En résidence de création depuis quelques jours à l’Espace culturel Le Centre, l’artiste visuel béninois Carlos Sodokpa poursuit un travail de recherche qui mêle photographie et peinture. À travers une séance de work in progress suivie d’une rencontre-discussion, il a ouvert au public une fenêtre sur son processus de création et sur les œuvres qui seront présentées lors de son prochain Solo Show, dont le vernissage est prévu pour le 11 septembre 2026.
Dans l’espace de travail, les toiles en cours côtoient les photographiques. Les œuvres prennent forme progressivement, au rythme des réflexions, des essais et des choix de l’artiste. Cette étape de work in progress permet ainsi de découvrir non seulement ce qui sera exposé dans quelques jours, mais surtout les démarches engagées pour parvenir à ces créations. Né en 1996 à Abomey, Adébayo Sègla Carlos G. C. Sodokpa est un artiste photographe béninois, journaliste de formation. Il s’est notamment fait remarquer par son intérêt pour la photographie en noir et blanc et par un travail où le corps occupe une place centrale. Chez lui, le corps n’est pas seulement un élément esthétique. Il devient un langage, capable de révéler ce que les mots cherchent parfois à dissimuler. « Certaines expressions, certaines habitudes que vous pouvez vouloir cacher, mais que votre corps va trahir. Le corps aussi a beaucoup à dire », a expliqué l’artiste. Fatigue, sommeil, émotions, autant d’états qui, selon lui, finissent par se manifester à travers les gestes. Pour cette résidence de six semaines, Carlos Sodokpa travaille sur deux différents médiums et sujets qui se rejoignent dans leur volonté d’interroger la condition humaine. Le premier projet est photographique. Intitulé « Les Acrobates du sommeil », il est le fruit d’une réflexion entamée depuis près de quatre ans. L’artiste s’intéresse à ces postures insolites dans lesquelles les individus se retrouvent lorsqu’ils dorment dans la rue, à la maison, au marché ou sur une moto. Derrière ces scènes se cache une réalité sociale. Le sommeil devient le signe d’un corps contraint à la fatigue. « Nous savons ce que nous voulons, mais chercher le pain quotidien nous oblige parfois à nous retrouver dans des situations insolites où le corps nous impose le repos à travers le sommeil », a souligné l’artiste visuel. A travers ses photographies, Carlos transforme des scènes en images capables de susciter la réflexion.
Une première incursion publique dans la peinture
L’autre volet de la résidence est une série de peintures que l’artiste veut présenter pour la première fois au public. Ces œuvres ont mûri pendant environ deux ans dans son espace personnel avant de trouver les conditions nécessaires à leur réalisation. Pour Carlos Sodokpa, la peinture constitue un espace de liberté supplémentaire lorsqu’il souhaite montrer ce que son appareil photographique ne lui permet pas de traduire. « Je vais en peinture quand je sais que je suis bloqué en photo », a-t-il confié. La toile lui offre alors la possibilité de franchir les limites de l’objectif et d’explorer d’autres réalités. Au cours des premières semaines de résidence, l’artiste a déjà réalisé sept toiles. Dans un monde où chacun préoccupé par ses propres problèmes, Carlos Sodokpa invite à ne pas perdre de vue les difficultés vécues par ceux qui se trouvent autour de soi. Cette série picturale vient donc compléter le travail photographique. Les deux médiums sont complémentaires. Observer l’être humain, ses fragilités, son environnement et les réalités qu’il traverse. Au cours de la rencontre-discussion, Carlos Sodokpa a également expliqué sa manière de travailler. L’artiste évoque une démarche fondée uniquement sur l’inspiration. Pour cette résidence, il a choisi de consacrer davantage de temps à la peinture, dont le développement nécessitait, selon lui, un travail plus long. « Je voudrais que le public réfléchisse et qu’il voie le monde autrement », a t-il souligné. Ses œuvres deviennent ainsi des espaces de liberté où le public peut se reconnaître, questionner ses propres perceptions et mieux comprendre les réalités des autres. In fine, Carlos Sodokpa construit une exposition où photographie et peinture ont le même objectif, faire parler les corps, révéler les réalités et inviter à regarder d’une autre manière.
Mohamed Yasser Amoussa (Coll)




















