Choisir Kandi, Banikoara, Natitingou pour lancer une campagne présidentielle, puis descendre sur Tchaourou, Savè et Dassa, ce n’est pas seulement un choix symbolique. C’est une politique. Le candidat Wadagni articule sécurité des territoires, reconstruction des infrastructures et renaissance économique dans un programme cohérent.
À Kandi, il y a des choses qu’on entend différemment qu’à Cotonou. Les nouvelles qui arrivent du Burkina Faso voisin – attaques contre des villages, déplacements de populations, axes routiers coupés – ne sont pas des informations lointaines. Elles sont proches. Parfois trop. C’est dans ce contexte que Romuald Wadagni a choisi d’ouvrir, ce vendredi 27 mars 2026, sa campagne pour la présidentielle du 12 avril. Et c’est dans la même logique de cohérence territoriale qu’il a ensuite traversé le centre du pays, de Djougou à Dassa, en passant par Tchaourou et Savè.
Un nord sous pression depuis 2021
Les premiers incidents sécuritaires significatifs dans le nord du Bénin remontent à 2021. Des incursions armées dans les parcs nationaux, des attaques contre des positions des forces de défense et de sécurité, des enlèvements. Depuis lors, les départements de l’Alibori et de l’Atacora ont connu une détérioration progressive de la situation sécuritaire, liée à la propagation des groupes jihadistes – principalement le JNIM et ses affiliés – depuis le Burkina Faso.
Cette détérioration a des conséquences directes sur les populations. Les déplacements internes ont augmenté dans certaines zones proches des frontières. Les activités agricoles et d’élevage ont été perturbées. La fréquentation des marchés ruraux a baissé dans les localités les plus exposées. C’est face à cette réalité que Wadagni s’est engagé à renforcer la présence de l’État dans les zones frontalières, à investir dans les communautés locales et à nouer des partenariats régionaux sérieux.
Le centre béninois : infrastructures et renaissance économique
Après le sprint nordiste des trois premiers jours, la caravane Wadagni a plongé dans l’intérieur du pays. Djougou et Bassila dans la Donga, puis Tchaourou dans le Borgou, et enfin le couloir des Collines : Savè, Glazoué, Savalou, Bantê, Dassa. Dans chacune de ces étapes, le candidat a décliné une vision du développement qui est, en soi, une réponse aux vulnérabilités que la pression sécuritaire a révélées : là où l’État est absent ou défaillant, ce ne sont pas seulement les services publics qui font défaut – c’est la cohésion sociale elle-même qui se fissure.
À Tchaourou, l’annonce de la reconstruction du pont sur le fleuve Okpara – infrastructure vitale dont le délabrement isole des communautés entières des marchés et des services publics – a été reçue comme un signal fort. Quand les voies de communication sont coupées, l’économie rurale s’asphyxie. Quand l’économie rurale s’asphyxie, les tensions sociales montent. Le pont de l’Okpara n’est pas seulement une infrastructure : c’est un outil de la cohésion territoriale.
La 3S de Savè : l’économie comme facteur de stabilité
À Savè, l’engagement de rouvrir la Société sucrière – la 3S -, fermée depuis plusieurs années pour des problèmes de gestion, s’inscrit dans cette même logique. Une usine qui fonctionne, c’est des centaines d’emplois. Des emplois, c’est des familles qui vivent dignement. Des familles qui vivent dignement sont infiniment moins perméables aux discours de désespoir et de rupture qui alimentent les dynamiques de radicalisation. « Le développement économique n’est pas séparable de la sécurité. L’un nourrit l’autre. Je ne peux pas vous promettre la sécurité sans vous promettre le travail. »
Une politique agricole comme réponse aux vulnérabilités rurales
Dans les autres localités traversées – Bassila, Glazoué, Bantê, Savalou, Dassa -, Wadagni a développé le volet agricole de son programme. Renforcement de la mécanisation pour augmenter les rendements et libérer des revenus supplémentaires. Mise à disposition d’intrants améliorés. Sécurité sociale pour le monde paysan. Politique d’évaluation systématisée de l’impact des mesures. Ce sont des engagements qui, pris ensemble, dessinent une politique de développement rural qui est aussi, en creux, une politique de prévention des tensions sociales.
Des partenariats régionaux solides
Le troisième axe de son engagement sécuritaire est régional. La menace qui pèse sur le nord du Bénin ne peut pas être contenue par le seul Bénin. Elle s’inscrit dans une dynamique sous-régionale complexe qui nécessite une coordination à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest. Wadagni, qui a participé aux réunions de l’Uemoa et de la Cedeao sur les questions budgétaires liées à la crise sécuritaire, en connaît les mécanismes de financement régionaux, les fonds qui existent, les obstacles bureaucratiques qui en ralentissent l’utilisation. C’est ce savoir-faire qu’il entend mobiliser.
« Le nord n’est pas la marge du Bénin. C’est son avenir. » La formule de Kandi prend, dans ce contexte sécuritaire et de développement, une résonance particulière. L’avenir du nord et du centre, c’est aussi la capacité du prochain président à tenir ces territoires dans le giron de l’État. Wadagni a fait du nord son premier terrain de campagne, et des Collines son terrain d’ancrage. Il dit ainsi que ce n’est pas le dernier de ses préoccupations.
Abdourhamane Touré




















