(Nécessité de dépasser les logiques d’isolement pour une solidarité régionale active)
Les attaques terroristes coordonnées du 25 avril 2026 au Mali, d’une violence inédite depuis 2012, ont mis en lumière les fragilités sécuritaires persistantes au Sahel. Au-delà du drame humain et politique, ces événements interrogent l’efficacité de l’Alliance des États du Sahel et relancent avec force le débat sur la nécessité d’une coopération sous-régionale élargie et d’une véritable mutualisation des forces pour faire face à la menace djihadiste.
Certaines régions du Mali ont été le théâtre d’une série d’attaques terroristes coordonnées menées par les rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad, le samedi 25 avril 2026. Ces assauts, unanimement condamnés, ravivent avec acuité la question, jamais tranchée, de la mutualisation des forces au niveau sous-régional pour vaincre durablement la menace terroriste. Les populations de Kati, Mopti, Kidal et d’autres localités ont vécu un week-end d’une rare noirceur. De l’avis de nombreux observateurs, il s’agit de la crise sécuritaire la plus grave qu’ait connue le pays depuis 2012. Ces attaques coordonnées, revendiquées par les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), ont coûté la vie au ministre d’État en charge de la défense et des anciens combattants, Sadio Camara, ainsi qu’à son épouse et à deux de ses enfants. Les assaillants affirment avoir pris le contrôle de la ville-clé de Kidal à l’issue d’une opération qu’ils présentent comme victorieuse contre l’armée malienne et les mercenaires du corps russe. Selon diverses sources, l’armée régulière et les forces russes de l’Africa Corps se seraient retranchées dans leurs camps à Gao et à Kidal. Cette offensive coordonnée et inédite, visant directement la junte au pouvoir à Bamako, remet au centre des préoccupations la question de la sécurité dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Depuis plus d’une décennie, la région est en proie à des attaques récurrentes de groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique. Le Sahel s’est progressivement imposé comme une zone de prédilection pour ces mouvements armés, qui exploitent les fragilités institutionnelles, l’immensité des territoires et les insuffisances de coopération sécuritaire.
Le Sahel, révélateur des limites de l’Aes
En dépit de la création de l’Alliance des États du Sahel (Aes) par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, censée renforcer la lutte contre le terrorisme et favoriser une synergie stratégique, les faits récents témoignent des limites de cette architecture. L’ampleur des pertes humaines et matérielles, ainsi que la capacité des groupes armés à frapper simultanément plusieurs cibles, laissent transparaître une absence de coordination opérationnelle véritablement efficace. Plus préoccupant encore, lors de ces attaques, aucun des deux États alliés au Mali en l’occurrence le Niger et le Burkina Faso, n’a pu se porter promptement au secours de leur partenaire en difficulté. Cette situation a suscité une vive réaction au sein même de l’appareil sécuritaire malien. «Si nous étions encore dans la coopération bilatérale avec les pays voisins, je reste convaincu que si nous demandons de l’aide au Nigeria, à la Côte d’Ivoire, au Bénin, au Togo… ils seraient venus nous aider… », a déclaré un haut gradé malien, visiblement exaspéré. Même l’appui des forces russes de l’Africa Corps, présentées comme un renfort stratégique décisif, n’a pu empêcher cette débâcle. L’annonce, aux dernières nouvelles, de l’intention de l’Africa Corps de mettre un terme à sa coopération avec le Mali constituerait un nouveau revers, au moment même où le bilan de cette collaboration apparaît pour le moins mitigé. Ces événements mettent en lumière la fragilité structurelle de l’Aes. L’absence d’une stratégie intégrée à l’échelle sous-régionale, incluant l’ensemble des États concernés par la menace, semble offrir aux groupes terroristes un espace d’action élargi. Le risque d’extension de l’insécurité vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest demeure, de ce fait, particulièrement élevé.
Privilégier la coopération sous-régionale
Face à cette réalité, la lucidité s’impose. Les États membres de l’Aes : le Mali, le Burkina Faso et le Niger, gagneraient à privilégier une coopération sous-régionale élargie, dépassant les clivages politiques et les repositionnements diplomatiques récents. La mutualisation des moyens humains, logistiques et de renseignement constitue aujourd’hui une nécessité stratégique impérieuse. À cet égard, le président béninois Patrice Talon n’a cessé de plaider en faveur d’une approche concertée. Selon lui, la lutte contre le « phénomène djihadiste dans le contexte ouest-africain appelle une action concertée et intelligente des États ». Le Bénin s’est ainsi voulu porteur d’une « stratégie offensive plutôt que défensive pour aller frapper l’ennemi jusque dans ses repères y compris en territoire étranger », a-t-il rappelé dans son message sur l’état de la nation en 2022. Les tragiques événements survenus au Mali confèrent à cet appel une résonance particulière. Plus que jamais, l’heure semble venue pour les pays du Sahel de dépasser les logiques d’isolement et d’opter résolument pour une solidarité régionale active, seule à même d’enrayer durablement la progression du terrorisme.
Gabin Goubiyi
















