Victime d’une violente campagne de cyberharcèlement en 2017, Majoie Houndji a choisi de ne plus en subir. Journaliste, entrepreneure, influenceuse et militante contre les violences numériques, elle a progressivement transformé cette expérience douloureuse en combat, puis en expertise dans les domaines de l’identité, de la réputation et de la gestion de crise.
Il y a des épreuves qui brisent. Et d’autres qui finissent par forger un destin. Pour Majoie Houndji, l’année 2017 marque un véritable tournant. Alors jeune femme, elle se retrouve exposée sur les réseaux sociaux et devient la cible de moqueries et d’attaques répétées visant notamment son apparence physique. En quelques jours, son nom circule massivement sur Internet. Plus de 60 000 personnes suivent alors son actualité sur les réseaux sociaux, selon les éléments de sa biographie.
Derrière cette soudaine notoriété se cache pourtant une expérience douloureuse. Majoie découvre, de manière brutale, la face sombre des réseaux sociaux. Celle où l’anonymat, la viralité et la facilité de commenter peuvent transformer une personne en cible. Mais plutôt que de laisser cette expérience définir son parcours, elle décide d’en faire le point de départ d’un combat. Elle commence alors à prendre la parole sur le cyberharcèlement, à sensibiliser son entourage et sa communauté et à donner de la visibilité à une problématique encore peu connue au Bénin. Son témoignage trouve progressivement un écho auprès d’organisations, d’universités, d’écoles, de médias et de différentes plateformes de sensibilisation. Amnesty international, Oxfam Ghana et l’Université d’Abomey-Calavi figurent notamment parmi les structures avec lesquelles elle collabore. Son parcours attire également l’attention de médias internationaux tels que la Bbc et Deutsche Welle.
De l’épreuve à l’engagement
Cette expérience va surtout modifier son regard sur l’identité et l’image publique. Ayant elle-même été réduite à une image fabriquée par le regard des autres, Majoie Houndji comprend que la réputation peut se construire sur la durée, mais également être fragilisée en quelques heures. Formée au journalisme, elle développe progressivement des compétences dans la production de contenus, le marketing digital, la communication institutionnelle et l’influence. Son parcours l’amène à multiplier les prises de parole. En 2021, elle intervient comme conférencière TEDx à TEDxCadjèhounWomen. L’année suivante, elle intègre la 15e promotion de la Young african leaders initiative (Yali), renforçant ainsi son intérêt pour le leadership et l’engagement des jeunes. Mais Majoie Houndji ne se limite pas aux prises de parole. Elle investit également le terrain entrepreneurial. En 2021, elle crée Majoie Communication, une structure qui évolue aujourd’hui vers un cabinet spécialisé dans la stratégie d’autorité, l’influence, la réputation et la gestion de crise.
Son expérience personnelle nourrit directement cette orientation. Celle qui a connu la violence d’une réputation imposée par les autres accompagne désormais des personnalités, dirigeants, entrepreneurs, institutions et organisations dans la construction et la protection de leur image. Dans cet univers, un surnom lui est parfois attribué : « l’Olivia Pope du Bénin », en référence au personnage de la série Scandal, réputé pour son expertise dans la gestion de crise et de réputation. Au-delà de la formule, ce surnom illustre le positionnement qu’elle revendique : aider ses clients à mieux maîtriser leur identité, leur visibilité et leur récit public.
« Célébrons-nous vivant »
La lutte contre le cyberharcèlement demeure toutefois au cœur de son engagement. En 2023, elle crée Lccam – Lutte contre le cyberharcèlement en Afrique MIGBƆ, dont elle assure la présidence. L’initiative entend contribuer à la prévention et à la lutte contre les violences numériques.
Dans la même logique, elle lance les Prix de la Considération – Majoie Houndji. Avec le slogan « Célébrons-nous vivant », l’initiative porte un message simple : reconnaître les mérites d’une personne de son vivant plutôt que d’attendre sa disparition ou une circonstance particulière pour lui rendre hommage. Le premier trophée est décerné à BB Sans Os, artiste, poète et performeur. Le deuxième revient à Badro Escobar, proche du défunt artiste ivoirien Dj Arafat. À travers cette initiative, Majoie entend promouvoir une culture de la reconnaissance et de la considération. Son parcours est également jalonné de distinctions. Nominée au Festival Gala des Jeunes en 2020, elle est distinguée en 2025 dans le cadre des reconnaissances portées par Open Conscience et retenue comme Best Influencer 2025. En 2026, elle figure parmi les 100 jeunes leaders béninois.
Une trajectoire plurielle
Journaliste, entrepreneure, influenceuse, conférencière, formatrice et militante contre le cyberharcèlement, Majoie Houndji revendique un parcours à la croisée de plusieurs univers. Son expérience au sein de P.E.B.Co-Bethesda, notamment dans le marketing digital, lui permet également de renforcer sa connaissance de la communication institutionnelle et des enjeux liés à l’image des organisations.
Son parcours repose ainsi sur un fil conducteur : l’image et la manière dont elle est perçue, construite, défendue ou parfois détournée. Le cyberharcèlement lui en a montré la face la plus brutale. Le journalisme lui a appris à raconter et à transmettre. L’influence lui a donné une communauté. L’entrepreneuriat lui a permis de transformer ces expériences en services et en projets. Près d’une décennie après l’épisode qui l’a révélée au grand public, Majoie Houndji semble avoir changé le sens de son histoire. Ce qui avait commencé par une attaque contre son apparence est devenu un combat contre les violences numériques. Le combat s’est transformé en engagement, l’engagement en influence et l’influence en expertise.
Odi I. Aïtchédji

















