De la multiplication des systèmes d’approvisionnement en eau potable en milieu rural au renforcement des réseaux urbains, le Bénin accélère ses investissements dans le secteur de l’eau. Avec des centaines d’ouvrages en construction, en réhabilitation ou déjà réceptionnés, le pays veut franchir un nouveau cap vers l’accès universel à l’eau potable.
L’accès à l’eau potable constitue l’un des marqueurs essentiels du développement d’un pays. Au Bénin, la question a progressivement quitté le seul registre de la construction de forages pour devenir un vaste chantier d’infrastructures, de réseaux, de stockage, de traitement et de gestion durable des ressources hydriques. L’ambition affichée par les pouvoirs publics est désormais de faire de l’accès à l’eau un service public disponible, fiable et durable, aussi bien dans les villes que dans les villages. Les derniers chiffres disponibles sur le milieu rural témoignent de cette dynamique. Selon le rapport semestriel de suivi du patrimoine et des performances du service public de l’eau potable, publié en avril 2026, le taux de desserte en milieu rural s’est établi à 84,3 % à fin décembre 2025, contre un niveau inférieur un an auparavant. Durant le second semestre 2025, 26 nouveaux systèmes d’approvisionnement en eau potable ont été réceptionnés, tandis que 57 anciennes adductions d’eau villageoises ont été réhabilitées. À cela s’ajoutent 3 668 branchements particuliers réalisés en zones rurales. Ces résultats traduisent une évolution de la stratégie nationale. Il ne s’agit plus simplement de rapprocher un point d’eau des populations, mais de construire de véritables systèmes capables d’assurer la production, le stockage, le transport et la distribution de l’eau. Le programme national prévoit ainsi la réalisation d’un important réseau de systèmes d’approvisionnement en eau potable multi-villages, appelés Saepmv, destinés à couvrir progressivement les zones rurales.
Le pari de l’accès universel en milieu rural
Dans les campagnes béninoises, l’un des principaux défis consiste à passer d’un accès ponctuel à l’eau à un véritable service public. Les anciennes adductions d’eau villageoises ont longtemps constitué l’une des principales réponses aux besoins des populations. Mais l’évolution démographique, l’extension des villages et l’augmentation des besoins rendent nécessaire une approche plus structurée. C’est dans cette logique que s’inscrit le programme des 95 systèmes d’approvisionnement en eau potable multi-villages. Lancé dans le cadre du programme Aqua vie, avec notamment des financements de l’Association internationale de développement et du budget national, ce programme est réparti en quatre grands lots couvrant plusieurs départements du pays. Le premier lot concerne 26 systèmes dans l’Alibori et le Borgou. Le deuxième porte sur 24 systèmes dans l’Atacora, la Donga et les Collines. Le troisième comprend 26 systèmes dans le Zou, le Couffo et le Mono, tandis que le quatrième concerne 19 systèmes dans l’Atlantique, l’Ouémé et le Plateau. L’objectif est de desservir plusieurs villages à partir d’un même dispositif hydraulique. Cette approche permet de rationaliser les investissements, d’étendre les réseaux et surtout de professionnaliser l’exploitation des ouvrages. Les systèmes comprennent notamment des infrastructures de captage, des équipements de pompage, des ouvrages de stockage, des réseaux de distribution et des points de desserte. Les résultats enregistrés montrent que cette politique commence à produire des effets concrets. À la fin de l’année 2025, 20 Saepmv issus du programme des 95 systèmes avaient été achevés et réceptionnés, auxquels s’ajoutaient six autres systèmes réalisés dans le cadre du Projet d’amélioration des systèmes d’approvisionnement en eau potable dans 24 villages du Bénin. Au total, les 26 ouvrages réceptionnés au second semestre 2025 ont permis de desservir environ 390 664 personnes, avec 679 nouveaux points d’eau potable dans 110 villages répartis sur 26 arrondissements et 18 communes.
Ces chiffres donnent une idée de l’impact potentiel des infrastructures. Mais ils mettent également en lumière un autre enjeu, celui de la maintenance. Un réseau construit mais régulièrement en panne ne peut pas garantir un accès durable à l’eau. Le rapport officiel fait état d’un taux de panne de 23,9 % à fin décembre 2025. La question de l’exploitation devient donc aussi importante que celle de la construction. Le modèle retenu par le Bénin accorde une place croissante aux sociétés fermières et à la délégation de service public. Des contrats d’affermage ont ainsi été conclus pour assurer l’exploitation et la maintenance des infrastructures hydrauliques rurales. Le dispositif vise notamment à améliorer la performance du service et à garantir sa continuité. L’enjeu est de taille, disposer d’une infrastructure est une première étape ; garantir que l’eau coule régulièrement, qu’elle soit de qualité et que le coût du service reste accessible constitue le véritable test de la politique publique.
