(Boxosu dada Sunmandjèhouéyi réaffirme son engagement à traquer les imposteurs)
La communauté Bohountomey a sacrifié, sous l’égide de Boxosu dada Sunmandjèhouéyi Hindowa Djivêdé, chef suprême du culte du Bô, au rituel d’offrande de la nouvelle igname à la divinité tutélaire Fêboxosu Humbo. La cérémonie s’est déroulée le dimanche 30 août 2026 sur le site de la communauté Bohountomey, à Kpomassè.

La communauté Bohountomey peut désormais, en toute sérénité, consommer la nouvelle igname. Condition indispensable, elle a sacrifié le dimanche 30 août 2026 sur le site de la communauté Bohountomey, à Kpomassè au rituel d’offrande de la nouvelle igname à la divinité tutélaire Fêboxosu. Cette tradition constitue en effet une étape indispensable avant la consommation de la nouvelle igname au sein de la communauté. Purification, libations, sortie des tambours dédiés au rituel et immolation de bêtes ont constitué les principaux temps forts de cette cérémonie, précédée d’une caravane des Boïzan à travers la ville. Selon Boxosu dada Sunmandjèhouéyi Hindowa Djivêdé, le rituel d’offrande de la nouvelle igname constitue un moment important dans la vie des communautés endogènes. « Chaque année, lorsque la nouvelle igname apparaît, les ténors de l’ordre endogène font des libations à leurs divinités et leur font manger la nouvelle igname », a-t-il expliqué.
Retour aux sources
Profitant de cette célébration, le guide spirituel des Boïzan a insisté sur la nécessité, pour les uns et les autres, de renouer avec les savoirs ancestraux. Selon lui, la nature repose sur trois grands règnes. Il s’agit du règne végétal, le règne minéral et le règne animal. Ces trois composantes constituent, à ses yeux, l’ossature même de l’humanité. « Nous vivons de ces trois règnes. Nous mangeons les animaux, nous mangeons les légumes. Nous nous soignons aussi à partir des feuilles. Nous buvons de l’eau. Nous utilisons tout ce qui relève du règne animal, du règne végétal et du règne minéral », a détaillé le souverain. L’homme, poursuit-il, étant doté d’intelligence, a progressivement compris que chaque élément de la nature possède une dimension spirituelle qui dépasse son apparence physique. « Chaque élément est doté d’un pouvoir. Même le caillou, dans son état, a une substance qui relève de son ossature », a-t-il soutenu. Pour Boxosu dada Sunmandjèhouéyi Hindowa Djivêdé, les anciens avaient ainsi compris que l’épanouissement de l’Homme passe nécessairement par une connexion avec ces différents règnes. « C’est pour ça que, tout ce que nous adorons, tous ceux qui sont reliés au christianisme, à l’islam ou à l’endogénéité, sous ces trois règnes, font tout ce que nous faisons », a insisté le guide spirituel des Boïzan. Pour étayer son propos, il a évoqué la pratique du ‘’Koudiyo’’, qui fait intervenir le sacrifice d’un animal dans le but de préserver la vie d’une personne. Il estime que les connaissances liées à la nature sont codifiées et, pour certaines, réservées aux initiés.
Le Bô, socle de la connaissance endogène
« Aujourd’hui, nous allons replacer le corps du Bô parce que le Bô est l’essence même de toute la connaissance. Au-delà de ce qu’on peut comprendre, réservé aux initiés, le Humbo, qui est la source, est la divinité tutélaire réservée aux grands maîtres qui ont compris très tôt qu’il faut rassembler ces trois règnes, auxquels il faut ajouter la parole, qui est le verbe, qui vivifie et magnifie les puissances qui résident dans ces éléments », a-t-il déclaré. Pour lui, le retour aux sources passe nécessairement par une réappropriation du Bô, présenté comme un socle de la science endogène. « C’est pourquoi nous avons d’ailleurs compris qu’au-delà de ce qu’on peut faire comme discours, il faut que nous puissions retourner à la case des anciens. Et la case, c’est le Bô. Pendant longtemps, on l’a saboté, on l’a rejeté. On a laissé le Bô dans son état. Aujourd’hui, grâce aux Boïzan, nous avons su laver, mettre sur les fonts baptismaux le Bô qui est devenu aujourd’hui le socle incommensurable de la science endogène », a-t-il affirmé. Boxosu dada Sunmandjèhouéyi Hindowa Djivêdé estime par ailleurs que le Bô est intimement lié à la vie quotidienne. « Lorsque vous voyez quelqu’un dans ce monde, tant qu’il mange le mouton, le poulet, les légumes, tant qu’il utilise l’eau, il pratique le Bô naturellement. Alors, tout le monde au pays utilise le Bô », a-t-il déclaré.
Vers une meilleure organisation du Bô
Pour reconnecter le pays à ses sources, il a été mis en place, rappelle le président de la Fédération nationale des acteurs du savoir endogène et de la médecine africaine (Fenasema-Bohountomey), l’égrégore mondial du Bô à Kpomassè. Ce cadre permet, selon lui, aux ressortissants de différents horizons de venir rendre hommage à la mémoire de ceux qui ont contribué à bâtir cette science. « Aujourd’hui, la génération que nous sommes allons bâtir à nouveau, redonner vie, redonner corps à cette science qui n’a jamais été dénaturée », a-t-il promis. Dans le même ordre d’idées, Boxosu dada Sunmandjèhouéyi Hindowa Djivêdé a assuré de l’engagement de la communauté Bohountomey à assainir le secteur et à lutter contre les pratiques qu’elle juge contraires à l’éthique du Bô. Il a notamment dénoncé l’attitude de certains individus qui investissent les plateformes numériques et les réseaux sociaux pour vilipender ou tenter de décoder des connaissances considérées comme secrètes et réservées au couvent. À l’en croire, le Bohountomey sera réorganisé. Ce qui justifie, selon lui, la mise en place d’un organe chargé de la régulation, de la défense, de la protection, ainsi que du respect de l’éthique et de la déontologie du Bô. « La pratique du Bô aujourd’hui est régie par des textes pour que nous puissions véritablement faire de cela un levier de développement du Bénin », a postulé le président de la Fédération nationale des acteurs du savoir endogène et de la médecine africaine (Fenasema-Bohountomey). À noter qu’à la suite du rituel d’offrande de la nouvelle igname à la divinité tutélaire Fêboxosu, les membres du nouveau bureau national de la Fenasema-Bohountomey ont prêté serment. Ils ont ensuite été installés dans leurs nouvelles fonctions par leur guide spirituel.
Odi I. Aïtchédji
















