De la production à la commercialisation, en passant par le désenclavement des bassins agricoles, le stockage, la transformation et les incitations financières, le secteur agricole béninois connaît une succession de mesures destinées à renforcer sa compétitivité. Pour la campagne 2026-2027, le gouvernement entend notamment mieux rémunérer les producteurs de certaines filières stratégiques. Une orientation qui s’accompagne d’investissements dans les infrastructures rurales et d’un accent accru sur la mécanisation, la maîtrise de l’eau et la transformation locale.
L’agriculture demeure l’un des principaux leviers de l’économie béninoise. Elle fait vivre une importante partie de la population rurale, fournit des matières premières à l’industrie et contribue à l’approvisionnement des marchés nationaux et régionaux. Mais derrière les performances enregistrées dans certaines filières se trouvent encore des difficultés structurelles : accès aux intrants, mécanisation insuffisante, aléas climatiques, difficultés d’écoulement, pertes post-récolte et faible valorisation de certaines productions. Dans ce contexte, l’action publique s’oriente progressivement vers une approche plus intégrée. Il ne s’agit plus seulement d’accroître les superficies cultivées ou les volumes produits. L’enjeu consiste également à permettre au producteur d’accéder à son champ, de disposer des moyens nécessaires pour produire, de conserver sa récolte, de la vendre dans de bonnes conditions et, surtout, de bénéficier davantage de la valeur créée par sa production.
C’est dans cette logique que s’inscrit le Programme régional d’intégration des marchés agricoles (Prima-Bénin). Selon une publication de LaMarina bj, datée du 18 septembre 2026, le programme prévoit la réhabilitation et l’aménagement de 118,677 kilomètres de pistes rurales, pour une enveloppe prévisionnelle de 4,7 milliards de francs Cfa, avec le concours du Fonds international de développement agricole (Fida). Les travaux doivent concerner plusieurs départements, notamment le Couffo, le Zou, les Collines, la Donga et l’Alibori. Ils ciblent des axes situés sur des corridors agricoles et commerciaux en direction du Togo, du Nigeria et du Niger. La mise en œuvre de cette composante est annoncée sous le pilotage de la Société des infrastructures routières et de l’aménagement du territoire (Sirat Sa). Pour le producteur, l’enjeu est concret. Une piste rurale dégradée peut ralentir l’évacuation des récoltes, renchérir le coût du transport et compliquer l’accès aux marchés. À l’inverse, une meilleure desserte peut faciliter la collecte et réduire certaines contraintes logistiques. Le Prima intervient également sur la question du stockage. LaMarina bj a rapporté, le 7 septembre 2026, un investissement estimé à 3,3 milliards de francs Cfa destiné à la réalisation de quatre centres de collecte sur les corridors de Dogbo et de Djougou. Ces infrastructures doivent notamment contribuer à réduire les pertes post-récolte et à renforcer les échanges agricoles entre le Bénin et le Togo. Cette orientation est importante dans un secteur où produire davantage ne suffit pas si une partie de la récolte se détériore avant sa commercialisation. La politique agricole tend ainsi à agir sur l’ensemble de la chaîne de valeur : production, collecte, stockage, transport et marché.