Dans les villes, produire plus et réduire les pertes
La problématique change d’échelle dans les grandes agglomérations. À Cotonou, Porto-Novo, Abomey-Calavi et dans les autres centres urbains, la croissance démographique et l’urbanisation rapide exercent une pression permanente sur les systèmes d’alimentation en eau potable. Le ministère de l’Eau et des Mines identifie parmi ses axes d’intervention le développement des capacités de production et de distribution en milieu urbain et périurbain. Cette orientation s’accompagne de projets de renforcement et d’extension des réseaux afin de répondre à une demande qui progresse avec l’urbanisation. Dans le Grand Nokoué, qui regroupe notamment Cotonou, Porto-Novo, Abomey-Calavi et plusieurs communes environnantes, l’un des défis majeurs est celui de l’adéquation entre la production d’eau et l’extension des réseaux. L’enjeu est également de réduire les pertes et d’améliorer les performances des systèmes existants. La stratégie consiste donc à agir sur plusieurs maillons à la fois : augmenter les capacités de production, renforcer les infrastructures de stockage, étendre les conduites, multiplier les branchements et améliorer la gestion des réseaux. Abomey-Calavi occupe, à cet égard, une place particulière. La croissance rapide de cette commune et de ses zones périphériques impose de renforcer les capacités d’approvisionnement. Les différents programmes d’investissement dans le secteur de l’eau prennent ainsi en compte le renforcement des systèmes desservant Abomey-Calavi et ses environs. Des travaux concernent notamment les installations de production et les équipements hydrauliques nécessaires à l’amélioration de l’alimentation. La logique est la même dans plusieurs villes de l’intérieur du pays. Le gouvernement a inscrit dans ses programmes le renforcement des systèmes d’alimentation en eau potable de plusieurs pôles urbains, notamment Savalou, Bantè, Djougou, Boukoumbé, Covè, Zagnanado et leurs environs. Des programmes de renforcement concernent également des ensembles urbains comme Abomey-Bohicon et plusieurs communes voisines. Cette multiplication des projets traduit un changement de dimension. Le Bénin cherche désormais à construire des réseaux capables d’accompagner l’expansion des villes. Mais cette ambition impose également une meilleure anticipation de la croissance urbaine. Dans les quartiers périphériques, l’extension de l’habitat est parfois plus rapide que celle des infrastructures. Le défi consiste donc à éviter que de nouveaux quartiers ne deviennent les zones oubliées des réseaux d’eau. Pour les usagers, l’indicateur le plus parlant reste cependant simple, ouvrir un robinet et obtenir de l’eau. Derrière les kilomètres de conduites, les stations de pompage et les réservoirs, c’est la régularité du service qui déterminera la réussite de ces investissements.
De grands ouvrages Savè, Dassa, Glazoué, Savalou et Bantè
Parmi les projets qui illustrent le changement d’échelle de la politique hydraulique béninoise figure le renforcement de l’alimentation en eau potable de Savè, Dassa-Zoumè, Glazoué et leurs environs. Le projet prévoit une mobilisation des eaux de surface et la construction d’un ensemble d’infrastructures destinées à assurer durablement l’alimentation des populations. Les ouvrages comprennent notamment un barrage à Lifo d’une capacité annoncée de 12 millions de mètres cubes, plusieurs stations de pompage et de traitement, des réservoirs et châteaux d’eau ainsi qu’un important réseau de canalisations. Le projet prévoit également 8 000 branchements particuliers. L’intérêt de ce chantier est double. D’une part, il répond aux besoins en eau potable de plusieurs villes du département des Collines. D’autre part, il illustre une évolution fondamentale de la politique hydraulique : lorsque les eaux souterraines ne suffisent pas ou deviennent difficiles à mobiliser, les eaux de surface peuvent être stockées, traitées puis acheminées vers les populations. Le projet s’inscrit ainsi dans une vision à long terme de la sécurité hydrique. L’investissement ne consiste plus seulement à chercher de l’eau sous terre, mais à organiser toute une chaîne de production et de distribution. Le même raisonnement prévaut dans le projet de renforcement de l’alimentation en eau potable de Savalou et Bantè. Le développement des infrastructures de transfert, de stockage et de distribution doit permettre d’améliorer la disponibilité de l’eau dans ces communes. Ces projets montrent aussi que la question de l’eau est désormais étroitement liée à celle de l’aménagement du territoire. Une ville qui se développe a besoin d’eau pour ses ménages, ses écoles, ses centres de santé, ses commerces et ses activités économiques. Une infrastructure hydraulique performante devient donc un facteur d’attractivité et de développement local. Mais les investissements dans l’eau potable ne constituent qu’une partie de la politique hydraulique nationale. Le Bénin cherche également à mieux maîtriser ses ressources en eau, à développer les capacités de stockage et à utiliser la ressource pour soutenir l’agriculture et les activités économiques. C’est dans cette perspective que s’inscrivent les projets d’infrastructures hydrauliques multifonctions.
