Les dernières élections organisées sous le régime du président Patrice Talon confirment une tendance désormais bien installée : le désintéressement progressif d’une frange importante de la population pour les scrutins. Malgré les appels à la participation et l’importance des enjeux démocratiques, les bureaux de vote sont restés peu fréquentés dans plusieurs localités du pays.
Cette nième élection sous le président Talon s’inscrit ainsi dans la continuité d’un faible taux de participation, révélateur d’un malaise plus profond entre le citoyen et le processus électoral. Si autrefois l’ambiance des veilles d’élections était marquée par une forte effervescence populaire, aujourd’hui, l’indifférence semble avoir pris le dessus.
Pour de nombreux observateurs, cette désaffection s’explique en partie par la fin d’une pratique longtemps enracinée dans le jeu politique béninois : la distribution massive d’argent aux électeurs à l’approche des scrutins. Le porte-à-porte, les dons en espèces et les “appuis” de dernière minute constituaient une véritable stratégie de mobilisation. Beaucoup de citoyens se rendaient aux urnes non pas par conviction civique, mais parce qu’ils se sentaient redevables après avoir reçu de l’argent ou des avantages.
Dans ce contexte, le vote n’était pas toujours l’expression d’un droit constitutionnel, mais plutôt la contrepartie d’un service rendu. Aller voter devenait alors une forme d’obligation morale envers le donateur, plus qu’un acte de citoyenneté.
La rupture sous le régime Talon
Avec l’arrivée de Patrice Talon au pouvoir, cette pratique a été fortement réduite, voire combattue. Les distributions massives d’argent, autrefois presque banalisées, ont pratiquement disparu du paysage électoral. Une réalité que résument certains citoyens par une phrase devenue populaire : « l’argent ne circule plus ».
Or, pour une partie de la population qui percevait les périodes électorales comme une occasion d’obtenir un gain immédiat, la disparition de ces pratiques a vidé les urnes de leur attrait. Les élections, jadis considérées comme une “recette”, ne le sont plus. Résultat : ceux qui votaient autrefois pour l’argent, et non par devoir civique, restent désormais chez eux.
Le faible taux de participation observé sous le régime Talon ne signifie donc pas seulement un rejet politique, mais aussi une mutation des habitudes électorales. La fin de la corruption électorale, bien que salutaire pour la démocratie, révèle en même temps la fragilité de la culture civique chez certains citoyens.
Aujourd’hui, le véritable défi du Bénin n’est plus seulement d’organiser des élections crédibles, mais de convaincre les électeurs que voter est un droit et un devoir, et non une opportunité financière. Tant que l’acte de voter ne sera pas pleinement perçu comme un engagement citoyen, la démocratie béninoise continuera de souffrir d’une participation faible, malgré les réformes engagées.
Géraud Adoukonou




















