Le commerce au Bénin change progressivement de visage. À Cotonou et à Abomey-Calavi, deux infrastructures s’imposent désormais dans la nouvelle architecture des marchés modernes. Il s’agit de Tokpa Yôyô et Tokpa Daho. Pensés pour mieux organiser les activités commerciales, ces deux pôles doivent contribuer à décongestionner les espaces fortement sollicités et à offrir de meilleures conditions de travail aux commerçants. Cette transformation intervient dans un contexte particulier.
Pendant plusieurs décennies, le marché Dantokpa a constitué le principal cœur commercial de Cotonou et l’un des grands centres d’échanges de la sous-région. Mais la concentration des activités sur ce site a progressivement montré ses limites. La croissance démographique, l’intensification des flux de marchandises et les difficultés de circulation ont renforcé la nécessité de repenser l’organisation du commerce dans le Grand Nokoué. La stratégie mise en œuvre par l’Agence nationale de gestion des marchés (Anagem) repose désormais sur une meilleure répartition des activités. Le pôle commercial Mathieu Kérékou a ainsi été rebaptisé Tokpa Yôyô, tandis que le marché de gros d’Akassato a pris le nom de Tokpa Daho. Le premier est appelé à accueillir notamment une partie des activités commerciales relocalisées, tandis que le second est destiné à jouer un rôle important dans le commerce de gros et les échanges agroalimentaires. La modernisation des marchés constitue l’un des chantiers importants de la transformation du commerce au Bénin. L’objectif n’est pas uniquement de construire de nouveaux bâtiments. Il s’agit surtout de mettre en place des espaces commerciaux mieux organisés, capables de répondre aux besoins des commerçants, des consommateurs et des opérateurs économiques. Pendant longtemps, une grande partie de l’activité commerciale de Cotonou s’est concentrée autour de Dantokpa. Le marché a accompagné le développement économique de la ville et s’est imposé comme un lieu incontournable pour les échanges de marchandises. Son importance historique et économique demeure considérable. Mais l’évolution de la capitale économique a créé de nouvelles contraintes. L’augmentation du nombre de commerçants, des consommateurs et des véhicules de transport a accentué la pression sur les infrastructures existantes. Les activités de vente, de stockage, de chargement et de déchargement se sont retrouvées concentrées dans des espaces qui ne sont plus toujours adaptés à l’ampleur des flux.
La réforme des marchés vise donc à passer d’un modèle fortement centralisé à un système reposant sur plusieurs pôles commerciaux. Cette nouvelle organisation doit permettre de rapprocher certaines activités des zones de consommation et de mieux répartir les flux de marchandises. Dans cette perspective, Tokpa Yôyô occupe une place stratégique. Le site est appelé à accueillir une partie des commerçants concernés par la réorganisation du marché Dantokpa. L’Anagem a engagé en 2026 un processus de relocalisation et de sélection des commerçants devant intégrer le nouveau pôle. Cette opération constitue une étape sensible. Pour les commerçants, changer d’espace de vente ne signifie pas simplement changer d’adresse. Leur activité dépend de la fréquentation, de la proximité des clients, de l’accessibilité du marché et des habitudes commerciales établies au fil des années. Le défi des autorités consiste donc à faire des nouveaux marchés de véritables lieux d’attraction économique. Une infrastructure moderne ne peut produire les résultats attendus que si les commerçants y trouvent des conditions favorables et si les consommateurs acceptent progressivement d’y modifier leurs habitudes. La question des coûts constitue également un élément déterminant. Les commerçants doivent pouvoir supporter les charges liées à l’occupation des espaces. C’est dans cette logique que le gouvernement a décidé, en juillet 2026, de réduire les redevances mensuelles applicables aux espaces marchands de Tokpa Yôyô et Tokpa Daho. Le Conseil des ministres a expliqué cette décision par la nécessité de renforcer l’accessibilité financière des marchés modernes et de favoriser leur occupation optimale. Cette mesure s’inscrit dans une politique plus large. Le gouvernement a annoncé une baisse des redevances dans les marchés urbains et régionaux, afin d’alléger les charges des commerçantes et commerçants et de favoriser le développement de leurs activités. La réussite de la modernisation dépendra toutefois d’autres facteurs : qualité des infrastructures, sécurité, propreté, disponibilité des services, accessibilité, stationnement et organisation des flux. La gestion quotidienne sera donc aussi importante que la construction des marchés.