De l’eau potable à la sécurité hydrique, l’autre défi
Le développement du secteur de l’eau ne peut être durable sans une bonne connaissance des ressources disponibles. Les changements climatiques, la croissance démographique et l’augmentation des besoins agricoles imposent une gestion plus rationnelle de l’eau. Le Projet de développement des infrastructures hydrauliques multifonctions et de gestion durable des ressources en eau (PDIHM-GDRE) s’inscrit précisément dans cette logique. Le projet vise notamment à améliorer la connaissance des ressources en eau, renforcer les réseaux d’observation et développer des infrastructures de mobilisation et de stockage des eaux de surface. Cette approche ouvre une nouvelle perspective : considérer l’eau comme une ressource à gérer dans son ensemble plutôt que comme une simple marchandise à distribuer. Les infrastructures hydrauliques multifonctions peuvent ainsi servir plusieurs objectifs : alimentation en eau, agriculture, élevage, activités économiques et adaptation aux effets du changement climatique. Le ministère de l’Eau et des Mines présente d’ailleurs plusieurs programmes consacrés à cette gestion intégrée, notamment le Pidacc-Bn, le Pdihm-Gdre, le programme OmiDelta, le Programme Eau et Assainissement et le Pdissa. Le bassin du Niger constitue également un espace stratégique. À travers la composante béninoise du Pidacc-Bn, le pays participe à une dynamique régionale visant à renforcer la résilience des populations et des écosystèmes face aux effets du changement climatique. La question de l’eau dépasse donc désormais les frontières administratives et doit être pensée à l’échelle des bassins hydrographiques. Cette vision est d’autant plus importante que les besoins du pays ne cessent d’augmenter. L’eau potable est indispensable aux ménages, mais elle l’est également pour les écoles, les centres de santé, les industries, les exploitations agricoles et l’élevage. Le défi des prochaines années sera donc de maintenir l’effort d’investissement tout en améliorant la qualité de l’exploitation des infrastructures. Le taux de desserte de 84,3 % en milieu rural à fin 2025 constitue une avancée significative, mais il signifie aussi qu’une partie de la population reste encore à desservir. La réussite de l’objectif d’accès universel dépendra ainsi de plusieurs facteurs : la poursuite des investissements, la maintenance des ouvrages, la réduction des pannes, l’extension des réseaux, la disponibilité de la ressource, la qualité de l’eau et la capacité à maintenir un service abordable. Le Bénin est donc engagé dans une transformation profonde de son secteur de l’eau. Les projets en cours dessinent progressivement un modèle fondé sur de grands systèmes interconnectés, des infrastructures de stockage et de traitement, des réseaux plus étendus et une gestion davantage professionnalisée. Pour les populations, la véritable mesure de cette transformation restera toutefois très concrète. Elle se résumera à la disponibilité de l’eau au quotidien, dans les maisons comme dans les écoles, les centres de santé et les lieux de production. Les milliards investis, les barrages construits, les kilomètres de conduites posés et les systèmes d’eau réceptionnés ne prendront tout leur sens que lorsque chaque ouvrage sera durablement opérationnel et que chaque famille pourra compter sur un service régulier. L’eau est donc devenue au Bénin bien plus qu’un chantier d’infrastructures. Elle constitue désormais un enjeu de développement, de santé publique, d’agriculture, d’urbanisation et de résilience climatique. La prochaine étape sera de transformer les progrès enregistrés en un accès réellement universel et durable.
Sergino Lokossou

















