Des discours, il y en a eu. Des sommets, des communiqués, des déclarations d’intention entre pays voisins de la sous-région, il y en aura encore. Mais ce qui sort de la rencontre de Niamey entre le président béninois Romuald Wadagni et le chef de l’État nigérien Abdourahamane Tiani tranche par son caractère opérationnel. Un comité d’experts. Une quinzaine de jours. Un rapport aux deux chefs d’État. La frontière bénino-nigérienne, fermée depuis trop longtemps, est officiellement en chemin vers la réouverture.
La décision est simple dans son énoncé, mais elle est lourde de conséquences pour des centaines de milliers de personnes. Commerçants, transporteurs, agriculteurs, familles dont des membres vivent des deux côtés d’une ligne qui n’aurait jamais dû devenir un mur : le corridor Cotonou-Niamey est l’une des artères commerciales les plus vitales de la sous-région. Sa paralysie a coûté chère, des deux côtés. « Tout ce que je retiens de cette visite, c’est l’espoir de l’ouverture très prochaine de la frontière. Quinze jours pour le comité d’experts, c’est du concret ! Le corridor Cotonou-Niamey, c’est notre poumon économique » Amadou est transporteur de marchandises. Il a dit en quelques mots ce que des économistes mettraient des pages à démontrer. L’analyste Ibrahim a, lui, salué le sérieux de la méthode : « On passe enfin des tensions politiques aux solutions concrètes pour nos deux peuples. » Le mécanisme prévu est précis. Le comité d’experts, mis en place immédiatement à l’issue de la rencontre, a pour mission de recenser et de lever les obstacles techniques et administratifs qui s’accumulent depuis la fermeture. Ils auront quinze jours pour remettre leur rapport aux deux présidents. Pas un mois. Pas une commission aux délais indéfinis. Quinze jours.
C’est là l’empreinte de Romuald Wadagni dans cette négociation : une volonté de résultats tangibles, calendrier à l’appui, là où d’autres se seraient contentés de bonnes paroles. La méthode est celle d’un homme qui a longtemps géré des portefeuilles budgétaires, et qui sait que les engagements sans échéance ne sont que des vœux pieux. Le Bénin et le Niger sont liés par une géographie, une histoire et des millions de liens humains que la politique n’a jamais réussi à défaire durablement. Cette réouverture annoncée n’est pas un geste symbolique. C’est le début d’un chantier.
Abdourhamane Touré


















