Née en 1948, l’icône de la culture béninoise Coffi Guillaume Adjaho a cassé sa pipe le 14 juin 2006. 18 ans après son décès, des proches, amis et artistes qui ont connu l’illustre disparu se sont confiés sur son parcours.
Agnès Migan, épouse de Coffi G. Adjaho : « Durant son parcours, lui et moi formions un. »

En tant que comédienne et voulant intégrer une troupe, on s’est rencontré lors des castings pour intégrer la troupe « Les cerveaux noirs ». Dès ce moment, nous ne nous sommes plus quittés. Nous avions fait le chemin ensemble jusqu’au mariage. Il avait en ce moment deux amis inséparables avec qui il a étudié en Europe; Lazare Houetin et Atchode Kodjo. De pareilles amitiés, je n’en vois plus beaucoup au sein des jeunes aujourd’hui. Durant son parcours, lui et moi formions un. Car mon devoir était de le soutenir, quoique ça coûte. J’avais conscience que s’il échoue, c’est moi qui échoue, donc je ne voulais pas qu’il échoue. On dit souvent que derrière un grand homme, se trouve toujours une grande dame. C’est ainsi qu’il se référait toujours à moi quand il devait prendre ses décisions importantes. Je l’accompagnais pour toutes ses sorties et nous avions toujours joué ensemble dans les troupes théâtrales. Ce qui nous rendait complémentaires, et a renforcé nos liens, même quand j’ai laissé les planches pour devenir cadre de banque. Être mariée à un artiste n’est pas une chose aisée, mais le fait que je sois aussi une actrice comédienne m’a beaucoup aidée dans cette mission. Je le comprenais très bien et j’essayais toujours du mieux que je pouvais à mettre les conditions en place pour avoir un climat de joie et de cohésion entre nous. Sur le plan professionnel, si je dois revenir sur ses qualités, c’est un homme qui a la passion pour la culture en général. Il était un excellent collaborateur; c’est d’ailleurs ce qui justifie sa nomination sous treize différents ministres de la culture en qualité de conseiller. Il est très généreux, gentil, calme et humble. De la même façon qu’il reste avec un ministre, c’est de la même manière qu’il le fait avec un planton.
Nel Oliver, artiste-compositeur : « Il était pour moi un ami et un homme de grande vision … »

« Guillaume Coffi Adjaho était pour moi non seulement un ami, mais aussi un homme qui avait une très grande vision pour la culture de notre pays. Mes souvenirs remontent aux premières années de mon installation ici au Bénin, nous avions collaboré sur un projet musical initié par l’Unicef pour les enfants de la rue. J’ai vu en l’homme quelqu’un d’extrêmement sympathique et surtout appliqué dans ce qu’il fait. Et très vite, nos relations se sont approfondies. Je retiens aussi sa disposition naturelle à se rendre disponible et à défendre les artistes. Il a été à l’origine de nombreuses victoires culturelles et était prêt à se battre jusqu’au bout pour qu’on reconnaisse le mérite d’un artiste. J’en veux pour preuve ma distinction en tant que Chevalier de l’ordre national du Bénin. Car une chose est d’avoir le mérite, mais autre chose est de trouver les bonnes personnes pour le reconnaître et le défendre. Guillaume Coffi Adjaho était de cette étoffe-là « .
Alassane Soumanou, ancien ministre : « Il mérite qu’on organise même une journée de réflexion sur ses œuvres »

