Le rêve olympique des Amazones du Bénin s’est brisé à Bamako. Battues 6-2 par le Mali, mardi 13 octobre, au stade Mamadou Konaté, les Béninoises ont laissé filer une avance de deux buts acquise à l’aller et quittent les éliminatoires des Jeux olympiques de Los Angeles 2028 sur un score cumulé de 7-5.
La défaite est lourde. Elle l’est d’autant plus qu’elle survient après une victoire 3-1 à Lomé, qui avait pourtant ouvert une voie sérieuse vers le tour suivant. Mais réduire cette débâcle à une simple mauvaise soirée, à un manque de réussite ou à la seule responsabilité du sélectionneur serait une lecture trop courte. Le véritable fruit se reconnaît toujours à l’arbre qui l’a porté. Oui, le sélectionneur porte une part de responsabilité. C’est la règle du métier : celui qui conduit l’équipe répond aussi du résultat. Mais en faire l’unique coupable serait trop facile, presque commode. Car ce qui s’est vu à Bamako ne relève pas seulement du choix tactique ou de la gestion du match. Il renvoie à une crise plus profonde, silencieuse pendant des semaines, puis brutalement exposée sous les projecteurs. Cette crise est celle du leadership dans le groupe. Elle a pris les allures d’une rivalité destructrice, nourrie par des susceptibilités, des positions défendues avec trop de brutalité et un besoin de reconnaissance qui a fini par primer sur l’intérêt collectif. Ouzérou Abdoulaye responsable, mais pas coupable.
Des courants, pas une équipe
Dans ce vestiaire, plusieurs courants se sont dessinés. D’un côté, les anciennes, qui revendiquent non seulement le droit d’aînesse, mais aussi une forme de légitimité naturelle pour incarner l’égérie de l’équipe. De l’autre, des joueuses plus jeunes, pleines de fougue mais encore dépourvues de l’expérience du très haut niveau, qui se sentent peu aimées, peu écoutées, parfois même rejetées. Entre ces deux pôles évolue un troisième groupe, fait d’insouciance et de légèreté, moins structuré mais capable d’amplifier les tensions. Ce mélange hétérogène a produit une formule explosive. Bamako en a été la conséquence. Sur la pelouse, la fracture s’est lue dans le jeu. Les transmissions fonctionnaient au sein d’un même courant, mais les transitions entre les groupes restaient hésitantes, froides, parfois inexistantes. Une équipe nationale ne peut pas gagner lorsqu’elle joue à plusieurs vitesses et avec plusieurs loyautés.
Une crise entretenue
Le sélectionneur a tenté de recoller les morceaux, de rechercher l’homogénéité dans le jeu comme dans le vivre-ensemble. Mais une crise soigneusement entretenue ne se résout pas en quelques discours d’avant-match. Chaque camp a fini par défendre son territoire. Résultat : l’équipe a perdu ce qui fait la force d’une sélection, l’unité. La déroute de Bamako ne devrait donc surprendre personne. Elle est moins un accident qu’un révélateur. Le football pardonne parfois les faiblesses techniques ; il pardonne rarement le manque de cohésion.
Stopper avant de repartir
Il faut désormais dire stop. Arrêter de cajoler, de contourner les problèmes ou de protéger des comportements qui finissent par nuire à l’intérêt général. Cette élimination, aussi douloureuse soit-elle, offre une occasion en or de remettre les Amazones devant leurs responsabilités. Un nouveau cycle se prépare. Il doit s’accompagner de nouvelles orientations, d’exigences claires et d’indicateurs de résultats mesurables. La discipline doit redevenir la boussole. Le respect de l’esprit de groupe doit devenir un standard inviolable, non une option laissée à l’appréciation de chacun.
Un nouveau départ nécessaire
Le ménage s’impose. Non pas pour punir pour punir, mais pour dépoussiérer une machine qui a accumulé trop de dysfonctionnements. Il faut rappeler les principes de convocation, clarifier les règles de vie en équipe nationale et instaurer un code de conduite applicable à toutes les sélections. C’est à cette condition que le football béninois pourra capitaliser sur les progrès déjà enregistrés, analyser sereinement les performances sur le plan technique et éviter les procès d’intention contre tel joueur ou tel responsable. Bamako a fait mal. Mais si cette douleur sert à reconstruire une équipe unie, disciplinée et ambitieuse, alors cette défaite n’aura pas été totalement inutile.
Abdourhamane Touré




















