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Gouvernance contestée, dérives managériales présumées et éloignement de la mission de développement : selon un rapport consulté par Le Matinal, plusieurs griefs auraient pesé dans le refus des dirigeants de l’Uemoa de renouveler le mandat de Serge Ekué à la tête de la Banque ouest-africaine de développement (Boad).
Le mandat de Serge Ekué à la présidence de la Banque ouest-africaine de développement (Boad) serait-il arrivé à son terme sur fond de profondes controverses internes ? Selon un rapport consulté par Le Matinal, le refus de reconduire le dirigeant à la tête de l’institution sous-régionale serait lié à plusieurs préoccupations concernant sa gouvernance, la gestion des ressources financières, les conditions de travail du personnel et l’orientation stratégique de la Banque. Des griefs qui, s’ils étaient établis, mettraient en cause la conduite d’une institution dont la vocation première est de financer le développement économique et social des États membres.
Une stratégie financière contestée
Au cœur des critiques rapportées figure une évolution de la politique financière de la Boad, accusée de privilégier la mobilisation de ressources et les revenus de placement au détriment du financement effectif des projets de développement. Le document évoque notamment plus de 100 milliards de francs Cfa de commissions sur charges financières et affirme que les produits issus du placement des ressources auraient représenté plus de la moitié du résultat de la Banque. Cette orientation soulèverait des interrogations sur l’adéquation entre les ressources mobilisées et les besoins des populations en infrastructures, en énergie, en eau et en sécurité alimentaire. Le rapport met également en cause le recours à des cabinets de conseil financier, notamment Galite et Thomasteed, auxquels auraient été confiées d’importantes opérations de mobilisation de ressources et d’arrangements financiers, assorties de commissions considérables. Il évoque, à ce sujet, des interrogations sur les conditions d’attribution des contrats et de rémunération des prestataires. Le document formule aussi des accusations relatives aux opérations de titrisation menées au sein du groupe Boad. Ces allégations, qui portent sur des pratiques potentiellement préjudiciables aux intérêts de l’institution, nécessiteraient toutefois des éléments de preuve indépendants pour être considérées comme établies.
Un climat social et des dépenses sous le feu des critiques
La gestion des ressources humaines constitue un autre volet des reproches recensés. Le rapport fait état de licenciements, de départs, de tensions internes et d’un sentiment d’injustice parmi les agents. Il dénonce également des disparités de rémunération et d’avantages entre certains responsables proches de la présidence et des cadres expérimentés de la Banque. La réorganisation des carrières engagée dans le cadre du projet Oasis aurait, selon le document, accentué les frustrations et fragilisé la cohésion du personnel. À ces griefs s’ajoutent des critiques concernant le train de vie du président sortant et l’augmentation des charges d’exploitation. Le rapport décrit notamment l’utilisation de moyens de déplacement jugés disproportionnés au regard des pratiques des responsables de l’Union. Ces choix auraient alimenté le mécontentement de certaines autorités de la sous-région. Plus préoccupantes encore, les accusations de sollicitations indues et de pratiques assimilées à du racket dans le traitement des dossiers de financement sont présentées comme un facteur de blocage des projets. Le document cite un taux de décaissement de 25 % en 2025, qu’il associe aux lenteurs dans la mise en œuvre des financements. La portée de cet indicateur et les causes précises de cette performance devraient néanmoins être confrontées aux données officielles de la Banque.
Un désaveu aux enjeux institutionnels
Au-delà du sort personnel de Serge Ekué, les critiques rapportées renvoient à une question centrale : celle de la conformité de la gouvernance de la Boad à sa mission de développement. Si les griefs évoqués ont pesé dans la décision de ne pas renouveler son mandat, ils traduiraient une volonté de réaffirmer les exigences de transparence, de responsabilité et d’efficacité dans la gestion des ressources communautaires. Il convient toutefois de distinguer les accusations contenues dans le rapport des faits formellement établis. En l’absence d’éléments contradictoires et de conclusions d’éventuelles procédures de contrôle, ces allégations ne sauraient être présentées comme des faits judiciairement démontrés. Pour la Boad, l’enjeu demeure désormais de préserver la confiance des États membres et des partenaires financiers, tout en recentrant ses interventions sur les besoins de développement des populations ouest-africaines.















