L’Institut des artisans de justice et de paix (Iajp) a accueilli, jeudi 16 avril 2026, une conférence sociale animée par le professeur Théodore Holo, agrégé de droit public et de science politique, et ancien président de la Cour constitutionnelle du Bénin. La rencontre a porté sur le thème : « Les institutions juridiques en Afrique : entre contre-pouvoir et continuité du pouvoir exécutif ».
Dès l’entame de son intervention, Théodore Holo a replacé la problématique dans son contexte historique. Il a rappelé que, dans les années suivant les indépendances, plusieurs États africains ont adopté des régimes à parti unique, inspirés d’une vision développementaliste privilégiant la concentration du pouvoir au détriment des libertés publiques. Selon lui, cette orientation a conduit à une domination de l’exécutif sur les autres pouvoirs, notamment législatif et judiciaire. Ce modèle a progressivement montré ses limites. Il a ouvert la voie au renouveau démocratique des années 1990, marqué par l’instauration du multipartisme et de l’État de droit. Théodore Holo a expliqué que l’État de droit repose sur la garantie des libertés fondamentales et la séparation des pouvoirs. Cette dernière implique un équilibre entre les institutions exécutives, législatives et judiciaires, afin de limiter les abus et protéger les citoyens. Il a également rappelé que cette conception s’inscrit dans la tradition du constitutionnalisme, inspirée notamment des travaux de penseurs comme John Locke et Montesquieu. Abordant la notion de contre-pouvoir, le conférencier a distingué plusieurs formes. Les contre-pouvoirs institutionnels, d’abord, qui incluent la séparation horizontale des pouvoirs ainsi que la décentralisation ou le fédéralisme. Les contre-pouvoirs politiques, ensuite, incarnés par les partis, la presse et les médias, à condition qu’ils soient indépendants. Enfin, les contre-pouvoirs sociaux, tels que les syndicats, les organisations de la société civile et les autorités religieuses ou traditionnelles. Cependant, Théodore Holo a souligné les limites de cette séparation des pouvoirs dans la pratique. Il a notamment mis en évidence la prééminence du pouvoir exécutif dans de nombreux systèmes politiques africains. Cette domination s’explique, selon lui, par le fait majoritaire qui aligne souvent le Parlement sur l’exécutif ainsi que par les moyens d’action dont dispose ce dernier, notamment l’administration et les forces de sécurité. Il a également évoqué la fragilité de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Parmi les difficultés relevées figurent l’absence de moyens pour faire exécuter les décisions de justice, la dépendance dans la nomination des juges constitutionnels et le manque d’autonomie financière des institutions judiciaires. À travers plusieurs exemples, le professeur a illustré les situations où des décisions de justice ont été ignorées ou contournées par les autorités politiques ; ce qui lui a permis de mettre en lumière les tensions persistantes entre droit et pouvoir. Pour finir, Théodore Holo a appelé à un renforcement de la culture juridique, aussi bien chez les gouvernants que chez les citoyens. Il a insisté sur la nécessité d’une vigilance collective pour garantir le respect de la séparation des pouvoirs et faire du pouvoir judiciaire un véritable garant des libertés fondamentales, plutôt qu’un simple instrument au service de l’exécutif.
Léonce Adjévi

