Tokpa Yôyô et Tokpa Daho, différentes vocations
Tokpa Yôyô et Tokpa Daho ont une particularité importante. Ils ne répondent pas exactement à la même vocation. Tokpa Yôyô est présenté comme un pôle commercial destiné à participer à la nouvelle organisation des activités marchandes dans le Grand Cotonou. Son rôle est notamment lié au processus de relocalisation d’une partie des commerçants et à la déconcentration des activités qui étaient fortement concentrées à Dantokpa. Le changement de nom du pôle commercial Mathieu Kérékou en Tokpa Yôyô traduit également la volonté de créer une nouvelle identité commerciale. L’objectif est de faire de ce site une destination reconnue par les commerçants et les consommateurs. Tokpa Daho présente une vocation différente. Installé à Akassato, dans la commune d’Abomey-Calavi, le marché de gros a été rebaptisé Tokpa Daho et est entré en exploitation le 16 mai 2026. Il doit contribuer à décongestionner les zones à forte densité commerciale et à mieux organiser les activités de gros. Cette spécialisation est importante pour le fonctionnement global du commerce au Bénin. Le commerce de gros nécessite en effet des espaces adaptés au stockage et à la circulation de volumes importants de marchandises. Les produits agroalimentaires, notamment, peuvent difficilement être gérés dans les mêmes conditions que les activités de commerce de détail. Avec Tokpa Daho, l’ambition est donc de créer un espace capable de mieux accueillir les grossistes et les opérateurs intervenant dans la chaîne d’approvisionnement. Le marché peut ainsi jouer un rôle d’interface entre les producteurs, les grossistes, les transporteurs, les détaillants et les consommateurs. Cette organisation peut également contribuer à améliorer la circulation des marchandises dans le Grand Cotonou. En regroupant certaines activités de gros dans un espace spécifiquement conçu à cet effet, il devient possible de mieux organiser les opérations de livraison et de réduire certains flux vers les zones commerciales les plus saturées. Tokpa Yôyô et Tokpa Daho pourraient ainsi fonctionner comme deux maillons complémentaires d’un même dispositif. Le premier doit renforcer l’offre commerciale et participer à la réorganisation des activités de vente. Le second doit davantage servir de plateforme pour le commerce de gros et les activités agroalimentaires. Cette complémentarité représente l’un des principaux enjeux de la réforme. Il ne suffit pas que les deux marchés soient fonctionnels individuellement. Ils doivent également s’intégrer dans un système commercial cohérent reliant les différents acteurs de la chaîne. Les infrastructures doivent aussi être accompagnées par des services adaptés. Transport, stationnement, sécurité, gestion des déchets, accès à l’eau, électricité, entretien des espaces et signalisation constituent des éléments essentiels pour garantir leur attractivité. La question du numérique pourrait également prendre de l’importance. Le commerce évolue rapidement au Bénin, notamment avec le développement des paiements électroniques, des réseaux sociaux et des nouvelles formes de vente à distance. Les marchés modernes devront progressivement intégrer ces nouvelles pratiques afin de rester en phase avec l’évolution des habitudes des consommateurs.
Dantokpa, commerçants et consommateurs face à une nouvelle organisation
La transformation des marchés béninois pose finalement une question centrale. Comment faire évoluer les habitudes commerciales sans fragiliser les acteurs qui vivent de ces activités ? Dantokpa demeure profondément ancré dans les pratiques commerciales. Son histoire est ancienne et son influence dépasse largement Cotonou. Le site actuel résulte lui-même d’une longue évolution du marché, dont l’histoire remonte aux années 1940.

