Dans l’arrondissement d’Ahodjinako (Commune de Lalo, département du Couffo), l’accès à l’eau potable fait désormais partie du vécu quotidien des populations. Cinq villages à savoir Adonou, Ahodjinako, DogoeDeta, Helli et Lokoli sont intégrés au Système d’approvisionnement en eau potable multi-villageois (SaepmV), conçu pour répondre à une croissance démographique rapide.
Pendant longtemps, la routine des ménages avait un itinéraire immuable : champs, bas-fonds, cours d’eau. À Ahodjenanko, Dohou Akohovi, bénéficiaire d’un branchement à domicile, résume cette époque sans détour. Avant, sa famille s’approvisionnait « dans les champs, au niveau du fleuve Couffo », pour boire, cuisiner, laver et couvrir les usages quotidiens. Aujourd’hui, il parle d’un « véritable soulagement » grâce à l’eau potable à domicile. Et dans les villages, la rupture est d’abord sanitaire : les “petites maladies” récurrentes associées à l’eau souillée reculent, et les dépenses de santé diminuent.
Le Saepmv d’Ahodjinako : une infrastructure dimensionnée pour durer
Derrière ce changement de quotidien, il y a un dispositif structurant, le Saepmc d’Ahodjinako , une zone de couverture claire, des projections de population nettes. En 2020, les cinq villages totalisent 9 732 habitants. La projection passe à 13 755 en 2030 et 19 440 en 2040 ; une ressource en eau et un débit d’équipement anticipés. Les besoins en eau s’appuient sur un débit d’équipement de 19 m³/h à l’horizon A0+10 et 34 m³/h à l’horizon A0+20. Un forage stratégique : le forage Adonou-Kinta avec un débit exploité de 19 m³/h et une profondeur de 150 m. Le Saepmv « pourra couvrir les besoins sur au moins 20 nas » ; stockage et distribution : le système comprend un château d’eau de 200 m³ et prévoit 20 bornes-fontaines ; un réseau conséquent. La longueur totale (refoulement + distribution) est donnée à 30 706,12 m (soit environ 30,7 km). Dans le détail, la distribution combine plusieurs diamètres (par exemple 16 589,67 m en Pehd 63, 6 158,05 m en Pehd 90, 3 904,90 m en Pehd 110).
La borne-fontaine d’Adonou : une “petite économie” au cœur du service
L’accès universel ne se limite pas au branchement individuel : il passe aussi par les bornes-fontaines, point névralgique en saison sèche. À Adonou, Gnonlonfoun Martine, fontainière, explique que la demande devient beaucoup plus forte en période sèche, au point d’atteindre des ventes quotidiennes d’environ 1 000 FCfa (et parfois plus), contre environ 500 FCfa en saison pluvieuse. Le tarif appliqué : 15 FCfa le bidon de 25 litres. Mais son témoignage révèle aussi le défi de la montée en charge : « une seule borne fontaine ne suffit pas » à satisfaire toute la population, surtout en saison sèche. D’où un message constant sur le terrain : accélérer les branchements et densifier l’offre.
Santé, budget des ménages : ce que change l’eau potable, concrètement
À Ahodjenanko, le chef de village Xavi Bernard associe clairement l’eau potable à une baisse des maladies et à une respiration économique. Autrefois, dit-il, l’eau souillée rendait « fréquemment malades » et une part importante des ressources partait en soins. Aujourd’hui, ces dépenses diminuent et l’argent peut servir à d’autres besoins. Même logique chez Dohou Akohovi : la disparition des maladies répétitives liées à l’eau du Couffo signifie, pour lui, moins d’hôpital et plus d’épargne conservée.
Le nerf de la bataille : faire passer le “public” au “domicile”
L’ambition affichée, côté opérateur, est sans ambiguïté : « un branchement par ménage ». Sur le terrain, les habitants relaient cette priorité. La fontainière d’Adonou elle-même estime souhaitable que chaque ménage dispose d’un branchement pour réduire la pression sur la borne-fontaine. La question du coût n’est pas anodine, mais un levier de politique publique ressort nettement des témoignages : le branchement ramené à 10 000 FCfa, perçu comme un facteur d’accès pour les familles rurales.

















