Du 15 mai au 31 août 2026, la salle d’exposition de l’espace culturel Le Centre sis à Abomey-Calavi accueille les œuvres de deux artistes utilisant différentes techniques pour aborder une thématique unique : la disparition progressive des cultures africaines. A travers le sujet de la scarification, Léonel Zadji et Midegbeyan Ojisua attirent l’attention des uns et des autres sur l’intérêt de la préservation de l’identité africaine.
Intitulée « Whispers of Tradition », cette exposition de l’artiste plasticien béninois Leonel Zadji et du nigérian Midegbeyan Ojisua aborde la scarification, une question relative aux deux nations partageant des cultures presque identiques. Après six semaines de résidence artistique, à travers une quinzaine d’œuvres, ils suscitent une série d’interrogations relatives à l’érosion silencieuse des traditions et la fragilité d’une culture qui se détériore progressivement. Leonel Zadji utilise la peinture sous-verre, mêlant symboles, chiffres et fragments recyclés pour explorer les scarifications comme langage artistique, marqueur identitaire et spirituel, menacées de disparition. Les chiffres, visibles sur ses peintures, apparaissent comme des présences, des traces de transmission et la matérialisation de ceux qui sont passés de vie à trépas. A travers des œuvres comme « Gbècé », « Akocé », « Hwinu 1 et 2 », « Dé », « Wépin », « Alènu », « Bàjà » et « Sè », l’artiste aborde, d’un côté, la quête identitaire des nouvelles générations face à la disparition de certaines pratiques culturelles, met en lumière l’origine et la portée symbolique des scarifications dans la société béninoise et évoque la famille comme espace de transmission culturelle et identitaire. De l’autre côté, Leonel Zadji met en dialogue le monde physique et l’univers spirituel et évoque la fragilité de la mémoire, des traditions et des liens invisibles qui unissent les générations. Midegbeyan Ojisua, quant à lui, développe une peinture figurative, aux tonalités terreuses, avec des regards frontaux ou silencieux en filigrane. Il aborde dans cette exposition, les aspects négligés de la culture, entre autres les scarifications et les rites. Pour lui, les traits du visage sont révélateurs des intentions et des blessures intérieures, des doutes et des espoirs de l’Homme. Originaire du Nigéria, le travail de l’artiste s’articule autour d’une palette aux teintes sobres et soignées, tissant un lien sensible avec l’héritage chromatique de la renaissance. A travers ses œuvres, il transcende l’esquisse, révélant toute la richesse et la complexité des expressions faciales. A son dire, ses œuvres révèlent l’impact émotionnel dégagé en voyant des valeurs culturelles disparaître tout en exhortant les peuples à les réintégrer dans le quotidien malgré les défis liés à la modernité. « The let go » ouvre une réflexion sur le devenir des traditions et invite à interroger le rapport à l’héritage, à la mémoire et à la transmission. Dans « The portrait of what she is », Midegbeyan Ojisua propose une réflexion sur l’acculturation. Inspirée par le Temple des Pythons, l’œuvre évoque une culture dont les dimensions spirituelles et identitaires semblent peu à peu s’effacer au profit d’une représentation davantage tournée vers le tourisme. A travers « The portrait of her », il parle d’une identité culturelle profondément enracinée dans les traditions ouest-africaines. Selon Berthold Hinkati, Directeur de l’espace culturel Le Centre, dans les murmures de leurs créations, le corps devient une mémoire, la matière exprime un langage et l’œuvre symbolise une transmission. « A travers cette exposition, nous voulons montrer que l’art permet de franchir les frontières tout en défendant la question de la disparition culture et de la tradition dans un monde contemporain », a-t-il indiqué. L’exposition fermera ses portes fin août 2026.
Mohamed Yasser Amoussa (Coll)



















