Telle une araignée, le président Romuald Wadagni tisse sa toile diplomatique en multipliant les visites avec ses voisins. Celle de deux jours au Rwanda, entamée mercredi 16 septembre 2026, constitue l’un des rendez-vous diplomatiques majeurs de son mandat avec un pays d’Afrique de l’Est. Accueilli à Kigali par son homologue Paul Kagame à Urugwiro Village, le chef de l’État béninois ouvre une nouvelle séquence dans les relations entre Cotonou et Kigali.
Cette visite ne part pas d’une page blanche. Le Bénin et le Rwanda ont développé ces dernières années des relations autour de plusieurs domaines de coopération. Dès 2023, Romuald Wadagni, alors ministre de l’Économie et des Finances et envoyé spécial de Patrice Talon, avait déjà été reçu par Paul Kagame à Kigali. Devenu président, Wadagni choisit donc de maintenir le dialogue avec Kigali. Cette démarche s’inscrit dans une série de déplacements diplomatiques entrepris depuis son arrivée au pouvoir, avec notamment des visites au Nigeria et au Burkina Faso. La Présidence béninoise avait présenté le déplacement au Nigeria comme le premier jalon d’une diplomatie de proximité, axée notamment sur la sécurité, le commerce et l’intégration régionale. Le rendez-vous avec Kagame revêt ainsi une portée particulière, il permet au nouveau pouvoir béninois de confirmer que le changement de président ne signifie pas une rupture dans les partenariats stratégiques construits sous la précédente administration.
De l’expérience rwandaise aux intérêts béninois
Au-delà du symbole diplomatique, l’enjeu sera surtout de transformer cette proximité politique en résultats concrets. Les consultations annoncées entre les deux dirigeants doivent permettre d’explorer de nouveaux axes de coopération économique, technique et sécuritaire. Kigali représente notamment une expérience africaine souvent étudiée dans les domaines de la transformation numérique, de la gouvernance publique, de l’innovation et du développement des infrastructures. Pour Cotonou, l’intérêt peut être de tirer des enseignements de certaines expériences rwandaises tout en développant des partenariats adaptés aux réalités béninoises. La visite comporte également une dimension mémorielle importante. Wadagni est attendu au Mémorial du génocide de Kigali, à Gisozi, pour rendre hommage aux victimes du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Au final, le déplacement de Kigali apparaît comme un test de la capacité du nouveau président béninois à inscrire sa diplomatie dans la continuité tout en lui donnant sa propre impulsion. L’enjeu ne sera donc pas seulement de préserver l’axe Cotonou-Kigali, mais de lui donner un contenu suffisamment concret pour répondre aux priorités économiques, sécuritaires et technologiques des deux pays.

