Des primes et des subventions pour davantage valoriser l’effort des producteurs
L’une des décisions les plus significatives prises en 2026 concerne directement la rémunération des producteurs. En Conseil des ministres du 3 juin 2026, le gouvernement a décidé d’instituer, à compter de la campagne 2026-2027, des subventions spécifiques au profit des producteurs de riz, de coton, de soja et d’anacarde. Pour le coton, une prime exceptionnelle de 10 Fcfa par kilogramme est prévue lorsque la production nationale dépassera le seuil de 700 000 tonnes. Pour le cajou, le soja et le riz, la prime de 10 Fcfa par kilogramme doit être accordée pour les volumes livrés aux unités locales lorsque les capacités de transformation installées sont atteintes. Pour la campagne 2026-2027, ces capacités sont fixées à 200 000 tonnes pour l’anacarde, 450 000 tonnes pour le soja et 350 000 tonnes pour le riz. Le mécanisme poursuit donc un double objectif, encourager la production et favoriser la transformation locale. Le gouvernement cherche à éviter que l’accroissement des volumes agricoles profite uniquement aux circuits d’exportation de produits bruts. En stimulant l’approvisionnement des unités industrielles installées au Bénin, l’ambition est également de développer davantage de valeur ajoutée sur le territoire. Cette mesure intervient dans un contexte où la filière cotonnière doit notamment relever le défi de la production. Selon les données rapportées par LaMarina bj, la campagne 2025-2026 s’est achevée sur une production de 533 590 tonnes, en baisse de 16,3 % par rapport à l’exercice précédent. Pour 2026-2027, l’objectif gouvernemental est fixé à 700 000 tonnes. Au-delà des primes, le gouvernement maintient également les subventions sur les engrais et les semences certifiées. Lors de sa tournée de suivi de la campagne agricole, effectuée du 9 au 12 septembre 2026 dans plusieurs bassins de production, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Adin Yéton Bloukounon Goubalan, a échangé avec les producteurs sur leurs difficultés. Les préoccupations évoquées concernent notamment la mécanisation, les pluies, la qualité des semences, la fertilité des sols et l’écoulement des productions. Cette proximité avec les producteurs traduit une volonté de mieux adapter les politiques publiques aux réalités du terrain. Elle révèle aussi les limites auxquelles le secteur reste confronté.
Les défis d’une agriculture plus productive
L’amélioration de la productivité constitue désormais un autre chantier majeur. Dans les différents bassins visités en septembre, les autorités ont mis en avant la nécessité de renforcer la mécanisation, de restaurer la fertilité des sols et de mieux maîtriser l’eau. Le gouvernement annonce notamment un programme d’un million de citernes dans les zones cotonnières afin d’améliorer la disponibilité de l’eau et de réduire les effets des poches de sécheresse. La mise à l’échelle des biofertilisants ionisants est également présentée comme une piste pour améliorer l’assimilation racinaire et les rendements. L’autre évolution concerne la modernisation des méthodes d’accompagnement des exploitants. Le gouvernement évoque une digitalisation du conseil agricole, notamment avec l’intelligence artificielle, ainsi qu’une mécanisation de nouvelle génération. L’objectif est de rendre les exploitations plus productives et de réduire progressivement certaines contraintes liées à la pénibilité du travail agricole. La question de l’écoulement des productions reste toutefois centrale. Un producteur peut augmenter son rendement sans nécessairement améliorer son revenu si les prix sont faibles, si les coûts de transport sont élevés ou si la récolte doit être vendue rapidement faute de moyens de stockage. C’est pourquoi le mécanisme annoncé de rachat des excédents de récolte avec la Sodapa mérite une attention particulière. Associé au développement des centres de collecte, il peut contribuer à mieux organiser la commercialisation et à réduire la pression qui pousse certains producteurs à vendre dans l’urgence. À terme, l’enjeu est donc de construire une agriculture davantage orientée vers la création de valeur. Le Bénin ne cherche plus uniquement à produire du coton, du soja, du riz ou de l’anacarde ; il veut aussi développer les capacités de transformation, consolider les débouchés et améliorer la rémunération des différents acteurs de la chaîne. Les décisions prises en 2026 dessinent ainsi plusieurs axes à savoir subventionner les intrants, récompenser l’effort productif, améliorer les pistes rurales, réduire les pertes post-récolte, renforcer la mécanisation, maîtriser l’eau et soutenir la transformation locale.
Le véritable test sera désormais celui de l’impact sur le terrain. Pour le producteur, la réussite d’une politique agricole se mesure moins au nombre de programmes annoncés qu’à la capacité de produire dans de meilleures conditions, de vendre à un prix rémunérateur et de sécuriser durablement son revenu. Le chantier est donc vaste. Entre les ambitions de souveraineté alimentaire, de développement de l’agro-industrie et d’amélioration des revenus ruraux, l’agriculture béninoise se trouve au cœur d’un processus de transformation. La réussite de cette mutation dépendra autant de la mobilisation de l’État et de ses partenaires que de la capacité à répondre aux préoccupations quotidiennes des producteurs.
Sergino Lokossou

















