Le déguerpissement de la berge lagunaire de Cotonou en peu de temps par le gouvernement du Nouveau départ est un inédit exploit pour qui connait bien depuis 2003, le projet d’assaisonnement des berges lagunaires de Cotonou. Exigé par l’Office alimentaire et vétérinaire de l’Union européenne, le Bénin n’a pas pu honorer cet engagement et a perdu la commercialisation des crevettes à cause du trop plein de sentimentalisme des gouvernants. Mais le gouvernement du Nouveau départ, intraitable, a relevé le défi en peu de temps. A travers le Projet de modernisation et de gestion des déchets dans le Grand Nokoué, il a donné un signal fort du processus de l’amélioration du cadre de vie au Bénin. Pour amorcer ce projet a plusieurs variables, le gouvernement a commencé par la destruction des points noirs. Il s’est agi pour lui de donner un nouveau visage à la berge lagunaire de Cotonou. Déjà, lors du bilan An 4 du gouvernement Talon en 2020, le ministre en charge du Cadre de vie, José Tonato a fait la lumière sur l’opération et ses contours avec les grandes précisions en 2022.
Il faut rappeler qu’avant que le ministre Blaise Ahanhanzo Glèlè ne soit devant la représentation nationale, le président Nicéphore Dieudonné Soglo, était en audience dans la matinée du mercredi 16 mai 2012 à la présidence de la République. « En sa qualité de premier responsable de la ville de Cotonou, il est allé échanger avec le Chef de l’Etat sur les récentes opérations de déguerpissement dirigées contre les populations des berges lagunaires de Xwlacodji et du marché Dantokpa, de la crise énergétique et du devoir de mémoire à l’endroit des figures emblématiques du Bénin. Le Président Soglo s’est fait accompagner de quelques-uns de ses collaborateurs. A sa sortie d’audience et face aux caméras et micros, il a fait la déclaration selon laquelle les opérations d’assainissement des berges lagunaires effectuées, il y a quelques jours à Xwlacodji et Dantokpa, sont bel et bien fondées. Mais qu’elles sont intervenues dans une période de pluie et où les enfants sont en pleine année scolaire. Le maire de Cotonou déplore également que l’opération soit allée au-delà des limites précédemment fixées de commun accord entre le gouvernement et les autorités municipales », a raconté les médias locaux.
Une doctrine sur le déguerpissement de 2012
Dans une thèse de doctorat portant sur ‘’la Représentation des espaces de la berge lagunaire : enquête d’anthropologie politique auprès des expulsés de Xwlacodji à Cotonou au Bénin soutenue par Graziela Houtondji-Mbama soutenue le 04 décembre 2019, la cause de l’échec du succès du déguerpissent fait sous Boni Yayi est parfaitement décrite. Le résumé de cette thèse indique qu’ : « En 2012, l’Etat béninois rasait les habitations des quartiers de la berge lagunaire de Cotonou au motif de l’assainissement urbain. Cette thèse propose une anthropologie politique du point de vue des victimes de cette intervention gouvernementale et repère chez elles les termes de la pensée en intériorité que Sylvain Lazarus a placée au centre de ses travaux. Le terrain de l’étude dégage des catégories de cette pensée pour percevoir le décalage entre les formes de pensée des gens, d’une part, et le discours institutionnel, de l’autre. L’enquête découvre que la gestion des projets urbains, quand ils existent, est caractérisée par les relations de pouvoir. Les enjeux du « déguerpissement » ne se situent donc pas uniquement au plan économique et urbanistique, ils traversent aussi le champ politique. Par ailleurs, cette analyse des destructions du quartier Placodji amène à séparer la question de la gestion des déchets urbains de celle de la spéculation foncière, et d’identifier les prescriptions que les gens formulent. Ce point de vue à distance des institutions révèle certains mots nommés «problématiques », dont la fonction est d’exprimer le rapport des gens à l’Etat. La thèse explicite la capacité des victimes à cerner les ambigüités des projets de développement présentés par les experts et met en exergue la disjonction de pensée et de lexique à l’origine d’une crise de gouvernance urbaine et des contestations populaires.»
