Longtemps perçue comme une richesse inestimable, la descendance nombreuse est aujourd’hui au cœur d’un débat brûlant. Entre traditions culturelles, bénédiction divine et réalités économiques, les familles béninoises s’interrogent : avoir beaucoup d’enfants, est-ce encore une prospérité ou un lourd fardeau dans un contexte marqué par la cherté de la vie ?
« L’enfant est la richesse », répétaient nos grands-parents. Dans les campagnes, une descendance nombreuse constituait une main-d’œuvre précieuse pour les travaux champêtres. Mais aujourd’hui, dans un monde où la vie est devenue « très chère », cette perception se fissure. Sur les trottoirs de Bohicon les avis sont partagés. Pour certains, la valeur d’un enfant ne se mesure pas à la quantité mais à la qualité de l’éducation reçue. « Tu peux avoir un seul enfant, mais si tu l’éduques bien, il devient une richesse pour toi », confie un citoyen. D’autres estiment qu’avec un minimum de moyens, dix enfants peuvent encore représenter une force, à condition de placer l’éducation au premier plan. Le sage Félix Kponnon rappelle que « ce qui était vérité hier n’est pas forcément vérité aujourd’hui ». Autrefois, la vie coûtait moins cher et les familles nombreuses étaient la norme. Aujourd’hui, les charges scolaires, sanitaires et alimentaires pèsent lourd. « Les parents n’arrivent pas à envoyer tous leurs enfants à l’école, ni à leur fournir tenues et fournitures », déplore-t-il, appelant à une évolution des mentalités. Pour Mahamadou Sanoussi, psychologue et Directeur exécutif de l’Ong Ifè Aladjobi, il n’est pas question de nier la dimension divine de la naissance. « L’enfant reste une véritable richesse, mémoire du passé, force du présent et projet d’avenir », insiste-t-il. Mais il reconnaît les défis : grossesses rapprochées qui fragilisent la santé des mères, enfants mal nourris, charges scolaires écrasantes. « Le plus grand défi, c’est de transformer ce grand nombre en force, par l’éducation et l’encadrement », souligne-t-il. La planification familiale apparaît comme une piste incontournable. Certains parents redoutent les méthodes conventionnelles, mais des pratiques naturelles, à base de plantes ou de fruits, permettent d’espacer les naissances. Pour Mahamadou Sanoussi, le dialogue entre les deux parents est essentiel. « Décider ensemble, trouver des terrains d’entente, associer les aînés et les conseillers familiaux.», propose-t-il. Au-delà des croyances et des traditions, une vérité s’impose : l’enfant demeure une source de joie et une richesse pour la famille. Mais mettre au monde uniquement ceux que l’on est capable d’élever, d’encadrer et de protéger, c’est offrir un avenir meilleur aux enfants et un équilibre durable aux familles.
Z.T. (Br Zou-Collines)
Le Matinal du 28 septembre 2023

















