Le développement d’une économie diversifiée et compétitive figure parmi les priorités du programme du président Romuald Wadagni. L’ambition est de faire évoluer le modèle économique béninois vers une croissance davantage portée par la production, la transformation locale, l’industrialisation, les services et l’innovation. Agriculture, industrie, commerce, énergie, infrastructures, tourisme, arts, artisanat et inclusion financière constituent ainsi les principaux leviers d’une stratégie qui entend renforcer à la fois la souveraineté économique du pays, la création d’emplois et la capacité des entreprises béninoises à conquérir les marchés.
Pour le Bénin, l’enjeu dépasse la recherche d’une croissance soutenue. Il s’agit désormais de construire une économie capable de produire davantage de valeur ajoutée sur le territoire, de mieux répartir les opportunités entre les secteurs et les territoires et de rendre les acteurs économiques plus résilients face aux chocs extérieurs. Cette transformation suppose de sortir progressivement d’une économie dominée par le commerce de redistribution et les activités à faible valeur ajoutée pour consolider un tissu productif plus dense et plus compétitif. L’agriculture occupe une place centrale dans cette ambition. Au-delà de son poids dans l’emploi et dans les revenus des ménages, elle constitue la première base d’une véritable politique de transformation industrielle. L’objectif n’est plus seulement d’augmenter les volumes produits, mais de mieux organiser les chaînes de valeur, de favoriser la transformation des productions et de garantir aux exploitants de meilleures perspectives économiques et sociales. Dans cette logique, les projets liés à la sécurité et à la retraite des exploitants agricoles traduisent une volonté de considérer l’agriculteur comme un véritable acteur économique. La sécurisation des revenus, la protection sociale et la préparation de la retraite peuvent contribuer à rendre l’activité agricole plus attractive et à encourager les investissements dans les exploitations. Une agriculture moderne ne peut en effet reposer uniquement sur l’effort individuel des producteurs. Elle doit s’appuyer sur des mécanismes de financement, d’assurance, de protection sociale, d’accès aux marchés et de valorisation des productions.
La question de la transformation constitue l’autre grand défi. Le Bénin dispose de productions agricoles susceptibles d’alimenter une industrie locale plus importante. Mais entre la production brute et le produit fini, se trouvent de nombreuses étapes créatrices de valeur que sont le stockage, le conditionnement, la transformation, le transport, la commercialisation et l’exportation. C’est précisément sur ces segments que peut se jouer une partie importante de la compétitivité future de l’économie béninoise. L’industrialisation apparaît dès lors comme un prolongement naturel de la politique agricole. L’orientation vers une industrialisation régionale organisée par pôles vise à rapprocher les activités économiques des potentialités et des ressources des différents territoires. Une telle approche permettrait de limiter la concentration excessive des activités autour de Cotonou et de favoriser l’émergence de bassins économiques spécialisés. Cette stratégie suppose toutefois une coordination étroite entre agriculture, industrie, infrastructures et commerce. Un pôle industriel ne peut fonctionner durablement sans énergie disponible, routes adaptées, accès au financement, compétences professionnelles et débouchés commerciaux. La compétitivité ne se décrète donc pas par secteur. Elle se construit à partir d’un écosystème. Le commerce demeure, dans cette architecture, un secteur essentiel. Le Bénin bénéficie d’une position géographique favorable au cœur de l’Afrique de l’Ouest et d’un potentiel important lié aux échanges régionaux. Mais pour transformer cet avantage géographique en avantage économique durable, le pays doit renforcer sa capacité à produire et à exporter des biens et services à plus forte valeur ajoutée.
Production et transformation
L’enjeu consiste ainsi à passer progressivement d’un rôle de plateforme commerciale à celui de véritable plateforme de production et de transformation. Cela implique de soutenir les entreprises locales, d’améliorer leur accès aux marchés et de faciliter leur intégration dans les chaînes de valeur régionales. Le commerce doit également profiter davantage aux producteurs et aux industriels béninois, plutôt que de rester principalement un espace de circulation des marchandises. Dans cette perspective, l’amélioration du climat des affaires, la simplification des procédures et la digitalisation des services économiques prennent toute leur importance. Une entreprise compétitive est une entreprise qui peut produire, financer, transporter et vendre dans des délais et à des coûts compatibles avec ceux de ses concurrents. L’énergie constitue, à cet égard, une infrastructure économique à part entière. Sans une énergie disponible, stable et abordable, l’industrialisation reste limitée. Le développement de nouvelles capacités énergétiques doit donc accompagner l’essor des unités de transformation, des petites et moyennes entreprises et des services numériques. L’objectif est de faire de l’énergie non seulement un service public, mais également un facteur direct de compétitivité. Les infrastructures de transport jouent un rôle comparable. Routes, plateformes logistiques, infrastructures portuaires et connexions entre les bassins de production et les marchés déterminent directement le coût final des produits. Pour un pays qui entend renforcer ses échanges régionaux, la fluidité des transports constitue donc un enjeu stratégique. Une production agricole qui ne peut être acheminée rapidement vers un centre de transformation perd de sa valeur. De même, une entreprise industrielle qui supporte des coûts logistiques élevés voit sa compétitivité diminuer. L’investissement dans les infrastructures doit ainsi être pensé comme un investissement productif.
