(Les Béninois appelés à l’imitation)
La présence du nonagénaire Nicéphore Dieudonné Soglo, de l’ancien premier ministre Lionel Zinsou, au Palais de La Marina lors du vernissage de l’exposition des 26 trésors royaux le samedi 19 février 2022 est un signal fort. Pour qui connaît bien les rapports liant ces personnalités avec le chantre du Nouveau départ, Patrice Talon depuis 2016, cette présence est un symbole pour les citoyens béninois qui ont pris partie pour l’un ou l’autre lors des dernières élections.
L’art est un médium extrêmement puissant qui s’invite souvent dans le débat politique. Le vernissage de l’exposition des 26 trésors royaux restitués par la France au Bénin en novembre 2021 a confirmé cette vision congénitale à l’art, qu’il soit classique ou contemporain. Autour de l’art, les clivages ou idéologies politiques, mouvance et opposition sont enterrés pour contempler les œuvres des ancêtres. Le samedi 19 février 2022, jour mémorable pour la démocratie béninoise, l’ancien président Nicéphore Dieudonné Soglo, et le challenger de l’actuel locataire de La Marina en 2016, Lionel Zinsou, ont marqué par leur présence le vernissage. Deux personnalités qui, dans les faits et gestes, n’agréent par la gouvernance de Patrice Talon. Sans remuer le récent passé froid et désastreux pour le pays, il est un secret de polichinelle que le patriarche Soglo, depuis 2017, ne fait que dégainer sur le chantre du Nouveau départ. A bien scruter les faits, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est les poursuites judiciaires engagées contre son fils Léhady Soglo, alors maire de Cotonou, pour abus de fonction. Une action publique diligentée qui a abouti à la révocation de l’héritier politique de la dynastie Soglo. Mais avant ce coup de grâce, plus précisément le 21 mai 2017, Léhady Soglo a été évincé de son propre parti, fondé par ses parents. A suivre les frondeurs, l’actuel exilé volontaire a fait preuve d’une gestion solitaire et peu efficiente.
Soglo, Zinsou d’hier à aujourd’hui
Choqué par cet affront, le président Soglo n’a jamais eu l’élégance de reconnaître les mérites de Patrice Talon. Le respect de l’institution qu’incarne le chef de l’Etat obligé à ne pas revenir sur certaines déclarations dont la teneur est d’une subjectivité outrancière et indigne d’un sage. Faisant le bilan du premier quinquennat de Patrice Talon dans le cadre de la Présidentielle de 2021, il relevait une dégradation de la relation citoyen et Exécutif en ces termes :« Il a dit dans son serment le 06 avril 2016 qu’il fera de sa gouvernance, une exigence morale. Puis après, il fait le contraire, et prend ses désirs pour des réalités ». Sur la candidature pour un second mandat de l’ancien magnat du coton, l’ancien président a estimé que Patrice Talon ne peut plus incarner une alternance crédible. « Il ne peut affronter loyalement ses adversaires de l’opposition après une grande dose d’injustice et de déferlement de violences et de crimes commis en 2019 », a-t-il laissé entendre. En ce qui concerne le projet asphaltage très apprécié par les Béninois, l’ancien fonctionnaire de la Banque mondiale a dit que le projet a été réalisé à un prix onéreux. « Tout ce qu’il a entamé dans ce pays a été fait à prix d’or. Il oublie que nous avons les références à l’international (…) Tout ce qu’il a fait durant cinq ans n’est qu’un château de cartes », avait-il déclaré. Prenant donc aujourd’hui ces propos comme référence et à l’entendre féliciter le président Patrice Talon pour avoir réussi à ramener ces trésors royaux et l’inviter à travailler à l’union des filles et fils du Bénin, or il s’était inscrit aux abonnés absents lors de la cérémonie d’hommages solennels en novembre 2021, l’on comprend que la lucidité politique prend cahin-caha corps. Le philosophe Spinoza aurait été consulté. Par lucidité politique, il faut entendre, la volonté de regarder la réalité, et de la comprendre plutôt que de la juger. « J’ai tâché de ne pas rire des actions des hommes, de ne pas les déplorer, encore moins de les maudire, mais seulement de les comprendre » (Traité politique 1670). Pour lui, il faut partir du constat que les hommes ne sont pas bons. Ils ne sont généralement pas conduits par la raison, mais d’abord par leurs affects, par la peur ou la haine, le désir de gloire et de richesse. Dès lors, on ne saurait attendre l’arrivée de dirigeants vertueux pour que s’améliore un régime politique. Au contraire : il appartient aux institutions de contraindre les hommes à la vertu. Si elles en sont incapables, elles sont mauvaises.
Lionel Zinsou, toujours constant
Cette lucidité politique, Lionel Zinsou l’a depuis et ne l’a jamais occultée. Dans sa sortie médiatique le samedi 5 septembre 2020, il a fait l’éloge de l’économie béninoise, qui selon lui, a progressé ces cinq dernières années. «Je pense que c’est une économie qui progresse, qui progresse d’ailleurs très régulièrement depuis une quinzaine d’années (…). Dans l’agriculture, le Bénin vient de faire une démonstration que personne n’attendait vraiment». Dans l’interview accordée après l’exposition sur une radio locale, il a confirmé ce discernement politique qui manque à plusieurs opposants béninois. « J’ai, évidemment répondu à l’invitation du président de la République. Ce sont des événements du genre qui réconcilient la classe politique. Je pense que dans notre pays, il y a une tradition de dialogue. Quand elle se défait, il faut la renouer ou vraiment la tisser. Si c’est sur des valeurs culturelles, si c’est sur la fierté de notre histoire qu’on peut avoir des dialogues, se retrouver dans des événements qui dépassent la vie politique, qui ont un peu une valeur historique pour notre pays. Alors, utilisons vraiment cette occasion pour faire ce travail de dialogue et de paix», a justifié le banquier d’affaires. Cette philosophie qui se dessine désormais doit faire réfléchir les citoyens béninois. Comme le disait l’autre : « Nous sommes les mêmes du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest ». Les divergences politiques ne doivent amener à la destruction des vies humaines et des infrastructures sociocommunautaires. Les batailles entre autorités politiques ont toujours connu des fins. Seul le patriotisme doit guider les choix et les pas. Avant, c’était la réconciliation Talon-Yayi, aujourd’hui, les pas de la réconciliation Talon-Soglo, Talon-Zinsou sont posés. Pour les localités qui ont versé dans la violence lors des dernières élections, la réconciliation doit être actée pour un Bénin de plus en plus révélé.
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