«Pour moi, Guillaume Coffi Adjaho n’est pas seulement l’artiste que j’apprécie ou le Directeur du Hall des Arts dont j’ai été le collaborateur. C’était aussi un grand ami, dont le côté patriote m’a marqué. Il aimait que le Bénin soit en tout temps valorisé par son patrimoine culturel. Et je ne suis pas surpris de l’efficacité du travail qu’il a abattu en tant que Directeur du Hall des Arts. L’animation époustouflante à cette époque, c’était Guillaume. Avec lui, on a connu les grands musiciens Franco, Tabu Ley, Mbilia Bell, Africando… Agnès, son épouse, l’a toujours soutenu. A toutes les animations, cette brave femme était présente. Et je ne suis pas étonné que les enfants lui aient emboîté le pas. Guillaume mérite qu’on organise même une journée de réflexion sur ses œuvres et sa contribution au patrimoine national. Je pense que le Ministère de la culture et le Bénin entier lui doivent beaucoup de choses. »
Madou la Daronne, artiste : « Il savait distiller la bonne humeur et détendre l’atmosphère »

« Humainement, Coffi Guillaume Adjaho était une personne que vous prenez plaisir à côtoyer. Il savait distiller la bonne humeur et détendre l’atmosphère. C’est surtout pour moi un artiste visionnaire. Parce qu’il a très tôt été précurseur de beaucoup d’initiatives culturelles au Bénin. Le plus grand souvenir que j’ai de cela, c’était sa façon originale de faire ses concerts à l’époque. Étant à la fois chanteur et homme de théâtre, il produisait déjà à cette époque-là des comédies musicales sur scène avec un orchestre, des danseurs, des décors de scène et des comédiens. Ça peut paraître banal aujourd’hui, mais dans les années 90, je n’en connaissais pas au Bénin qui faisait cela avec autant de professionnalisme et d’émotions. »
Tola Koukoui, cinéaste, réalisateur et artiste : « Les graines qu’il a semées sont tout à fait positives »

« Ce que je retiens de lui c’est qu’il était très calme. Et il m’a toujours rappelé son papa parce que je n’ai jamais entendu le père de Guillaume parler fort, crier par exemple comme moi quand je suis en colère je le manifeste. Guillaume, quand il était en colère, il prenait le temps de l’exprimer mais il le faisait avec pondération, avec tout son calme et son côté réfléchi. Car il avait toujours le souci de ne pas heurter. Par ailleurs, j’ai le sentiment qu’il n’a pas atteint ses objectifs par rapport au rêve qu’il avait de développer le théâtre au Bénin. Mais les graines qu’il a semées sont tout à fait positives. Et j’en veux pour preuve ses enfants qui ont pris le relais en démontrant que ce qu’il n’a pas pu faire dans l’administration béninoise, il l’a fait rejaillir en les orientant dans le domaine culturel. Je crois qu’il a vu très tôt qu’ils feraient les choses autrement. »
Ignace Don Metok, artiste : « Coffi Guillaume Adjaho est un grand homme de la culture béninoise »

« Coffi Guillaume Adjaho est un grand homme de la culture béninoise. C’est un monsieur qui nous inspirait beaucoup quand on était petits parce qu’on connaissait certaines de ses chansons qui, pendant la révolution étaient chantées quand on allait au drapeau. A l’époque, nos parents à nous n’aimaient pas qu’on fasse la musique, parce qu’ils estimaient que ce corps de métier n’était pas un métier d’avenir. Mais voilà quelqu’un qui a formé toute sa progéniture à la musique et nous a surtout inspirés. Si aujourd’hui je fais une musique identitaire, c’est à grâce à des artistes comme lui qui ont été précurseurs, et nous ont montré le chemin. »
Sèssimè, artiste : « Il incarnait le respect et en même temps un père de famille exemplaire »

« Moi, je l’ai découvert d’abord en tant que père de famille. Nous avons été voisins. J’étais dans le temps très jeune, encore au lycée quand j’ai découvert l’homme très effacé, avec une rigueur indescriptible. Il incarnait le respect et en même temps un père de famille exemplaire. C’est grâce à ce nom, et à d’autres noms aussi que nous avons pu croire qu’avec la musique, on peut aller de l’avant parce qu’il est très sérieux dans son art, très discipliné et son travail nous a donné le goût à la chose musicale aujourd’hui».
Propos recueillis par Mohamed Yasser Amoussa (Coll)




