Talon a dompté les pesanteurs à Cotonou
La démarche de Patrice Talon pour venir au déguerpissement des berges lagunaires et des voies publiques a été qualitative. A Cotonou, c’est le préfet Modeste Toboula qui a annoncé les couleurs avec un déterminisme gênant pour certains, mais utile pour l’aménagement de la ville. Après le mois de juin 2016, le préfet de Cotonou à l’époque s’est mis à exécuter la décision du gouvernement. Mais aussitôt des cris de détresses ont commencé.
Les femmes commerçantes du marché Dantokpa sont mécontentes vis à vis du préfet du département du Littoral. Elles protestent contre leur déguerpissement des trottoirs et des berges lagunaires. La décision avait été prise par le préfet Modeste Toboula. Ainsi en octobre 2016, plus précisément, le jeudi 13 octobre 2016, les femmes commerçantes du marché Dantokpa ont manifesté leurs mécontentements vis- à-vis du préfet du département du Littoral. Elles ont protesté contre leur déguerpissement des trottoirs et des berges lagunaires dont la décision avait été prise par le préfet Modeste Toboula. Elles sont allées crier leur ras- le- bol dans les oreilles du maire de la ville Léhady Soglo. Auprès du maire, elles ont plaidé pour que ce dernier les aide à sortir d’affaire. Dans le discours de la porte-parole des femmes commerçantes, Victorine Aziaka, elles suppliaient le maire et appellent le couple présidentiel de venir à leur secours. Pour le chef service des marchés de la mairie de Cotonou, Landry Gansou, il a dit partager la peine de ces commerçantes et a plaidé pour leur maintien provisoire en attendant de trouver des solutions appropriées. « Nous allons commencer par demander à notre maire de bien vouloir obtenir du préfet de laisser d’abord les femmes qui restent et celles qui ont été dégagées, on va tout faire pour qu’elles soient relogées dans un environnement pas trop loin », a-t-il déclaré. Léhady Soglo, maire de la ville a rassuré les femmes et leur a dit qu’une solution sera trouvée « pas dans la force, mais dans le calme….Le maire de Cotonou qui est le chef de famille, le chef de terre trouvera des solutions à votre problème ».
Mais le préfet Modeste Toboula n’a pas fléchi malgré les mécontentements. « A tort, ils peuvent penser que c’est une décision unilatérale du préfet du Littoral. Ce qui n’est pas le cas. Ce n’est pas la peine de sacraliser le débat à Cotonou et pour commettre des actes d’incivisme. Je voudrais dire que la zone de Gbogbanou et de Missèbo est une zone commerciale par prédilection. Et cela n’est pas une raison pour laisser aller à l’anarchie. Par rapport à leur démarche, je crois que les revendeurs ont intérêt à renégocier au lieu de s’obstiner à faire obstruction à la décision du gouvernement. Ce qui leur revient, c’est d’exécuter les décisions que le gouvernement prend pour le bien-être général. La question, c’est de garantir la justice dans la mise en œuvre de cette action, l’éthique et la transparence. C’est pour cette raison que je voudrais inviter ceux-ci à savoir raison garder. Ils ont certes raison ; mais ce n’est pas fait à dessein contre quelqu’un. Il y a plus de fantaisie par endroits que nous allons corriger avant de commencer l’opération proprement dite. Donc il est prévu une phase de contrôle du marquage et à cette phase, nous allons rectifier le tir et le paysage à ce niveau sera clair avant que l’on aille à la phase répressive. »
Toboula explique l’opération
Le déguerpissement est une opération nationale. La décision prise par le gouvernement depuis le 15 juin dernier concerne l’ensemble des chefs-lieux de département et certaines villes secondaires. Ce n’est pas une activité spécifique au département du Littoral. La ville de Cotonou étant la capitale économique du Bénin, les activités commerciales sont beaucoup plus concentrées ici que dans les autres départements. Du coup, le regain par rapport à ces activités à Cotonou n’est pas le même qu’au niveau des autres chefs-lieux. C’est ce qui justifie certainement les prises de position sont observées de part et d’autre depuis quelques temps lorsque cette mesure a commencé par être mise en œuvre, ne serait-ce que dans la phase de marquage des édifices à enlever.
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(Suite dans la prochaine parution)

















