C’est une réunion de travail qui ressemble à une déclaration de méthode. Au matin de sa première rencontre avec les ministres conseillers rattachés à la présidence de la république, Romuald Wadagni a posé, sans emphase et sans ambiguïté, les contours de son magistère. Et ce cap tient en une formule, répétée comme une exigence presque liturgique : « le Bénin d’abord. Toujours ».
Loin des effets d’annonce, le chef de l’État a esquissé un exercice du pouvoir qu’il veut recentrer sur l’essentiel. « Nous ne sommes ici que pour servir le Bénin et les Béninois », a-t-il rappelé à ses collaborateurs, en érigeant en colonne vertébrale de son action un principe qu’il répète volontiers : la cohérence entre les paroles et les actes. La campagne présidentielle, dit-il, appartient désormais au passé. L’heure est à « l’action cohérente, exemplaire et inclusive ». Le propos marque un virage social assumé. En plaçant l’écoute et la proximité au cœur du mandat, le président entend rompre avec une gouvernance perçue, parfois, comme distante de ses administrés. Les ministres conseillers, qu’il décrit comme un prolongement direct de l’exécutif, sont sommés de garder le contact avec le terrain et de porter la pédagogie de l’action publique au plus près des populations. Leur mission, telle qu’il la définit, consiste à expliquer les décisions, à recueillir les attentes et à faire remonter les difficultés.
La confiance comme responsabilité
Cette manière de cadrer d’emblée les fonctions présidentielles traduit une conception exigeante de la responsabilité publique. Le président ne s’est pas contenté de distribuer des feuilles de route. Il a fixé un état d’esprit. « La confiance du peuple est une responsabilité », a-t-il glissé, rappelant que le pouvoir exercé est délégué par la Nation et doit lui être restitué sous forme de service. La formule, en apparence convenue, dessine en creux une exigence d’humilité républicaine que le chef de l’État semble vouloir installer comme norme. Sur le fond, le message politique est limpide. Il s’agit de signifier que l’alternance ne se résume pas à un changement d’hommes, mais engage une méthode. Une gouvernance de proximité, attentive aux plus vulnérables, soucieuse de cohérence et rétive aux logiques d’appareil. En toile de fond, l’objectif que le président assigne à son équipe : contribuer à l’élimination de l’extrême pauvreté et à la réduction drastique de la pauvreté, horizon qui structure l’ensemble de son discours.
L’épreuve du réel
Reste, désormais, à transformer la formule en politique. Les premiers mois diront si l’exigence affichée résiste à l’épreuve du réel, des arbitrages budgétaires et des résistances administratives. Mais le ton, lui, est donné : celui d’un pouvoir qui se veut au service, et non au-dessus, de la Nation. À ses ministres conseillers, Romuald Wadagni a laissé une consigne qui vaut programme. Servir, sans relâche, et placer l’intérêt national au-dessus de toute autre considération. Le Bénin d’abord. Toujours.
Abdourhamane Touré


