La réorganisation actuelle ne signifie donc pas simplement la disparition d’un marché. Elle marque plutôt la volonté de répartir différemment les activités et de construire un réseau de marchés modernes. Pour les commerçants, cette transition doit être accompagnée. La question de la clientèle est particulièrement sensible. Un vendeur peut disposer d’une boutique moderne, mais avoir des difficultés si les consommateurs ne fréquentent pas suffisamment le nouveau site. La localisation, l’accessibilité et la complémentarité avec les autres marchés seront donc déterminantes. Les autorités semblent avoir intégré cette dimension à travers les mesures prises pour rendre les nouveaux marchés plus accessibles financièrement. La réduction des redevances décidée en juillet 2026 vise précisément à favoriser l’occupation des espaces et à alléger les charges supportées par les commerçants. Cette décision constitue un signal important. Elle montre que la modernisation du commerce ne peut pas être pensée uniquement sous l’angle des infrastructures. Elle doit également tenir compte de la réalité économique des occupants. L’autre enjeu est celui de la formalisation. Des marchés modernes, mieux structurés et administrés peuvent contribuer à améliorer l’organisation des activités commerciales. Ils peuvent faciliter le suivi des opérateurs, la gestion des espaces et l’application des règles d’hygiène et de sécurité. Cette évolution peut également renforcer la protection du consommateur. Un environnement commercial mieux organisé facilite le contrôle des produits, l’identification des vendeurs et la mise en œuvre des règles relatives à la qualité et à la sécurité. À terme, ces marchés peuvent donc devenir de véritables plateformes économiques et non de simples lieux de vente. Le développement de Tokpa Daho pourrait notamment renforcer la structuration des circuits de distribution des produits agroalimentaires. Le Bénin dispose d’un important potentiel agricole, mais l’une des difficultés reste l’organisation de la commercialisation et de l’acheminement des produits vers les consommateurs. Un marché de gros moderne peut contribuer à réduire certaines ruptures dans la chaîne. Il peut faciliter la rencontre entre l’offre et la demande, améliorer les conditions de stockage et renforcer la fluidité des échanges. Tokpa Yôyô, de son côté, peut participer à la consolidation du commerce urbain. Sa réussite dépendra largement de sa capacité à devenir un espace fréquenté, accessible et économiquement viable. Le véritable test commencera donc avec l’appropriation des sites par les commerçants et les consommateurs. Les infrastructures ont été pensées pour changer le visage des marchés ; leur fréquentation déterminera leur poids réel dans l’économie. Le chantier est d’autant plus important que le Bénin cherche à renforcer son rôle de plateforme commerciale dans la sous-région. Le développement des infrastructures portuaires, logistiques et industrielles doit pouvoir s’appuyer sur un réseau intérieur de distribution efficace. Dans cette architecture, les marchés modernes occupent une place stratégique. Ils constituent le dernier maillon entre les marchandises et les consommateurs, mais aussi un point de rencontre entre production locale, importation, distribution et commerce régional. Tokpa Yôyô et Tokpa Daho représentent ainsi bien plus que deux nouveaux marchés. Ils incarnent une nouvelle conception de l’organisation commerciale au Bénin : davantage de spécialisation, une meilleure répartition des flux et des infrastructures adaptées à l’évolution des activités économiques. Leur réussite ne se mesurera toutefois pas uniquement à leur apparence ou au nombre de boutiques disponibles. Elle se mesurera à leur capacité à attirer les commerçants, à fidéliser les consommateurs, à fluidifier la circulation des marchandises et à améliorer durablement les conditions de travail. La baisse des redevances décidée en juillet 2026 montre déjà que l’accessibilité économique constitue un enjeu majeur. Le gouvernement devra continuer à accompagner les acteurs afin que la modernisation des marchés ne reste pas uniquement une transformation physique. À Cotonou comme à Abomey-Calavi, le commerce entre donc dans une nouvelle phase. Après plusieurs décennies dominées par Dantokpa, l’organisation commerciale s’oriente progressivement vers plusieurs pôles spécialisés.
Tokpa Yôyô pour le commerce urbain, Tokpa Daho pour le commerce de gros et agroalimentaire : ces deux infrastructures sont appelées à devenir des pièces importantes de la nouvelle carte commerciale du Bénin. Le défi est désormais de transformer cette ambition en réalité économique. Si commerçants, consommateurs et gestionnaires parviennent à s’approprier ces nouveaux espaces, Tokpa Yôyô et Tokpa Daho pourraient durablement modifier les habitudes commerciales et contribuer à construire un marché béninois plus moderne, mieux organisé et plus compétitif.
Sergino Lokossou
















