La Communauté catholique Saint Jean-Paul II a lancé, jeudi 22 octobre 2026 à Cotonou, la première édition de ses Journées philosophiques, autour du thème « De la pensée critique à la rencontre de l’autre et à la citoyenneté ». Pendant deux jours, universitaires, responsables religieux, acteurs de la société civile et participants réfléchissent aux enjeux de l’esprit critique, du dialogue et de la construction citoyenne à l’ère de la surabondance informationnelle et de l’intelligence artificielle.
Penser par soi-même, questionner les certitudes et apprendre à écouter ceux qui ne partagent pas les mêmes convictions. Telle est l’ambition des premières Journées philosophiques de la Communauté catholique Saint Jean-Paul II, qui se déroulent les 22 et 23 octobre 2026 à Cotonou. La cérémonie de lancement a été marquée par le discours du premier serviteur de la communauté, Antoine Kpèmahouton Boco, qui a invité les participants à faire de la réflexion critique un levier du vivre-ensemble. Face à la circulation rapide des informations et à la multiplication des opinions sur les réseaux sociaux, l’initiative entend promouvoir le discernement et la responsabilité individuelle. « Nous avons donc besoin de mieux exercer notre jugement. Nous avons besoin d’apprendre à demander sur quoi repose une affirmation, à reconnaître les limites de ce que nous savons et à écouter les raisons de celui qui pense autrement », a souligné Antoine Kpèmahouton Boco. Pour lui, la pensée critique constitue une exigence de rigueur, une disposition à apprendre et une responsabilité envers les autres. Elle doit contribuer à renforcer la confiance, à combattre les préjugés et à favoriser le dialogue entre les personnes de différentes convictions religieuses, politiques et culturelles. Le premier serviteur a également plaidé pour une place plus importante de la philosophie dans l’éducation. « Parce que si on ne pense pas, si on ne réfléchit pas, on ne peut pas être libre », a-t-il affirmé. La conférence inaugurale, intitulée « Penser par soi-même : qu’est-ce que la pensée critique et pourquoi en avons-nous besoin aujourd’hui ? », a été présentée par Désiré Médégnon, enseignant au département de philosophie de l’Université d’Abomey-Calavi. Son intervention a mis en lumière l’importance de l’exercice du jugement personnel face aux informations non vérifiées et aux vérités présentées comme incontestables. « La pensée critique n’est pas une exigence de nos jours, c’est une exigence de toujours », a-t-il insisté. Selon l’universitaire, cette démarche protège contre les erreurs, tout en ouvrant la voie à l’apprentissage mutuel. « La pensée critique m’ouvre à l’autre et m’engage à construire avec l’autre un monde, m’engage à construire avec l’autre des vérités dont je ne peux plus me présenter comme le détenteur exclusif, le producteur exclusif. » Il a ainsi mis en garde contre le risque de dogmatisme, dans un environnement numérique où les informations abondent sans que leur véracité soit toujours établie.
Former des citoyens capables de discernement
Au total, six grandes communications en rapport avec le thème général sont prévues au cours de ces deux journées, avec la participation de sachants de la question. Des panels, des échanges avec le public ainsi qu’une table ronde figurent également au programme, afin de confronter les expériences et de dégager des pistes de réflexion utiles à la société. La démarche bénéficie notamment du soutien de l’Université d’Abomey-Calavi. Représentant le rectorat, Romain Hounzandji, enseignant au département des lettres modernes et chef de cabinet du recteur, a souligné la pertinence du sujet pour les chercheurs en sciences humaines et sociales. Il a rappelé que la pensée critique « reste en fait ce qui définit l’homme, ce qui définit l’identité de l’homme ». Directrice du projet et membre engagée de la communauté, Ira Sohounhloué, épouse Akobi, a pour sa part expliqué que ces journées visent à susciter une réflexion collective sur la gestion de la cité et l’éducation des jeunes. Préoccupée par la difficulté à discerner les informations diffusées sur les plateformes numériques, elle plaide pour l’introduction de la philosophie dès la classe de sixième. « Comment apprendre à nos enfants à discerner, à comprendre, à analyser, à questionner ce qu’ils ont ? C’est en utilisant la pensée critique que nous allons nous développer », a-t-elle déclaré. À l’issue des travaux, les organisateurs ambitionnent de publier les recommandations issues des échanges et de les porter à l’attention des décideurs. L’objectif est de contribuer à la formation de citoyens capables de réfléchir par eux-mêmes, d’exercer leur jugement et de participer pleinement à la vie publique. Au-delà des discussions universitaires, ces Journées philosophiques entendent ainsi faire de la pensée critique un instrument de dialogue, de liberté et de cohésion sociale.
Gabin Goubiyi


















