La commercialisation de l’orange constitue une importante activité génératrice de revenus pour de nombreuses femmes dans le département du Couffo. Ce commerce mobilise plusieurs acteurs, depuis les producteurs dans les zones rurales jusqu’aux revendeuses qui acheminent les fruits vers les grands centres de consommation. Mais derrière cette activité se cachent de nombreuses difficultés, notamment les fluctuations saisonnières des prix, le coût élevé du transport et les risques liés à la vente à crédit.
Une enquête de terrain réalisée le lundi 10 août 2026 nous a permis de recueillir des informations auprès de plusieurs actrices de cette filière, afin de mieux comprendre les réalités de ce commerce, les difficultés rencontrées et les stratégies développées par les commerçantes pour maintenir leur activité.
Selon Julienne Tohimi, revendeuse d’oranges depuis près de sept ans, l’approvisionnement se fait principalement directement auprès des producteurs dans plusieurs zones de production.
« Nous allons acheter dans les champs chez les agriculteurs, notamment dans les zones de Tori Cada, chez les Adja dans les brousses, à Agounan et à Zakpota. Ensuite, nous revenons avec les oranges pour les revendre à Cotonou, Zè, Plaque et Glo », explique-t-elle.
Ce circuit permet ainsi de relier les zones de production aux grands marchés de consommation. Mais les prix ne sont pas fixes. Ils connaissent d’importantes variations en fonction des saisons, de la disponibilité du produit et surtout de la demande. Actuellement, selon les commerçantes rencontrées, un chargement d’un tricycle bien rempli peut coûter 30 000 francs Cfa, tandis qu’une bâchée peut atteindre 120 000 francs Cfa. Une bâchée peut contenir l’équivalent d’environ quatre tricycles bien chargés. Au-delà du prix d’achat des oranges, le transport représente l’une des principales charges qui pèsent sur les commerçantes.
« Le transport est cher pour nous les revendeuses », déplore Julienne Tohimi.
La situation devient encore plus difficile lorsque la demande augmente fortement. D’après les témoignages recueillis, l’arrivée de commerçants venus de pays voisins, notamment du Ghana et du Togo, peut contribuer à une hausse importante de la demande et, par conséquent, du prix des oranges dans certaines périodes.
Dans ces moments, le prix d’un chargement de tricycle peut grimper jusqu’à 70 000, voire 80 000 francs Cfa, selon la disponibilité du produit et la pression exercée par la demande.
La clientèle ne provient d’ailleurs pas uniquement des pays voisins. D’autres commerçantes viennent de Bohicon, Dassa et Parakou également pour s’approvisionner à Klouékanmé. Une situation qui témoigne de l’importance de cette zone dans le commerce de l’orange.
Une activité rentable, mais exposée aux pertes
Si la commercialisation de l’orange offre des opportunités économiques, elle comporte également des risques, particulièrement pour les nouvelles venues dans le secteur.
C’est le cas de Alice Assoukagan, qui vient de démarrer cette activité il y a seulement un mois. Son entrée dans le commerce n’a pas été sans difficultés.
« Ce n’est pas facile. J’ai perdu de l’argent lors de mes deux premières opérations parce que j’ai vendu à crédit à des bonnes dames du marché Dantokpa qui ne m’ont pas restitué tout mon argent », témoigne-t-elle.
Une expérience qui lui a permis de comprendre que la confiance ne suffit pas toujours dans les affaires et qu’une mauvaise gestion du crédit peut rapidement entraîner des pertes importantes.
Face à cette situation, Julienne Tohimi, forte de ses sept années d’expérience dans le commerce de l’orange, a prodigué des conseils à sa jeune consœur.
Pour elle, les nouvelles commerçantes doivent faire preuve de prudence dans les transactions à crédit, bien connaître leurs clients et éviter d’engager une importante partie de leur capital sans garanties suffisantes.
L’expérience, estime-t-elle, permet progressivement de mieux maîtriser les périodes favorables, les zones d’approvisionnement, les fluctuations des prix et surtout les risques liés à la commercialisation.
Plaidoyer pour la baisse du coût du transport.
Au-delà des difficultés liées à l’achat et à la vente, les commerçantes souhaitent également une amélioration des conditions de transport. Julienne Tohimi lance ainsi un appel aux pouvoirs publics pour que des mesures soient prises afin de réduire le coût du transport, notamment à travers un meilleur prix de l’essence.
Elle explique que lorsqu’une commerçante doit faire transporter deux tricycles bien remplis par un taxi, elle peut débourser jusqu’à 23 000 francs CFA uniquement pour le transport. Une dépense qui réduit considérablement la marge bénéficiaire.
« Nous demandons au gouvernement de revoir le prix de l’essence pour les transporteurs. Les frais de transport sont devenus très difficiles à supporter pour nous », plaide-t-elle.
Un commerce à soutenir et à mieux organiser
À travers les témoignages de ces deux commerçantes, le commerce de l’orange apparaît comme une activité à la fois porteuse d’opportunités et confrontée à de nombreux défis. Elle fait vivre des producteurs, des grossistes, des transporteurs et surtout de nombreuses femmes qui en tirent leurs revenus quotidiens.
Mais pour permettre à cette filière de mieux se développer, les acteurs souhaitent davantage d’accompagnement, une amélioration des conditions de transport, une meilleure organisation de la commercialisation et des mécanismes permettant de réduire les risques liés aux transactions à crédit.
De la plantation au marché, l’orange fait ainsi vivre toute une chaîne économique. Derrière chaque cageot vendu se trouvent le travail du producteur, les efforts de la commerçante, les dépenses du transporteur et, surtout, l’espoir de nombreuses familles de tirer leur subsistance de cette activité.
Jean-Eudes Chicha (Br Mono-Couffo)
















