La prise en charge des personnes confrontées à des troubles liés à la consommation de drogues au Bénin ne passe pas nécessairement par la prison. C’est autour de cette approche qu’un atelier de formation des formateurs s’est ouvert, mardi 6 octobre 2026 au Bénin, à l’initiative du bureau de représentation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) près le Bénin. La rencontre rassemble des acteurs de la justice, de la sécurité, de la santé ainsi que des représentants de la société civile. Elle vise à renforcer leurs capacités sur les solutions pouvant être mises en œuvre en lieu et place de l’emprisonnement, lorsque la législation le permet.
Pour la Cedeao, les troubles liés à l’usage de substances psychoactives appellent des réponses qui prennent aussi en compte les dimensions sanitaire et sociale. Représentant le représentant résident de la Commission de la Cedeao, Jonas Houédou Mahuéna a insisté sur les limites d’une réponse exclusivement punitive. Il a relevé l’évolution des pratiques en faveur d’une meilleure prise en charge des personnes concernées, notamment à travers le traitement, l’accompagnement et la réadaptation. L’organisation régionale entend ainsi aider les États membres à développer des mécanismes d’orientation adaptés et à renforcer les structures spécialisées. Au Bénin, l’appui concerne notamment l’unité de soins aux toxicomanes du Centre national hospitalier universitaire de psychiatrie de Cotonou. Les travaux de rénovation de cette unité sont annoncés à 60 % d’exécution. Plus de 200 professionnels de santé de la région ont également bénéficié de formations sur la prise en charge spécialisée des troubles liés à l’usage de substances psychoactives.
Le Bénin mise sur la prise en charge
Du côté béninois, cette démarche est présentée comme un moyen de mieux articuler les questions de santé publique, de justice, de sécurité et de réinsertion. Le secrétaire général du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Éric Agossounon, a rappelé les dispositions déjà prises par le pays. Il a notamment cité la loi 2018-16 du 28 décembre 2018 portant Code pénal et ses modifications, qui prévoient des peines de substitution dans certaines situations. Le Bénin dispose également d’une politique nationale de lutte contre la drogue reposant sur une approche intégrée et multisectorielle. La prévention, la désintoxication, le traitement et l’accompagnement psychosocial font partie des réponses développées. Plusieurs structures contribuent à cette prise en charge, dont le service de santé mentale de l’hôpital psychiatrique de Cotonou, le Centre de prise en charge intégré des addictions de Cotonou et le centre de santé mentale Saint-Camille de Djougou. Les travaux de l’atelier portent notamment sur les troubles liés à la consommation de drogues, les principes des alternatives à l’emprisonnement et les mécanismes permettant d’orienter les personnes vers les services appropriés. Les participants abordent également les méthodes de traitement fondées sur les données scientifiques. La coordination entre les différents acteurs figure aussi au programme, tout comme les techniques destinées à former à leur tour d’autres professionnels. À l’issue des échanges, une feuille de route doit être élaborée en tenant compte du cadre juridique béninois et des orientations de la Cedeao. Pour Éric Agossounon, cette approche ne remet pas en cause le rôle de la justice. Elle cherche plutôt, lorsque la loi l’autorise, à proposer des réponses adaptées à la situation des personnes concernées, avec l’objectif de favoriser leur rétablissement et leur réinsertion, sans perdre de vue les impératifs de sécurité.
Léonce Adjévi



















