualifiantes, ces jeunes filles basculent précocement dans le secteur informel peu rémunérateur. L’introduction de programmes comme Arch (Assurance pour le renforcement du capital humain) offre également un filet de sécurité aux femmes du secteur informel (artisanes, commerçantes) grâce à une couverture maladie et des formations professionnelles certifiantes.
Malgré ces avancées, le défi reste de taille, notamment face au poids des traditions et à l’accès foncier. Toutefois, avec une volonté politique affirmée, le Bénin s’érige progressivement en modèle sous-régional de promotion de la femme.
Une représentativité politique à parfaire
L’instauration de quotas (24 sièges réservés à l’Assemblée nationale) est une victoire, mais le leadership féminin peine à s’imposer au niveau local. Le nombre de femmes maires ou cheffes de village reste dérisoire. L’autonomisation politique se heurte à un manque de moyens financiers pour battre campagne et à une perception sociale qui juge encore la politique comme un domaine « réservé aux hommes ». Enfin, l’accélération de la digitalisation des services (e-services, paiements mobiles) crée une nouvelle barrière pour les femmes analphabètes ou n’ayant pas accès aux outils numériques. Ce fossé technologique risque d’isoler une partie de la population féminine des opportunités économiques modernes.
L’autonomisation au Bénin ne peut se limiter à des textes de loi. Elle nécessite un changement profond des mentalités et un investissement massif dans l’éducation des filles et la sécurisation foncière des productrices rurales.
Le Bénin s’érige en laboratoire régional de l’Afrique de l’Ouest
Longtemps resté dans l’ombre des géants de la sous-région, le Bénin s’impose désormais comme un modèle de référence pour l’autonomisation des femmes. En alignant ses réformes nationales sur les agendas régionaux et internationaux, Porto-Novo transforme la cause féminine en levier de croissance économique et de stabilité sociale pour l’espace Cédéao.
L’approche béninoise ne s’est pas construite en vase clos. Elle s’inscrit directement dans la vision de l’Union Africaine et de la Banque Mondiale à travers le projet Swedd (Autonomisation des femmes et dividende démographique au Sahel). Le Bénin a su adapter ce programme régional à ses réalités locales, en mettant l’accent sur le maintien des filles à l’école et la santé reproductive, deux piliers essentiels pour capturer le dividende démographique en Afrique de l’Ouest. L’approche béninoise ne s’est pas construite en vase clos. Elle s’inscrit directement dans la vision de l’Union africaine et de la Banque mondiale à travers le projet Swedd (Autonomisation des femmes et dividende démographique au Sahel). Le Bénin a su adapter ce programme régional à ses réalités locales, en mettant l’accent sur le maintien des filles à l’école et la santé reproductive, deux piliers essentiels pour capturer le dividende démographique en Afrique de l’Ouest. Loin d’être une initiative isolée, l’autonomisation des femmes au Bénin est le reflet d’une dynamique continentale. En combinant protection juridique, inclusion financière numérique et éducation, le pays prouve que la promotion du genre est le moteur d’une intégration régionale réussie.
Sergino Lokossou

