Elargir les moteurs de croissance
La diversification économique ne peut cependant pas se limiter à l’agriculture et à l’industrie. Le tourisme, les arts, l’artisanat et les industries culturelles et créatives représentent également des secteurs capables de générer des emplois, des revenus et de l’attractivité pour les territoires. Le Bénin dispose dans ce domaine d’atouts importants : patrimoine historique, cultures, traditions, paysages, gastronomie, savoir-faire artisanaux et événements culturels. Le développement du tourisme peut permettre de valoriser ces ressources tout en créant des débouchés pour de nombreux acteurs locaux. Mais là encore, la compétitivité suppose une approche intégrée. Le tourisme ne se résume pas à attirer des visiteurs. Il faut pouvoir les accueillir, les déplacer, les héberger, leur proposer des activités et leur permettre d’accéder à des produits et services de qualité. L’artisanat peut alors devenir un véritable prolongement de l’économie touristique, à condition d’améliorer la qualité, le design, le conditionnement et les circuits de commercialisation des produits. Les arts et les industries créatives offrent également une possibilité de diversification. Dans un environnement où l’économie numérique réduit les distances entre les marchés, les créateurs béninois peuvent accéder à une clientèle beaucoup plus large. Musique, cinéma, mode, design, arts visuels, édition et création numérique peuvent progressivement constituer des activités économiques à part entière. Cette évolution nécessite cependant des investissements dans la formation, la professionnalisation, la propriété intellectuelle et les mécanismes de financement. La créativité doit pouvoir se transformer en activité génératrice de revenus et, à terme, en véritable industrie. L’inclusion financière constitue justement l’un des instruments permettant de soutenir cette transformation. Une économie compétitive ne peut laisser une partie importante de ses acteurs en dehors du système financier. Les petits producteurs, artisans, commerçants, jeunes entrepreneurs et travailleurs indépendants ont besoin de solutions de financement adaptées à leurs activités et à leur capacité de remboursement.
Le développement du crédit digital rapide peut contribuer à réduire certaines barrières traditionnelles à l’accès au financement. Les outils numériques permettent notamment de simplifier les démarches, de réduire les délais et d’adapter certains produits financiers aux besoins des petites activités économiques. Mais la rapidité du crédit doit aller de pair avec la responsabilité. L’inclusion financière ne saurait se réduire à multiplier les possibilités d’emprunt. Elle doit également favoriser une meilleure éducation financière, une tarification transparente et un accompagnement des bénéficiaires afin d’éviter le surendettement. Au fond, le projet d’une économie diversifiée et compétitive repose sur une même logique : mieux connecter les différents secteurs de l’économie. L’agriculture doit alimenter l’industrie ; l’industrie doit renforcer le commerce ; les infrastructures doivent faciliter les échanges ; l’énergie doit soutenir la production ; le tourisme doit stimuler les services et l’artisanat ; le numérique doit fluidifier les transactions et faciliter l’accès au financement. Cette interdépendance constitue probablement le principal défi de la stratégie. La réussite ne dépendra pas uniquement du nombre de projets réalisés, mais de leur capacité à produire des effets économiques durables et à se renforcer mutuellement. Pour le président Romuald Wadagni, le pari est donc celui d’une transformation progressive du modèle économique béninois. Il ne s’agit plus seulement de rechercher la croissance, mais de construire une économie capable de créer davantage de valeur sur son territoire, de mieux rémunérer le travail, de soutenir l’entrepreneuriat et de conquérir de nouveaux marchés. La diversification apparaît ainsi comme une réponse à une double nécessité : réduire la vulnérabilité de l’économie face aux chocs et multiplier les sources de croissance. La compétitivité, elle, doit permettre de transformer cette diversification en avantage durable. Le véritable indicateur de réussite sera finalement la capacité de cette nouvelle orientation à se traduire dans la vie quotidienne, davantage d’emplois productifs, des revenus plus stables pour les exploitants, des entreprises plus solides, une industrie plus dynamique, des territoires mieux connectés et un accès plus large aux opportunités économiques. C’est à cette condition que l’ambition d’une économie diversifiée et compétitive pourra dépasser le cadre d’un programme pour devenir un véritable modèle de développement.
Sergino Lokossou




















