Le Bénin s’impose aujourd’hui comme un modèle en matière de cybersécurité en Afrique de l’Ouest. À la tête du Centre national d’investigations numériques (Cnin), Ouanilo Médégan Fagla pilote une stratégie nationale ambitieuse et inclusive, qui place le pays en première ligne dans la lutte contre la cybercriminalité. En marge du Cyber Africa Forum 2025, il a accordé une interview au site d’informations économiques, Cadreco dans laquelle il a partagé les fondements de cette réussite, les efforts de coopération internationale et les perspectives face aux menaces émergentes.
Le succès du Bénin repose d’abord sur une vision claire : miser sur les ressources humaines locales. « Ce qui fait notre force, c’est notre capacité à monter en compétences, à faire les choses nous-mêmes et à faire confiance à notre matière grise », a expliqué Ouanilo Médégan Fagla. En développant des solutions « maison » et en valorisant une jeunesse passionnée par le numérique, le Cnin a su créer un cadre propice à l’innovation et à l’efficacité. La mise en œuvre de la stratégie nationale de sécurité numérique a été un tournant décisif. Elle a permis de convaincre les décideurs politiques, de sécuriser les financements nécessaires et de structurer les efforts autour de ressources humaines qualifiées et de moyens techniques solides.
Une coopération régionale et internationale dynamique
Le Bénin partage activement son expérience avec ses voisins africains. À travers des plateformes comme le Cyber Africa Forum et l’AfricaCERT, ou encore par le biais de visites bilatérales, le Cnin transmet non seulement ses bonnes pratiques, mais aussi ses erreurs passées pour éviter qu’elles ne se reproduisent ailleurs. Une démarche humble et pragmatique qui contribue au renforcement collectif de la cybersécurité dans la région. Selon Ouanilo Médégan Fagla, sur le plan international, le Cnin est un acteur reconnu. Il est le point de contact du Bénin auprès d’Interpol et assure une présence 24/7 dans le réseau du Conseil de l’Europe pour la mise en œuvre de la Convention de Budapest sur la cybercriminalité. Cette dimension internationale permet au Bénin de collaborer efficacement sur des enquêtes transfrontalières et de bénéficier de l’appui des grandes institutions.
Former, sensibiliser, responsabiliser
La cybersécurité ne s’arrête pas à la répression. Le Cnin et l’Agence des systèmes d’informations et du numérique (Asin) déploient chaque année des campagnes de sensibilisation, notamment à travers le programme Paré (Protéger, Alerter, Responsabiliser, Éduquer). Ce projet vise à informer le grand public sur les menaces numériques, la protection de l’enfance en ligne et les risques de cyberescroquerie. Côté formation, de nombreuses initiatives sont en cours. Un programme ambitieux est actuellement dédié à 100 jeunes filles issues de tous les départements du pays. À l’issue de leur formation, les 40 meilleures bénéficieront d’une bourse pour intégrer une formation spécialisée en cybersécurité, co-développée avec l’école des métiers du numérique.
L’anticipation, clé face aux menaces de demain
Dans un contexte mondial marqué par l’émergence de l’Intelligence artificielle (Ia), le Cnin ne se contente pas de réagir : il anticipe. « Nous combattons le feu par le feu », a confié Ouanilo Médégan Fagla. L’Ia est aujourd’hui intégrée dans plusieurs outils utilisés par le Centre, tant pour l’analyse que pour le développement de solutions locales. La montée en compétences des experts reste une priorité, afin d’être prêts à affronter les menaces futures.
Léonce Adjévi

















